INTERVIEW – Natasha St-Pier :  « Mon fils me force à être la meilleure version de moi-même »

En 2001, Natasha Si-Pier terminait à la quatrième place de l’Eurovision. Alors qu’elle pensait que sa carrière était terminée, la chanteuse a multiplié les succès. Onze après sa participation, elle s’est confiée sur sa carrière, son quotidien de maman et sa vie amoureuse.

« Mais, je n’ai que mon âme pour te parler de moi, oh juste mon âme, mon âme et ma voix ». Du haut de ses 18 ans, Natasha St-Pier envoûtait le jury de l’Eurovision, le 12 mai 2001. Arrivée quatrième du célèbre concours européen, la chanteuse ne s’attendait pas à voir sa vie bousculer. Propulsée sur le devant de la scène, la belle canadienne a su conquérir le cœur des Français. Après avoir quitté un temps la scène musicale, l’artiste de 41 ans est revenue plus forte que jamais. Maman épanouie du petit Bixente Maxence, professeure de yoga épanouie et amoureuse, Natasha St-Pier rayonne de bonheur. Pour Gala.fr, elle revient sur sa carrière, sa vie de famille et ses doux projets.

Gala.fr : Le 12 mai 2001, vous arriviez à la 4ème place de l’Eurovision à Copenhague au Danemark, Comment avez-vous vécu cette participation qui a soudainement propulsé votre carrière ?

Natasha St-Pier : Sur le coup, j’ai passé un super moment. C’était une super expérience à vivre. Puis, j’ai eu du mal à vivre la défaite. J’avais 18 ans, j’étais encore jeune et je n’avais encore jamais été confrontée à un échec. Je pensais que ma carrière était fichue. Et finalement, je me suis aperçue que cette expérience a été un magnifique tremplin pour ma carrière.

Gala.fr : Vous avez créé la surprise en conservant la version française de cette chanson. Pourquoi ce choix ?

Natasha St-Pier : Le texte de Je n’ai que mon âme, écrit par J. Kapler est magnifique. J’avais donc envie de le garder tel quel. En même temps, je voulais que les gens comprennent ce que je racontais dans cette chanson. En faisant le dernier tiers en anglais, cela leur a permis de comprendre et de pouvoir s’identifier au texte.

Gala.fr : À quoi ressemble l’Eurovision depuis les coulisses ?

Natasha St-Pier : Le concours dure une semaine. Il y a plusieurs répétitions, c’est extrêmement bien cadré. Chaque pays a un temps déterminé. C’est vraiment une très grande production codifiée et très réglementée. Autour de ce temps de travail, on a l’occasion de rencontrer les médias étrangers. Tous les pays souhaitent nous interviewer pour connaître notre chanson. Il y a vraiment une effervescence autour de l’Eurovision.

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Gala.fr : Des petites anecdotes à ce sujet ?

Natasha St-Pier : Je me souviens du trac avant de monter sur scène. Je suis passée juste après un Espagnol. Je voyais les gens chanter et danser. De mon côté, j’essayais de faire genre « tout va bien ». Mais au fond, j’avais vraiment une boule au ventre. Lorsque l’on réécoute ma prestation, ça s’entend. Je n’ai pas une respiration optimale. J’ai un souffle court et le diaphragme bloqué par le stress. Ce n’est pas ma meilleure performance mais c’était à cause du stress.

« Il fallait que je m’arrête pour retrouver l’amour de la musique »

Gala.fr. : Regrettez-vous votre performance ?

Natasha St-Pier : Je ne peux pas la regretter car je ne pense pas que j’aurais pu faire mieux. Par contre avec l’âge, si je devais refaire l’Eurovision, je ne le ferai pas de la même manière qu’à 18 ans.

Gala.fr : À l’issue de votre participation à l’Eurovision, Pascal Obispo réalise en grande partie votre album De l’amour le mieux. Comment est née cette collaboration ?

Natasha St-Pier : Pascal Obispo m’a vue dans l’Eurovision. À l’époque, mon ancienne maison de disques voulait que j’enregistre un album en France. Ils lui ont donc parlé de moi. Après le concours, je l’ai rencontré sur un plateau de télévision. À ce moment-là, pour moi, ma carrière était finie et j’allais rentrer au Canada. Alors que j’allais reprendre l’avion le lendemain, Pascal Obispo m’a demandée de venir écouter des chansons à son studio. C’est comme ça que j’ai finalement décidé de rester.

Gala.fr : Après cet énorme succès, vous décidiez de faire une pause dans votre carrière pour revenir en force en 2012. En quoi ce break a-t-il été salutaire pour vous ?

Natasha St-Pier : J’ai compris que j’aimais la musique et que j’en avais besoin. Au début, je pensais que c’était un métier comme un autre mais pas du tout. J’avais besoin de m’arrêter. Depuis mes 14 ans, j’avançais sans prendre le temps de savourer et de regarder derrière. J’étais dans une espèce de course au succès qui n’était pas la mienne mais celle de mon producteur de l’époque. Je n’étais plus dans le plaisir. Il fallait que je m’arrête pour retrouver l’amour de la musique.

« Bixente me fait grandir »

Gala.fr : Trois ans plus tard, vous commenciez un nouveau chapitre avec la naissance de votre fils Bixente Maxime marquée par ses problèmes de santé. En quoi cela a-t-il chamboulé votre carrière ?

Natasha St-Pier : Si la grossesse a été difficile à vivre, j’ai trouvé la maternité facile et belle. C’est un défi qui m’a permis de grandir et d’évoluer. J’ai eu envie de mélanger ma carrière et ma vie privée. J’ai fait en sorte que mon travail résonne dans la maison. Mon fils a vraiment une place dans tout ce que je fais. Avant, tout tournait autour de ma passion. Je n’avais que ça. Dès que ça n’allait pas dans mon travail, c’est toute ma vie qui n’allait pas. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

Gala.fr : Quel petit garçon est-il ?

Natasha St-Pier : Bixente va bien et grandit trop vite. Il est très artistique. Que ce soit dans le dessin ou dans la musique. Il aime assister à des gros concerts comme celui de Vianney ou à ceux donnés par des artistes de rue. Il suit des cours de guitare. Au-delà de la musique, il aime l’expression artistique. Je pense que c’est quelqu’un de très sensible. À travers l’art, il arrive à se libérer de ses émotions. Pour moi, il est une source d’inspiration inépuisable. Ses réflexions et ses préoccupations me font grandir. Il me force à être la meilleure version de moi-même. Grâce à Bixente je suis devenue une personne beaucoup plus équilibrée.

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Gala.fr : Vous annonciez être séparée du père de votre fils. Comment avez-vous abordé cette vie de maman célibataire ?

Natasha St-Pier : Au début, ce n’était pas tous les jours facile. Il a fallu trouver une organisation et une routine. J’ai dû imposer des choses à mon équipe. Je ne pouvais plus dire oui à tout et accepter des contrats au pied levé. Je suis maman. Certes, passer à côté d’une opportunité musicale est décevant. Mais quand j’ai mon fils dans les bras et que je lui fais des bisous dans le cou, ça vaut toutes les opportunités du monde (elle rit).

Gala.fr : En parallèle de votre carrière de chanteuse et d’animatrice, vous êtes aussi professeure de Yoga. En quoi cette pratique a-t-elle changé votre vision de la vie ?

Natasha St-Pier : Grâce à Bixente, j’ai compris les notions d’équilibre. Et c’est ce que prône le yoga. Avoir la chance d’être maman, d’avoir un amoureux et de faire du yoga me permet d’avoir une vie équilibrée. Lorsqu’une strate de ma vie n’est pas parfaite, tout ne s’écroule pas. J’essaye de l’enseigner à mon fils. Il faut avoir une vision large de la vie et prendre de la hauteur pour comprendre qu’un petit malheur ne résume pas notre vie entière.

Gala.fr : Avec ce recul, quel bilan faites-vous de votre carrière ?

Natasha St-Pier : Si je n’avais pas vécu ma carrière à 100%, comme j’ai pu le faire, je n’aurais pas connu ce même succès ni même intégré mon ego. Toutes les chanteuses ont besoin d’être reconnues et applaudies pour se sentir bien dans sa peau. Aujourd’hui, mon ego est en paix. Ça me permet de refuser certaines propositions et d’accepter de ne pas être partout musicalement. Je divise ma vie autrement. Il n’y a rien à regretter. Ça m’a permis d’être celle que je suis et d’être bien avec cette personne.

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Gala.fr : Votre mantra est « aimer ». Vous êtes une femme engagée dans de nombreuses causes. Est-ce que tous ses engagements sont en partie la cause de votre départ des Enfoirés ?

Natasha St-Pier : Il n’y avait pas d’engagement prioritaire. Les Restos du Cœur ont toujours pris les artistes les plus en vue qui réuniraient un maximum de personnes. À un moment de ma carrière, quand j’ai choisi de prioriser mon fils et de ne plus faire des grandes salles de spectacle, je drainais probablement moins de gens. C’était moins intéressant pour l’organisation des Enfoirés. C’est toujours un plaisir de faire les Restos du Cœur. Si ma participation peut faire une différence, j’y retournerai. Pour le moment, les artistes font très bien le travail. Je préfère mettre mon énergie où les gens en ont besoin. C’est important de rendre un peu tout ce qu’on reçoit.

« Jouer sur scène avec mon compagnon apporte une autre dimension »

Gala.fr : Vous êtes une femme généreuse pour qui la spiritualité a une place importante. Vous présentez votre nouveau spectacle Croire dans des églises aux quatre coins de la France. Pourquoi avez-vous accepté ce projet ?

Natasha St-Pier : On m’a proposé un jour de chanter les poèmes de Thérèse de Lisieux à travers des textes composés par le chanteur Grégoire. Ça m’a énormément plu. Au départ, je ne savais pas qui elle était. C’est au moment du deuxième album que je me suis vraiment documentée sur cette femme et que j’ai développé une affection et une admiration pour elle. Puis, d’album en album, j’ai décidé de parler des femmes que j’admire. Aujourd’hui, on demande souvent aux femmes d’avoir des qualités très masculines. Or, je trouve ça génial quand les qualités féminines, comme la patience, la douceur et la résilience, ont autant de place que le leadership. Elles deviennent alors complémentaires. J’avais donc envie de chanter des femmes qui mettent ces choses en valeur.

Gala.fr: Dans ce spectacle, vous partagez la scène avec votre compagnon, Vincent Bidal.

Natasha St-Pier : J’ai cette chance d’être accompagnée par lui au piano. C’est un pianiste très connu dans le monde du jazz mais également dans la pop. Pouvoir jouer avec lui sur scène apporte une autre dimension aux chansons.

Gala.fr : Votre rencontre a-t-elle été un coup de foudre ?

Natasha St-Pier : Non, je ne pense pas que l’on puisse appeler ça un coup de foudre. Plus on vieillit et plus on est raisonné. On ne se lance pas les yeux fermés dans une relation. On sait ce qu’on ne veut plus surtout. Bien sûr, notre passion commune pour la musique nous a connectés. Mais au-delà de tout ça, nos envies nous ont aussi rapprochés. C’est un petit cocon dans lequel mon fils est bien et dans lequel je suis bien. C’est très important pour moi que mon fils soit heureux et épanoui. Je me sens en sécurité.

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Gala.fr : Dans une précédente interview, vous avez déclaré avoir la sensation de vivre votre vie de femme.

Natasha St-Pier : Je pense que je ne suis plus une jeune femme. Je me sens ni jeune, ni vieille. Je me sens à ma place. Cette phrase est certainement une phrase de vieux (elle rit). Cependant, je ne vois pas d’autre chose pour exprimer ce que je ressens.

Gala.fr : Quels sont vos projets ?

Natasha St-Pier : Il y a beaucoup d’écritures et beaucoup de compositions. Je découvre énormément de plaisir à le faire. Je me lance aussi un peu dans la comédie. Sur scène, on est parfois des comédiens en interprétant les chansons. J’ai envie de travailler l’expression. Puis, je veux prendre mon temps pour regarder mon enfant grandir et voir mon conjoint s’épanouir musicalement. J’essaye toujours de trouver de nouvelles méthodes pour rester en contact avec les gens que j’aime. Pour l’instant, je touche du bois, ça fonctionne !

Crédits photos : Gorassini-Moreau/Bestimage

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