EXCLU – Cédric Jubillar : son avocat fait des révélations sur le dossier

Cédric Jubillar se trouve en détention provisoire à la prison de Seysses depuis le jeudi 18 juin 2021. La chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Toulouse a rejeté sa demande de remise en liberté, jeudi 8 juillet 2021. Son avocat historique, Me Jean-Baptiste Alary, a accepté de répondre aux questions de Femme Actuelle.

  • Delphine Jubillar

Jeudi 8 juillet 2021, deux jours après l’audience, la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Toulouse a rendu sa décision : Cédric Jubillar reste en détention provisoire. Le père de famille, mis en examen et soupçonné d’avoir tué sa femme Delphine Jubillar, disparue depuis le 15 décembre 2020, restera donc incarcéré à l’isolement au sein de la prison de Seysses, près de Toulouse. Me Jean-Baptiste Alary, Me Emmanuelle Franck et Me Alexandre Martin, les avocats du suspect, avaient dénoncé une enquête à charge et un dossier “vide” lors de leurs nombreuses prises de paroles dans les médias. La Cour estime quant à elle que cette décision permet d’empêcher les pressions sur les témoins et de préserver les indices et les traces. Me Jean-Baptiste Alary, qui défend son client Cédric Jubillar depuis le début de l’affaire fin 2020, a accepté de revenir sur le sujet pour Femme Actuelle.

Femme Actuelle : la Cour d’appel a décidé de maintenir Cédric Jubillar en détention. Sur quelles motivations ?
Me Jean-Baptiste Alary : La Cour d’appel a pris une décision illogique si l’on tient compte de ce qu’elle a elle-même mentionné. Car la Cour considère que certains éléments à charge, tels qu’ils ont été présentés par le procureur de Toulouse dans sa conférence de presse, ne devaient pas être considérés comme tels. Elle a tout de même annoncé le maintien en détention en raison du fait qu’il faudrait conserver certaines preuves. J’ai du mal à comprendre : l’enquête dure depuis déjà plus de six mois…

Comptez-vous formuler de nouvelles demandes dans les jours qui viennent ?
Me. J.B.A. : Il va y avoir une nouvelle audition de Cédric Jubillar. Car lors de l’interrogatoire, alors que nous sortions d’une comparution intense, nous n’avions que quelques dizaines de minutes pour prendre connaissance du dossier de 10.000 pages… Il lui était donc impossible de répondre aux questions des magistrats. Comme la loi le prévoit, Cédric Jubillar a fait des déclarations spontanées au juge, en lui confirmant simplement les réponses qu’il avait fournies aux questions posées pendant sa garde à vue. C’est pour ça qu’aujourd’hui, il n’a pas vraiment répondu aux questions des magistrats. Nous attendons donc d’être convoqués. Nous allons ensuite effectivement commencer à effectuer des demandes d’actes, afin de faire vérifier ce qui ne l’a pas été. Car il y a des éléments manquants.

Les pistes écartées par les enquêteurs

Vous avez en effet évoqué de nombreuses pistes qui n’auraient pas été suffisamment exploitées par les enquêteurs…
Me. J.B.A. : Il va en effet falloir faire un certain nombre d’investigations. Ils n’ont voulu les faire parce que dès le début de cette enquête, ils avaient une théorie préétablie : la culpabilité du mari. Ils ont écarté toute autre piste d’un revers de manche en faisant quelques modifications, et pas plus. Par exemple, concernant la thèse du rôdeur, ils ont interrogé le FIJAIS (Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes). Y sont inscrites toutes les personnes condamnées pour un crime ou un délit à connotation sexuelle. Cela présuppose que la personne aurait déjà été condamnée… Et s’il s’agissait d’un primo criminel ? Ils ont également limité la recherche aux personnes vivant dans le département du Tarn. On part donc du postulat que c’est un délinquant, déjà condamné par la justice pour des faits de violences sexuelles et qui habite dans le Tarn.

Selon vous, de nombreuses autres pistes n’ont pas été explorées…
Me. J.B.A. :
On a quand même un homme qui a écrit à sa femme en s’accusant du meurtre de Delphine Jubillar. Ils l’ont auditionné, et il a dit qu’il avait fait ça simplement pour faire peur à son épouse. Il a dit qu’il était ce soir-là avec sa compagne actuelle, dont il a donné le nom. Cette dernière n’a même pas été auditionnée. On n’a pas vérifié si son téléphone bornait, on n’a pas regardé les pneus de sa voiture, on n’a pas fait de perquisition chez lui. La piste du départ volontaire n’a pas non plus été exploitée. Albi est à deux heures de route de l’Espagne, et ils n’ont même pas été demander les vidéos du péage. Elle aurait pu partir en Espagne de gré ou de force…

La vie de couple de Delphine et Cédric Jubillar

Les informations concernant l’enquête filtraient au départ au compte-goutte. Mais dorénavant, de nombreux éléments du dossier commencent à fuiter, comme les SMS échangés entre Cédric Jubillar et Dephine. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?
Me. J.B.A. :
Tout cela est savamment orchestré par la gendarmerie nationale. Ils sont rentrés dans une guerre de communication à laquelle nous ne pouvons pas répondre et qui est extrêmement déplacée. Ils sont en train d’essayer de maquiller le vide sidéral de leur dossier. Mais ces SMS ne font pas office de preuve.

Me Alexandre Martin, qui travaille à vos côtés, a lui-même révélé que Cédric et Delphine avaient encore une vie sexuelle.
Me. J.B.A. :
Ils avaient quelques relations sexuelles de temps en temps, pas très souvent, mais ça leur arrivait. Est-ce que ça explique la disparition qui a lieu quelques semaines après ?

Cela signifie-t-il qu’ils n’étaient pas vraiment séparés ?
Me. J.B.A. :
Ils ont vécu 17 ans de vie commune. Ce n’est pas parce qu’on se sépare qu’on se déteste. On ne devient pas des étrangers du jour au lendemain.

Est-il vrai que Cédric Jubillar a tenté de géolocaliser Delphine avant sa disparition ?
Me. J.B.A. : Il l’a maladroitement fait, car il avait des doutes sur le fait qu’elle ait ou non un amant. Il avait essayé de la géolocaliser quand elle allait au travail pour savoir si elle y allait vraiment. C’est le comportement de quelqu’un de suspicieux, qui aimerait savoir. C’était plusieurs semaines avant les faits.

Il aurait ensuite affirmé que sa mère Nadine était à l’origine de cette géolocalisation?
Me. J.B.A. :
Delphine Jubillar a reçu un mail sur lequel il était écrit “Attention, tentative de géolocalisation”. Delphine a très bien compris qu’il s’agissait de Cédric. Pour sauver un peu la face, sa mère a endossé la responsabilité…. Ce n’est pas très glorieux, mais ça n’en fait pas un meurtrier pour autant. À mon avis, ce n’est pas assez pour maintenir en détention un homme dans des conditions aussi horribles que celles de la prison de Seysses… Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté a tiré la sonnette d’alarme à ce sujet mardi 13 juillet 2021. 176 personnes dorment par terre, il y a des rats, des cafards, des blattes.

La détention de Cédric Jubillar

A-t-il évoqué avec vous ces conditions déplorables ?
Me. J.B.A. : Lui est à l’isolement, et je pense que cela concerne d’autres quartiers.

Son fils Louis, 6 ans, peut-il venir le voir ?
Me. J.B.A. :
Non, pour le moment il n’a le droit que de lui écrire des lettres manuscrites. C’est ce que le juge pour enfant a autorisé.

Reçoit-il d’autres visites ?
Me. J.B.A. :
Pas à ce jour. Je ne sais pas si le juge lui a donné la permission de communiquer, mais je ne pense pas. C’est pour maintenir la pression.

Êtes-vous confiant pour la suite ?
Me. J.B.A. :
Si aucune investigation ne permet de consolider ce dossier, il est évident qu’il sortira. Certains arguments avancés par le procureur de Toulouse dans sa conférence de presse ont été écartés, comme le témoignage de Louis. “Je ne ferai pas de ce petit garçon un accusateur de son père”, a fait savoir le parquet général dans ses réquisitions mardi 6 juillet 2021. D’autres ont été écartés dans l’arrêt de la Cour d’appel elle-même. Ça commence à faire beaucoup.

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