Affaire DSK : Nafissatou Diallo raconte ce qui serait vraiment passé dans la chambre du Sofitel

Neuf ans après l’affaire du Sofitel de New York, Nafissatou Diallo réitère ses accusations contre Dominique Strauss-Kahn lors d’une interview accordée à Paris Match, en kiosque jeudi 10 septembre 2020. Elle raconte en détails l’agression sexuelle dont elle dit avoir été victime.

  • Dominique Strauss-Kahn

“L’accident.” C’est ce mot qu’emploie Nafissatou Diallo pour parler de ce qu’il s’est passé dans la suite 2806 de l’hôtel Sofitel de New York, où elle est employée de chambre, avec le directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn. Nous sommes alors le 14 mai 2011 et celui que l’on surnomme DSK est favori pour l’élection présidentielle de 2012. Ce qui se déroule ce jour-là dans cette chambre fera basculer le destin de l’homme politique, voire celui de la France, puisque c’est François Hollande qui deviendra finalement Président. De son côté, Nafissatou Diallo ne parviendra jamais à se reconstruire. Neuf ans après, elle accorde une interview au magazine Paris Match – en kiosque jeudi 10 septembre 2020 – et revient sur l’affaire. Elle décrit notamment comment ce jour de mai 2011 a changé sa vie à jamais… pour le pire.

“Je me suis enfuie en crachant partout”

“Ce jour-là, tout a changé”, glisse Nafissatou Diallo. “Ma joie de vivre s’est envolée définitivement. Ce souvenir ne me quittera jamais […] Ce qui s’est passé a été dévastateur pour moi.” L’ancienne femme de ménage du Sofitel raconte alors avec force détails la scène qui la traumatise encore des années après. “Je venais de nettoyer une chambre voisine, la 2820”, se souvient-elle. “Dans le couloir, je demande au collègue qui sort de la 2806 si elle est libre. ‘Oui’, me dit-il. Conformément au règlement, je crie trois fois ‘Housekeeping’ [‘ménage’]. Personne ne répond. Donc j’entre en laissant la porte entrouverte. La suite 2806 est très grande. Je ne vois aucun bagage. Dans le salon, je répète : ‘Housekeeping’ ! Je m’apprête à entrer dans la chambre, sur la gauche, quand je vois apparaître cet homme nu. Alors, je m’écrie : ‘Oh mon Dieu ! Je suis désolée.’ Puis tout est arrivé… Et quand cela a été fini, je me suis enfuie en crachant partout.”

L’histoire ne s’arrête pas là pour Nafissatou Diallo. “Je me cache dans le couloir, près de la chambre 2820”, reprend-elle. “Et de là je vois cet homme sortir, habillé, tirant une valise derrière lui. Nos regards se croisent. Il disparaît dans l’ascenseur […] Après l’accident, je ne sais pas quoi faire. Je pense que j’ai voulu reprendre mon matériel de ménage qui se trouvait encore dans la chambre 2820 […] Je suis retournée dans la chambre 2820, pour très peu de temps. Où est le problème ? Je suis furieuse, je crache partout et, subitement, Jessica, ma boss, arrive. Elle voit que quelque chose ne va pas et me demande : ‘Nafi, ça ne va pas ? Dis-moi.’ Je ne sais pas quoi lui répondre… Mais je finis par lui raconter. Et à partir de ce moment tout bascule.”

“S’il avait été pauvre […] il serait aujourd’hui en prison”

Après les faits, Dominique Strauss-Kahn est placé en détention provisoire par la juridiction de l’Etat de New York, qui engage une procédure pénale. Il démissionne du FMI et abandonne la primaire censée le mener à la Présidentielle. Après avoir été placé en résidence surveillée, il plaide non coupable le 6 juin 2011 et est libéré sur parole un mois plus tard, le procureur mettant en doute la crédibilité de la plaignante. Une transaction entre DSK et Nafissatou Diallo, dont le montant n’a jamais été publié, sera en décembre 2012. “Moyennant ce versement, DSK – qui a toujours nié avoir commis un viol – s’épargnait une longue et coûteuse procédure, et Nafissatou Diallo renonçait à jamais à le poursuivre”, rappellent nos confrères. “Depuis le désaveu que lui avait infligé le procureur de New York, Cyrus Vance Jr, en août 2011, en renonçant à un procès contre l’ancien ministre, la jeune femme n’en avait plus guère les moyens. Dans son réquisitoire final, il invoquait certes un acte sexuel ‘précipité’ dans la chambre 2806 ayant pu lui paraître au départ ‘non consenti’, mais il pointait surtout les ‘mensonges’ et les ‘déclarations contradictoires’ de la plaignante qui affectaient selon lui sa crédibilité, au point qu’il lui semblait impossible de croire ‘au-delà du doute raisonnable’ à ses accusations.”

Cette décision de justice est vécue comme un véritable échec pour Natissatou Diallo, qui dit même avoir eu des pensées suicidaires. Selon elle, les procureurs ont “jeté le doute sur [sa] crédibilité […] parce que cet homme avait de l’argent et du pouvoir.” Elle explique : “J’ai été à l’hôpital, un docteur que je n’avais jamais vu m’a examinée, donc ils ont les preuves de ce qui s’est passé. Je vous assure que s’il avait été pauvre, à la rue, un clochard, il serait aujourd’hui en prison. Ils m’ont traitée comme une prostituée alors qu’en réalité je travaillais dur pour donner à ma fille un avenir. Qu’est-ce que ça aurait été si ça s’était passé dans un night-club !” Et de conclure : “Je ne suis pas la personne qu’ils ont décrite.”

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