Yseult, l’ex-candidate de Nouvelle Star : « J’ai accepté mon corps grâce à ma sexualité »

BODY-POSITIVE. Un an après son dernier EP, Yseult, candidate de l’édition 2014 de la Nouvelle Star revient en force avec Brut. Moins sombre que Noir, ce nouveau projet explore la complexité du sentiment amoureux et les nuances de la sexualité, nous faisant osciller entre douceur et chaleur. Et en dit beaucoup sur la personnalité de la jeune chanteuse de 26 ans.

Yseult n’a plus vraiment besoin d’être présentée. Depuis ses débuts dans la Nouvelle Star en 2014 et son premier album éponyme en 2015, la jeune chanteuse belge, de son vrai nom Yseult Onguenet ne fait que nous surprendre musicalement. Il y a peu, elle nous bouleversait avec une session live sur le média digital Colors absolument transcendante. Elle sort aujourd’hui son nouvel EP, Brut, qui s’annonçait comme un projet érotique, véritable exploration de sa sexualité. Comme d’habitude, la chanteuse ne nous déçoit pas ! Armée de sa voix inégalable, de son charisme et de sa créativité, elle nous fait vibrer avec elle à travers les six titres de ce nouveau projet.

L’EP s’ouvre avec Indélébile, titre bouleversant porté par la voix tantôt fêlée, tantôt limpide d’Yseult. Le texte profond et fort nous fait ressentir toute la fragilité que l’on peut ressentir quand on aime. Cette vulnérabilité, qui fait toute la beauté de l’amour et qui peut aussi être si destructrice. Le mouvement body positive ? C’est obsolète, selon moi, lance-t-elle en préambule. La parole est suffisamment libérée aujourd’hui. Je suis une femme entrepreneuse noire et grosse, ça suffit à me présenter.” Rencontre avec une femme forte et fragile à la fois, qui s’assume parfaitement.

Le mouvement body positive ? C’est obsolète, selon moi. La parole est suffisamment libérée aujourd’hui. “

GALA : Que s’est-il passé dans votre vie entre votre participation à Nouvelle Star en 2014 et aujourd’hui
Yseult :
J’ai pris la décision de prendre en main ma carrière et d’être maitresse de mes projets artistiques. J’ai donc créé mon propre label, YYY, et je me suis entourée de personnes de confiance que j’aime afin de produire ma musique. C’est une grande responsabilité car je manage aujourd’hui une trentaine de personnes, et un grand changement dans ma vie car je suis enfin libre de faire des propositions qui me ressemblent. J’ai arraché ce qui me revenait de droit, et aujourd’hui je m’appartiens entièrement.

GALA : Qu’est-ce qui vous revenait ?
Yseult :
Mes œuvres, ma liberté, mon art, ma dignité… l’essence même d’un artiste. Mais je vous rassure, j’ai quitté ma maison de disque dignement et je suis restée en bons termes avec elle.

GALA : Certains vous attendaient sur le terrain de la soul ou du R&B, or vous vous inscrivez dans la pure tradition de la chanson française que vous modernisez avec brio…
Yseult :
Ma mère, mélomane, écoutait beaucoup de variété française, Florent Pagny, Patricia Kaas, Lara Fabian… Jeune, je me suis plus plongée dans ces albums que dans mes études et je rêvais d’une carrière de chanteuse de variété.

GALA : Petite, vous saviez donc que vous deviendriez chanteuse ?
Yseult :
Oh oui. Mes parents m’ont vue venir avec mes gros sabots, même. Je vais vous faire une confidence : j’ai appris à lire avec les paroles de chansons des livrets d’albums et je passais mon temps à chanter. Pendant mon enfance, ma mère ne cessait de crier : « Yseult s’il te plait, tais-toi ! » Nos voisins n’en pouvaient plus non plus !

GALA : Vous dîtes être à la fois forte et vulnérable, pourtant, on ne voit que votre force de caractère…
Yseult :
Je suis faite de dualités. Oui, je suis forte car je suis une jeune femme entrepreneuse de 26 ans, que je dois gérer des adultes parfois plus âgés que moi, mais j’ai aussi mes faiblesses car je dois aussi gérer mes émotions de femme et d’artiste. Ajoutez à cela une hypersensibilité… Un rien m’émeut…

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GALA : Vous avez posté une photo de vous nue, légendée : « Je déteste et j’aime mon corps ». Une autre dualité…
Yseult :
J’ai appris à appréhender et accepter mon corps au travers de ma sexualité, une partie de ma personnalité que j’ai occultée pendant des années. Ces sept dernières années, je me suis mis une pression de dingue, ma vie tournait autour de ma carrière, à savoir comment j’allais payer mon loyer, et tout faire pour rendre fiers mes parents… à tel point que j’avais mis de côté mon plaisir et mon désir. Aujourd’hui, plus à l’aise financièrement et alors que je m’autorise à avoir des aventures, je porte un regard différent sur mon corps. Un corps qui sait prendre du plaisir et qui est aussi capable d’en donner ne peut être que beau, non ?

“Je chante ma nouvelle condition de femme libre, indépendante et vulnérable

GALA : Vous êtes donc libre et libérée si je vous suis bien…
Yseult :
Oui, et j’ai aussi appris à prendre soin de moi, de ma peau, sans pour autant faire du sport à outrance ou des régimes à répétition. Tout comme j’ai envie de m’élever intellectuellement, alors je lis beaucoup. Vous savez, je n’ai pas eu d’adolescence, j’étais trop sage, puis, à 17 ans, j’ai participé à Nouvelle Star, à 18 ans, je sortais mon premier album… de 19 à 21 ans, j’étais en promotion non-stop, après, j’ai eu une petite traversée du désert jusqu’à mes 25 ans. J’ai dû faire différents jobs, écrire et composer (un peu) pour d’autres artistes. À un moment, j’ai pris la décision d’envoyer tout valser et prendre les choses en main. Fini de mettre ma vie entre parenthèse sous prétexte de vouloir faire carrière.

GALA : Dans vos chansons, vous affichez vos envies, vos fantasmes, votre sexualité, comme si vous vouliez crier au monde entier votre liberté…
Yseult :
Mes chansons sont une ode à mon corps, à ma sensualité, à ma sexualité. Vous avez raison, je chante ma nouvelle condition de femme libre, indépendante… et vulnérable. J’aimerais que mon public ressente ce que je ressens quand je chante, toute cette émotion qui me parcourt. J’aimerais que mes chansons leur donne envie de faire l’amour. Il faut revenir aux fondamentaux qui constituent l’être humain : l’émotion, la vulnérabilité, l’empathie.

GALA : Vous avez déclaré vouloir faire « danser, pleurer et jouir » avec votre disque*…
Yseult :
Ça résume parfaitement mes intentions ! Avec le couvre-feu, ça n’est pas gagné, mais je reste optimiste.

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GALA : Dans votre clip Bad Boy vous êtes nue, ligotée et suspendue par des cordes façon Shibari, cet art japonais du bondage cher au photographe Nobuyoshi Araki. Quel est le message ?
Yseult :
Mon objectif, en toute humilité, est de tenter de créer de nouvelles références pour ma communauté. Dans l’art, comme dans tout le milieu culturel d’ailleurs, les noirs sont toujours représentés de la même manière. Me positionner dans la chanson française plutôt que dans le rap ou le R&B, m’inspirer de l’art contemporain comme c’est le cas dans mon clip, c’est dire aux minorités qu’il ne faut pas se laisser enfermer dans une case. Que tout est possible et que l’on peut avoir accès à tout.

GALA : Vous avez déclarez : « Je suis une femme noire et grosse sept jours sur sept ». Avez-vous été victime de racisme et/ou de grossophobie ?
Yseult :
J’en suis victime tous les jours ! La discrimination est partout et touche tout le monde, que l’on soit une femme noire ou blanche, que l’on soit trans, bi, gay, lesbienne, etc. C’est pourquoi je suis convaincue qu’il faut tendre vers une convergence des luttes. Que l’on s’allie tous et toutes afin de combattre notre ennemi qui au final nous est commun, celui que je nommerais l’intolérant.

” Ma couleur de peau est politique, mes cheveux et mon corps aussi “

GALA : Peut-on dire que vous êtes une femme engagée ?
Yseult :
Ma couleur de peau est politique, mes cheveux sont politiques, mon corps est politique, je n’ai donc pas le choix. Alors oui, je suis une femme engagée et je me dois de prendre la parole. Pour moi, mais aussi pour les autres.

GALA : Vous avez chanté au dernier défilé Balmain. Quel est votre rapport à la mode ?

YSEULT : Avant, j’étais frustrée et complexée car je n’avais aucun modèle qui me permettait de m’identifier. Je ne pouvais m’habiller que chez Asos, une marque anglaise qui propose des très grandes tailles, mais pas grand choix. Avec la prise de conscience du milieu de la mode et l’arrivée des mannequins grande taille, entre guillemets, j’ai commencé à m’y intéresser. La question était celle-ci : Comment et où trouver des designers capables de m’habiller tout en s’insérant dans mon projet artistique ? Ça a été un long combat mais j’ai trouvé une jeune styliste qui m’a confectionné des vêtements sur-mesure et j’y ai pris goût ! Ça a l’air bête, mais quand on a ma corpulence et que l’on est bien habillée, on se sent moins exclue de la société. Quant à Olivier Rousteing, de la maison Balmain, je ne le remercierai jamais assez. Lorsqu’il m’a présentée à la fashion sphere en disant : « Voici Yseult, une jeune chanteuse noire prometteuse, c’est ça aussi la France », il m’a touchée. Et m’a ouvert un nombre incalculable de portes.

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GALA : Vous avez dit prendre soin de vous. Avez-vous une routine beauté ?

YSEULT : Je fais une fixation sur mes cheveux, j’en prends donc soin au quotidien. Ça m’a permis de les aimer et de les accepter. Je crois que personne ne se rend compte du trauma psychologique que cela peut être pour une personne noire d’avoir le cheveu crépu. Depuis notre plus jeune âge, on nous a fait croire que la norme était le cheveu lisse… et que le seul shampoing adapté à notre chevelure était Dop ! Heureusement qu’aujourd’hui je peux utiliser des produits à base de karité d’une gamme que ma coiffeuse Kenza a créé. Quant à ma peau, je suis addict aux cosmétiques du Dr. Barbara Sturm.

GALA : Pour finir, quels conseils donneriez-vous à des jeunes filles ?

YSEULT : Je dirais que le principal est d’avoir confiance en soi, même s’il faut entamer une course de fond pour l’atteindre. Qu’il faut aussi accepter le mal comme le bien, ses dualités, et surtout ne pas avoir peur de tomber. On se relève toujours.

*EP BRUT, Y.Y.Y/Believe

Crédits photos : Thibault-Théodore

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