Étienne Carbonnier, le gentleman charmant de "Quotidien"

Le journaliste, animateur des chroniques drôles et réjouissantes Canap et Transpi dans l’émission de Yann Barthès, sur TMC, lance une nouvelle émission, «Canap 95». Ce mardi soir, il plonge dans les archives télé de 1995, une «année dingue». Rencontre avec un pro au sourire permanent.

En 1995, il avait 7 ans, et échangeait des Pogs dans la cour de récré de l’école Littré à Paris (VIe arrondissement). Vingt-cinq ans plus tard, à 32 ans, Étienne Carbonnier, l’animateur des chroniques Transpi et Canap, dans l’émission «Quotidien» de Yann Barthès, s’offre un prime sur cette fameuse année 1995. Avec son savoir-faire, ce ton drôle et décontracté devenu sa marque de fabrique, prédilection de ses congénères trentenaires, il nous guide à travers un tourbillon d’archives télé soigneusement sélectionnées dans «Canap 95» (1). Pour rire (beaucoup) et voir «comment le monde a bougé», avec les journalistes de «Quotidien», les «copains» venus en renfort sur le plateau pallier l’absence forcée de public.

Au mitan des années 1990, et à des années lumières de Me Too, les remarques sexistes fusent dans certaines émissions phares de l’époque : «Intervilles», «Pyramide», les 7 d’or… Mais le journaliste se défend de juger une époque «qui n’est pas la nôtre» sous le prisme d’aujourd’hui. Carbo, comme l’appellaient ses copains au collège, préfère se concentrer sur une année «dingue», une année de «liberté, folie, création». «En télé, il y avait des jeux énormes, impossibles à faire aujourd’hui.» La preuve en images avec un Nagui fringant embarquant dans un avion tout le public du jeu «N’oubliez pas votre brosse à dents» pour des vacances en Tunisie.

En vidéo, la bande-annonce de Canap 95, présentée par Étienne Carbonnier

Un petit garçon optimiste, enjoué

Pendant ce temps, le petit Étienne a 7 ans, donc, et regarde déjà beaucoup la télé. «Je ne suis pas nostalgique, mais ces images d’archives me ramènent à mes 7 ans, ces heures à mater des dessins animés en pyjama, pendant les longues vacances d’été.» C’est un petit garçon de bonne humeur, optimiste, enjoué, bref, «un peu le même qu’aujourd’hui». Ses proches le confirment : il est à l’écran comme à la ville, souriant, spontané, décontracté.

Le futur dénicheur de compétitions de pétanque en altitude grandit dans le VIe arrondissement parisien, au sein d’une famille où le maître mot est le droit, entre une mère juriste, un père avocat, et un grand-père, Jean Carbonnier, éminent professeur de droit privé et spécialiste de droit civil. Aussi, après le bac, alors qu’il n’a aucune idée de ce qu’il veut faire plus tard, Étienne Carbonnier se laisse naturellement guider vers le tropisme familial et s’engage dans des études de droit, à la toute proche université Paris II-Assas. Et où, il n’en revient toujours pas, il obtient une licence de droit : «Je m’étonne moi-même». D’autant plus qu’il décrit trois ans d’enfer, «c’était horrible, le droit c’est énormément de travail, de compétition». Changement d’orientation, respiration. Retenu dans deux écoles de journalisme, celui qui se décrit comme un «énorme glandeur» opte pour l’Institut français de presse (IFP), tout simplement car c’était «plus près de chez [lui]».

Rencontre avec le boss Yann Barthès

L’horizon s’éclaircit. Le jeune homme enchaîne les stages (dans «C à vous» sur France 5 où il préparait les fiches d’Alessandra Sublet et de Daphné Bürki, comme le racontait L’Equipe), mais se cherche encore quand il atterrit dans l’équipe du «Petit Journal», au moment où celui-ci devient une émission à part entière sur Canal +, en 2011. Celui qui est «chargé de l’agenda» rencontre alors le «boss», Yann Barthès. «J’étais là avec mon petit CV qu’il n’a même pas regardé, il m’a demandé “tu viens d’où, t’écoutes quoi”, on a discuté et ri pendant deux heures.» Aux oubliettes l’agenda, voilà Étienne qui regarde des images, analyse, dérushe.

Entre les deux professionnels, la complicité, qui deviendra amitié, est immédiate. «Il me fait marrer, mes trucs le font marrer», résume toujours bonne pâte l’animateur. Du «Petit Journal» à «Quotidien» sur TMC, Étienne Carbonnier façonne sa patte justement et s’inscrit comme la «baby face» chouchoutée du plateau, souvent chambré par les autres chroniqueurs sur son sex-appeal qui exhale malgré lui.

Ses références en humour viennent de la télé : «J’ai grandi avec Jamel, Eric et Ramzi», héros de la série H, qui lancera une génération de comiques en 1998. Mais cet art du chambrage, il le peaufine vraiment auprès de ses deux frères : «On s’est taillés toute notre vie».

Curling et cheval à deux pattes

Du championnat du monde de fléchettes à Londres à celui de cheval à deux pattes en Vendée, en passant par la confrérie des gosiers secs dans le Beaujolais et le championnat d’Europe de curling en Suède, Étienne Carbonnier et son équipe menée par son fidèle perchman, ingé son (et guitariste punk) Thibault Dautrevaux ont écumé les rassemblements gastro-vinicolo-sportifs les plus improbables pour Transpi. Avec la pandémie, la manne s’est forcément tarie, même si Etienne Carbonnier avait remarqué, lucide : «Quand on s’est retrouvés en Belgique dans un bar avec des mecs qui mangeaient des tartes aux épinards, je me suis dit qu’on était arrivés au bout du truc, au sens le plus large possible».

Depuis, il se concentre sur le Canap, et visionne avec son équipe de trois personnes des heures d’émissions pour aboutir à un concentré d’humour absurde, boosté par un montage au cordeau, bardé du fameux lettrage signature de «Quotidien». «Ça a l’air facile mais c’est un travail énorme, comme j’essaie de l’expliquer à mes parents», insiste Carbo. Pas toujours facile non pus de garder ce sourire avenant, comme en 2020, lorsqu’il a traversé des «moments difficiles». Avant de se reprendre, car «sourire et rendre la journée meilleure, ça fait partie de mon job».

Mais y a-t-il quelque chose qui puisse énerver cette âme de Miss France en puissance ? «La méchanceté gratuite, comme ces fêtards qui se sont acharnés récemment sur un blaireau en Isère. Ça m’énerve vraiment. Quelle stupidité, ces gens ont un Q. I. négatif ou quoi ?»

Le canapé, pièce “essentielle”

Pour décompresser, l’enfant de la télé se tourne vers… la télé et les séries (plus Breaking Bad que Chronique des Bridgerton), regardées depuis son canapé, forcément : «C’est une pièce essentielle de mon appartement, le mien est méga confort». Sa passion pour le sport aussi, avec le podcast Champion produit par Bangumi la société de Yann Barthès, une interview avec un grand sportif français où on parle de tout, sauf de sport. Fort de son passé de champion départemental d’escrime, formé par des maître d’armes russes, Étienne Carbonnier y discute affres de l’adolescence et fête au village olympique avec les médaillés Renaud Lavillenie ou Martin Fourcade.

Son public, «hyper varié, des enfants à des gens de 40-50 ans dont je n’aurais pas imaginé qu’ils comprendraient mon humour», est au rendez-vous. Et les groupies criant sous les fenêtres ? «Mais non, ça n’a jamais été ça dans ma vie !», se défend celui que ses collègues adorent taquiner là-dessus. De quoi transpirer sur son canapé.

(1) «Canap 95», diffusion ce mardi à 21h15 sur TMC.

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