INTERVIEW – Gérald Dahan, candidat aux législatives : « Avec Jean-Luc Mélenchon, c’est de l’amitié »

À l’approche des législatives, Gala.fr part à la rencontre de ces figures médiatiques en campagne pour devenir député. Entretien avec l’imitateur Gérald Dahan, candidat en Charente-Maritime sous la bannière Nupes.

A propos de


  1. Gérald Dahan


  2. Jean-Luc Mélenchon

Un imitateur sur les bancs de l’Assemblée ? Célèbre pour ses canulars téléphoniques, dont Ségolène Royal ou Nadine Morano ont notamment fait les frais il y a quelques années, Gérald Dahan ne veut plus seulement faire rire avec la politique : c’est le plus sérieusement du monde qu’il se présente aux législatives en Charente-Maritime, sous les couleurs de la Nupes. Une deuxième tentative pour l’ami de Jean-Luc Mélenchon, battu au premier tour il y a 5 ans dans les Hauts-de-Seine. Sera-t-elle la bonne ? En attendant la réponse, on a voulu en savoir plus sur la campagne de l’humoriste et ce qui l’a poussé à monter sur la scène politique.

Gala.fr : Comment s’est décidée cette candidature dans la 3e circonscription de la Charente-Maritime ?

Gérald Dahan : On avait évoqué avec Jean-Luc Mélenchon, au soir du premier tour de la présidentielle, l’éventualité que je me réengage. Et j’étais d’accord si c’était proche de chez moi, parce que je suis revenu vivre en Charente-Maritime il y a deux ans avec ma famille. Je connais bien la circonscription, mes parents y étaient commerçants. Puis un candidat était prévu mais il risquait d’être frappé d’inéligibilité. Une solution était recherchée sur place, donc ça s’est fait comme ça.

Vous voyez plutôt votre notoriété comme un atout ?

Incontestablement. Les gens savent tout ce que j’ai fait, ils savent que je fais de l’humour politique depuis longtemps. Que je suis très engagé, auprès d’associations aussi. Donc c’est un gros atout. J’ai envie d’œuvrer pour les plus faibles et de faire entendre leur voix.

Vous sentez-vous pris au sérieux malgré votre image d’humoriste ?

Par tous ceux qui connaissent mon parcours, oui. Je suis un artiste engagé à gauche depuis très longtemps. Je suis président de l’association « Les hôtels du cœur » qui s’occupe des sans-abri. C’est un gage de sérieux.

Arrivez-vous à apporter un peu d’humour à vos réunions publiques ?

Quand on aborde des questions sociétales, c’est difficile. Le mal logement, les violences faites aux femmes… Ça ne prête pas à rire. Mais il peut m’arriver, très rarement, de détendre l’atmosphère avec un bon mot. Parce que l’humour est aussi un moyen de faire réfléchir les gens parfois.

Vos proches vous ont-ils encouragé ou plutôt dissuadé ?

J’ai la chance d’avoir des proches qui me soutiennent toujours pour les choses qui me tiennent à cœur. Leur soutien compte énormément.

Se lancer dans une campagne, c’est tout de même s’exposer à certaines formes de violence.

C’est vrai mais dans le milieu du spectacle aussi, faire des canulars téléphoniques aux politiques peut s’avérer violent. J’ai risqué ma place et j’ai été licencié plein de fois pour mes prises de position, même si j’ai piégé des gens de tous bords. C’est important de le dire. Ma femme m’a juste dit « ok mais cette fois tu gagnes ! » (rires).

Et vos enfants ?

C’est marrant parce que ma fille s’investit aussi dans la campagne. Elle m’accompagne le week-end sur les marchés avec ma femme. Elle a même réalisé ses propres tracts ! Elle a fait un beau portrait de moi, à tel point que les électeurs préfèrent le sien. Elle n’a que 7 ans et elle veut être présidente de la République. Ça commence tôt !

Vos deux autres filles s’intéressent-elles à la politique ?

Ma fille de 22 ans, à fond. Sa sœur de 15 ans pas encore, mais je vois dans ses réflexions qu’elle penche vers un discours humaniste, ça c’est certain.

« Je sais que je serai au second tour »

Que pensez-vous de votre adversaire, le député sortant LREM Jean-Philippe Ardouin ?

Je l’ai croisé mais c’est difficile de se faire une opinion de quelqu’un qui est un peu inexistant sur le terrain, ici. Il n’a proposé aucune loi à l’Assemblée. Donc c’est difficile de se faire une opinion de ce monsieur. Et même sa suppléante fait campagne contre lui, ça en dit long. Puis il n’a pas collé d’affiches, il n’est même pas sûr d’être au deuxième tour ! Il n’a pas l’air concerné, je trouve ça dingue.

Sur quels arguments misez-vous pour faire la différence ?

Je serai un député utile et présent. Je dis aussi qu’il y a une union qui est historique de la gauche. C’est un moment clé. Par deux fois, Jean-Luc Mélenchon a été très proche d’être au second tour à la présidentielle. Donc ce que je dis aux gens c’est qu’il faut bien avoir conscience que la fenêtre de tir, c’est maintenant ! Sinon on repart pour 5 ans avec la même politique.

Vous dites être passé à 700 voix du second tour il y a 5 ans dans les Hauts-de-Seine. Est-ce qu’il y a une erreur que vous ne voulez pas reproduire ?

On apprend toujours. Notamment les endroits où vraiment il faut aller. Mais il y a 5 ans, je n’ai pas considéré cela comme un échec. J’étais quand même sur une terre de droite où j’ai fait presque 9%. J’ai fait avancer certaines idées. J’ai surtout été déçu pour ces gens dont la vie ne s’est pas améliorée avec l’élection de mon adversaire Gabriel Attal. Il n’a pas siégé à l’Assemblée puisqu’il s’est retrouvé porte-parole du gouvernement.

Soutien au personnels de santé en grève ! pic.twitter.com/4D4vtK5GzJ

Vous n’aviez pas pu voter pour vous-même en 2017. Ce sera le cas cette fois ?

Toujours pas, non. Ma maison est à 800 mètres de la circonscription. Heureusement, ma famille, mes oncles, mes tantes, mes cousins y habitent !

Vous êtes confiant pour gagner ce fauteuil de député ?

Je n’envisage pas l’hypothèse de ne pas être élu. J’y crois à fond. Je vois ce que me disent les gens. Je vois les sondages. Je sais que je serai au deuxième tour. Sincèrement, c’est tout à fait gagnable.

Quels sont vos modèles en politique ?

Pour moi, Jean-Luc Mélenchon est un modèle. Mais aussi Coluche, qui était éminemment politique et a inspiré une loi pour la défiscalisation des dons faits aux associations. Il m’a inspiré Les Hôtels du cœur pour les sans-abri. Sinon, je ne me reconnais pas dans les hommes politiques plus classiques. Moi je viens de la société civile. Et les gens apprécient, on me rappelle parfois que le président ukrainien est un humoriste à la base. Je suis en contact direct avec le public depuis 30 ans. Moi aussi j’ai une maman qui a une petite retraite. Moi aussi j’ai des amis qui ont médicaments prescrits mais non remboursés. Je ne suis pas déconnecté. Donc c’est bien de voir à l’Assemblée des gens qui ne sont pas forcément des notables, comme un boulanger, un ouvrier, ou un humoriste.

Quels sont vos rapports avec Jean-Luc Mélenchon ? Comment l’avez-vous rencontré ?

C’est moi qui ai voulu le rencontrer. Quand je l’ai appelé, il pensait que c’était un canular. J’ai piégé une centaine de personnalités politiques mais lui a été hyper méfiant. Puis on s’est rencontré et on est resté une heure ensemble. On a eu un échange très intéressant, parce que c’est un grand intellectuel ! Puis on est devenu amis. On me demande parfois si c’est du copinage mais non, c’est de l’amitié avec Jean-Luc. On partage vraiment beaucoup de choses. Je sais que c’est quelqu’un sur qui on peut compter. Et des amis comme ça, il y en a peu. Il a aussi beaucoup d’humour sur lui-même. Ce qui est une grande marque d’intelligence. D’ailleurs, je l’imite dans chacun de mes spectacles. Et je le taquine comme je taquine les autres.

Quel était le but de vos canulars ?

Les gens se disent : qu’est-ce que pensent vraiment les politiques ? Est-ce qu’ils sont sincères ? Les canulars permettaient ça. Et aussi de les humaniser. On les entend parler normalement. Après, les canulars prennent parfois une dimension qui vous échappe. Quand j’avais piégé Ségolène Royal, et qu’elle m’avait dit que certains Français ne seraient pas contre l’indépendance de la Corse, Nicolas Sarkozy s’en était servi. Mais j’avais voté pour elle en 2007 !

Depuis que vous vous êtes lancé en politique, avez-vous reçu des messages de vos anciennes « victimes » ?

Oui, par exemple Olivier Falorni. Je lui avais fait croire qu’il était nommé au gouvernement avec la voix de Manuel Valls, sous la tutelle de Ségolène Royal alors qu’ils ne pouvaient pas se voir. Il avait accepté ! Et depuis que je me suis lancé, il m’a envoyé un texto : « Je vous souhaite une bonne campagne, je ne peux pas vous soutenir officiellement parce que les gens croiraient à un canular », car LFI ne le ménage pas dans sa circonscription. C’était sympa.

>> Découvrez notre diaporama sur Gérald Dahan et les people candidats aux législatives 2022

« Il n’y a que des coups à prendre quand on s’engage »

Mediapart a récemment révélé votre condamnation aux prud’hommes, en 2019, à verser 27 000 euros à un groupe de musiciens. Cela fait aussi partie de l’apprentissage de la politique ?

Plutôt de la vie entrepreneuriale. Mediapart écrit cela parce que je défends le programme de la Nupes et le Smic à 1 500 euros et les gens qui vivent mal… Mais j’ai produit 900 artistes par an depuis cinq ans. Des nouveaux talents qui n’ont pas les moyens de se faire connaître. Comme beaucoup d’entrepreneurs, dans le spectacle en général, on peut se retrouver aux prud’hommes. Ça m’est arrivé une fois, ce qui est très faible sur le nombre de gens à qui j’ai permis de faire des choses. Donc forcément, Mediapart essaye de m’attaquer là-dessus. Je réponds et ils font un deuxième article en pleine campagne… Donc voilà, les boules puantes font souvent partie aussi d’une campagne électorale. Ce sont des articles à charge. On se dit : est-ce que c’est du journalisme ? Ou de la propagande ? On peut s’interroger.

C’est un coup dur pour vous ?

Pas du tout. Parce que personnellement, je n’ai rien à me reprocher.

Ça peut faire mal justement, si on se dit que l’on n’a rien à se reprocher…

Oui, mais ça me fait surtout perdre du temps dans la campagne. Parce qu’il faut expliquer aux gens que ce n’est pas vrai et apporter les preuves. Ça vous ralentit mais ça veut surtout dire que je dérange certains intérêts de pas mal de gens. Dans la rue, en tout cas, les gens me disent plutôt « ne lâchez rien, même s’ils veulent vous abattre ! » Donc ça vous renforce en fait et ça veut dire que j’ai de vraies chances de pouvoir porter les voix de gens qui ont besoin qu’on les défende à l’Assemblée nationale. C’est ce qui me motive. Je le dis dans un slogan : « avant je prenais la voix des autres, aujourd’hui j’ai besoin des vôtres.« 

Vous répondez quoi à ceux qui vous accusent de faire ça par opportunisme ou pour vous faire de la publicité ?

Il n’y a que des coups à prendre quand on s’engage. Si on n’est pas sincère, c’est qu’on est maso ! On ne fait pas ça pour l’argent ou la pub, surtout quand on voit les attaques des adversaires ensuite.

Crédits photos : JLPPA / Bestimage

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