Peau atopique : ce mal qui touche de plus en plus d'enfants et d'adultes

Encore rare il y a cinquante ans, le terme «peau atopique» s’est imposé sur le marché des produits dermatologiques. On fait le point sur cette maladie chronique qui touche 5 % de la population française.

Irritations, inflammations, rougeurs… Voilà les symptômes de ce que l’on appelle une peau atopique. Par ce terme, on entend une dermatite ou de l’eczéma, l’une des maladies cutanées les plus fréquentes : environ 2,5 millions de Français (5 % de la population environ) seraient touchés. On fait le point avec Vanessa Bellil, pharmacienne et directrice médicale Uriage, et avec le docteur Deshayes, dermatologue et consultant scientifique La Roche-Posay sur cette une maladie inflammatoire chronique de la peau.

Les enfants, première cible de la dermatite atopique

Si on parle souvent de peaux atopiques pour les jeunes enfants, c’est parce qu’ils sont les premiers concernés. En France, environ 20% des enfants sont touchés (contre 3 à 5% des adultes.) «La dermatite atopique va se développer en priorité chez le nourrisson et l’enfant mais elle peut persister ou apparaître chez l’adolescent et l’adulte», explique Vanessa Bellil. Pour le Dr Deshayes, «si elle se prolonge rarement chez les adultes (10% des cas), leur peau reste sèche.» Reste à savoir comment l’identifier. «Chez le nourrisson, les lésions surviennent sur les zones de frottements comme les joues ou les fesses, poursuit le dermatologue. Chez l’enfant, la peau est sèche, les lèvres et la pulpe des doigts sont fragiles et fissurées. Le grattage est à l’origine de poussées souvent localisées au niveau de la nuque, des plis des coudes et genoux… et favorise leur surinfection.» Si on remarque ces symptômes, une consultation avec un pédiatre (on peut détecter l’atopie à partir de deux mois) ou un dermatologue permettra d’établir un diagnostic et d’envisager une prise en charge.

Brume SOS anti-grattage Xémose, Uriage, 13,90 € les 200 ml. En vente sur uriage.fr.

Baume Lipikar AP+M +, tube écoresponsable, La Roche-Posay. 17,50 € les 200 ml. En vente sur larocheposay.fr.

Huile Lavante Stelatopia au tournesol Bio, Mustela, 12,90€ les 500mL. En vente en pharmacies, parapharmacies et sur mustela.fr.

Crème apaisante restauratrice Cosmétique Stérile® Tolérance Control, Avène, 18,43 € les 40 ml. En vente en pharmacies et parapharmacies.

Une maladie chronique héréditaire

L’atopie a le plus souvent une origine familiale : quand un parent est atteint, on note un risque de 50% que l’enfant soit aussi touché. «Le risque se révèle même de 80% si les deux parents sont concernés», ajoute le consultant scientifique La Roche-Posay. Les facteurs environnementaux peuvent quant à eux déclencher ou aggraver le phénomène. «L’eau calcaire, la pollution, les produits irritants, la poussière… vont venir irriter cette peau qui a des prédispositions car la barrière cutanée de ces personnes est déficiente.» À noter également que sont fréquemment associées à la dermatite atopique des manifestations allergiques ORL (rhinites), respiratoires (asthme), oculaires (conjonctivite) ou alimentaires.

Un problème dermatologique plus répandu qu’avant ?

Selon une étude réalisée par l’ISSAC (International study of asthma and allergies in childhood), la prévalence de la dermatite atopique aurait augmenté entre 1960 et 1990 dans les sociétés industrialisées. Le site de l’association Resoeczema explique que le nombre de personnes concernées auraient même triplé en 30 ans. «Cette hausse peut être expliquée par des modifications de l’environnement : excès d’hygiène (le système immunitaire est moins sollicité), lavage trop fréquent de la peau, maison mal ventilée (favorable aux acariens), plus d’animaux de compagnie, de tabac, de pollution, d’une alimentation déséquilibrée… Mais il est difficile d’estimer le poids relatif de ces facteurs qui agissent souvent en association.» La pharmacienne précise qu’il est également difficile de savoir si le nombre a vraiment augmenté ou si c’est parce qu’on détecte davantage cette maladie chronique aujourd’hui.

L’importance des soins quotidiens

Un émollient s’impose comme le premier réflexe à adopter. «Les soins quotidiens ont pour objet de reconstituer la barrière cutanée notamment des émollients apaisants comme le beurre de karité ou l’eau thermale», précise le Dr Deshayes. Les marques sont nombreuses à avoir développé des gammes dédiées aux peaux atopiques. S’agit-il d’un simple argument commercial ou investir dans ces produits spécialisés a-t-il un réel intérêt ? «Un émollient classique va venir nourrir la peau, lui apporter du gras, ce qui est déjà bien. Mais les produits spécialisés vont également jouer sur l’inflammation, les rougeurs et avoir une action anti-grattage», explique la pharmacienne.

Dans tous les cas, «ce type de produit pourra suffire en cas de légère atopie. En revanche, si cela revient de manière chronique, il faut consulter. Le dermatologue pourra prescrire des pommades à base de cortisone à appliquer uniquement pour les périodes de poussées pour les limiter. Et si la personne s’est gratté et qu’il y a surinfection, il faudra prescrire des antibiotiques locaux.» Pour les cas les plus sévères avec des zones étendues et résistantes aux traitements locaux, la photothérapie (traitements par rayons ultra-violets (UV)) peut-être proposée pour l’adulte et l’enfant à partir de 8 ans dans des unités spécialisées de dermatologie.

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Adapter ses habitudes d’hygiène

Il est important de faire attention à ce qui relève des mesure d’hygiène pour limiter les agressions cutanées. La directrice médicale Uriage recommande d’éviter l’eau très chaude et d’adapter les produits nettoyants. «On proscrira tout ce qui va être à base de savon pour préférer les soins type Syndet, surgras, huiles nettoyantes…. Il faut vraiment faire attention à sa peau en essayant de ne pas trop la rudoyer.» Autre moment clé, le séchage. «Il faut bien sécher mais sans frotter, en tamponnant. Et préférer les vêtements en coton». On peut également privilégier des bodys sans couture pour limiter les irritations pour les bébés. La marque Mustela a même développé un sous-pyjama apaisant Stelatopia qui associe textile tout coton et formule encapsulée diffusant des actifs apaisants.

Surveiller son alimentation

Pour les bébés, «mieux vaut privilégier l’allaitement maternel car il va donner au bébé des anticorps pour se défendre plus facilement contre les agressions extérieures. Mais les laits infantiles sont également adaptés». Pour la pharmacienne, il faut cependant faire attention aux potentielles allergies au lactose puisque l’atopie se traduit par une prédisposition héréditaire à développer un terrain allergique. «Il faut rapidement voir un allergologue pour voir s’il n’y a pas des aliments mais aussi des substances (comme la poussière) qui vont se révéler plus propices à déclencher les crises et poussées d’eczéma.»

Il semble donc important de faire un bilan sur tout ce qui pourrait accélérer et aggraver les causes. Détecter les allergènes incriminants de manière précoce permettra de limiter les crises. Le dermatologue ajoute qu’il faut en effet limiter l’exposition aux allergènes souvent à l’origine des poussées (comme le contact avec des animaux domestiques).

Ne pas minimiser l’impact psychologique

Les deux spécialistes insistent sur le fait de ne pas minimiser l’impact psychologique de cette maladie de peau. Comme le rappelle le Dr Deshayes, «la peau fragile, facilement irritable et qui démange, affecte la vie quotidienne de l’enfant. Et va limiter ses activités comme la pratique du sport ou de la natation. Sans compter que cela perturbe aussi son sommeil. Elle nécessite des soins d’entretien spécifiques et réguliers.» De son côté Vanessa Bellil insiste sur la prise en charge globale (stress, alimentation, sommeil…) : «Il est important de se sentir bien dans sa peau, de se réapproprier son corps. Les plaques peuvent être disgracieuses et entraîner une perte de confiance. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter à consulter un sophrologue, un art-thérapeute… Pour que le patient devienne acteur et ne subisse pas les effets du stress que peut engendrer la maladie.»

Plus d’informations sur le site de l’Association Française de l’Eczéma.

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