Isabelle Adjani : "J’ai eu cinq Césars, et Cléopâtre, un seul"

Elle incarne l’énigmatique Diane de Poitiers, maîtresse du roi Henri II, dans la minisérie que tourne Josée Dayan pour France 2. Renouant avec ses grands rôles historiques, l’actrice revient ici en majesté.

Retour à la case royale pour Isabelle Adjani, familière des souveraines qu’elle a beaucoup fréquentées au gré de ses aventures artistiques, de Mary Stuart (au théâtre) à la fameuse Reine Margot (1994), le beau film de Patrice Chéreau. Nous ne sommes pas si loin de cet univers Renaissance dans Diane de Poitiers, une fiction télé de prestige signée Josée Dayan pour France 2, dont le tournage vient de s’achever, égrené de château en château, de Chantilly à Chambord.

Diane de Poitiers, c’est évidemment Isabelle Adjani, «femme de caractère», héroïne fantasmée (Lana Turner l’a jouée à Hollywood dans les années 1950), personnage énigmatique de son vivant et plus encore après sa mort, puisque les historiens se perdent en conjectures la concernant.

Diane de Poitiers, maîtresse du roi Henri II, voit sa position privilégiée compromise lorsque celui-ci épouse la redoutable Catherine de Médicis. Comment cette courtisane, qui se comparaît à la déesse Artémis, a-t-elle frayé son chemin au milieu des intrigues de cour, des inimitiés souvent mortelles à cette époque et des menaces de l’Inquisition ? C’est tout le propos de ce film en deux parties, également interprété par Hugo Becker, Samuel Labarthe, Virginie Ledoyen, Jeanne Balibar, et avec une guest-star d’exception nommée Gérard Depardieu, dans le rôle du mage Nostradamus.

Madame Figaro. – Qui était Diane de Poitiers, personnage assez mystérieux, et quelle couleur avez-vous souhaité lui donner avec votre réalisatrice, Josée Dayan ?
Isabelle Adjani.
– Notre Diane de Poitiers est la fois la presque reine et la plus que reine, une favorite d’exception au destin exceptionnel. Devenue maîtresse d’Henri II, dont elle était l’aînée de vingt ans, elle était foncièrement libre et déterminée, habile, politique, assumant d’user de sa puissance féminine pour conquérir la faveur exclusive de ce jeune prince… devenu roi. Avec Josée Dayan, nous avons souhaité faire aussi exister, dans l’énigme qui l’entoure, une grande amoureuse, fidèle et passionnée, une femme sensible et sensée, parfois fragile.

Comment expliquez-vous votre prédilection romantique pour les figures royales : la reine Margot, Mary Stuart ? Les personnages historiques sont-ils plus inspirants ?
C’est une question d’amplitude émotionnelle qu’offrent la distance temporelle et les incertitudes de l’Histoire. On est paradoxalement plus libre dans ce qui est souvent perçu, au premier abord, comme soumis à la véracité des faits… Mais un film historique est avant tout un bal masqué où les cancans de l’Histoire sont aussi importants que ses carcans. Pour devenir historique, un personnage doit entrer dans une légende qui exagère ou dissimule une réalité, dont aucun témoin n’est fiable à 100 %. C’est un terrain de jeu fabuleux pour un scénariste (ici, Didier Decoin, NDLR), une actrice, un metteur en scène. Avec les figures royales, la légende devient un mythe, et les possibilités de jouer avec elles sont infinies. Au fond, c’est très enfantin : si on vous fait porter le chapeau, autant que ce soit une couronne !

Blouson, débardeur et pantalon, l’ensemble Louis Vuitton.


Chemise en popeline et jean, Dior. Lunettes Nathalie Blanc.

Sweater Uniqlo + J. Bagues LV Volt, Louis Vuitton.

L’habit fait-il le moine : comment entrez-vous dans un personnage ?
Pour Diane de Poitiers, c’est avec les fabuleux costumes de la grande créatrice Dominique Borg que je suis entrée dans un personnage qui intrigue depuis longtemps. Diane s’est habillée de noir et blanc uniquement après la mort de son mari. La création habitée des robes de cour, qui apporte une subtile modernité à l’élégance, jusqu à sa tenue équestre, m’a guidée dans la dimension esthétique et spirituelle que propose une époque comme la Renaissance.

Vous-même, êtes-vous férue d’histoire de France ?
Toutes ces figures féminines de l’Histoire me fascinent parce qu’elles ont traversé les siècles, alors que l’Histoire a été majoritairement écrite et transmise par des hommes. C’est dire combien elles ont marqué leurs contemporains et les générations suivantes !

Diane de Poitiers est-elle moderne ? Qui serait-elle aujourd’hui ?
Sans l’ombre d’un doute, elle pourrait être même l’une de nos contemporaines, une muse, une égérie, reine des réseaux sociaux, doublée d’une redoutable femme d’affaires engagée dans divers combats… Je la vois aussi bien assister aux défilés de haute couture à Paris, à la une de tous les magazines, pas seulement féminins, à la tête du conseil d’administration d’une entreprise du Cac 40 que dans la rue pour dénoncer les violences faites aux femmes, pour combattre les discriminations raciales ou pour lutter contre le réchauffement climatique. Tout ça de manière un peu punk et paradoxale : elle pourrait oublier d’enlever son blouson façon croco pour aller manifester contre les violences animales. Elle serait divinement politiquement incorrecte…

Un lien entre la reine Margot et Diane de Poitiers ?
Éprises de liberté, passionnées, charnelles, envoûtantes toutes les deux… Mais être fille de roi, sœur de roi et reine soi-même est beaucoup plus lourd à supporter que la place de favorite, d’autant que la mère de Margot était Catherine de Médicis. Diane a eu une vie beaucoup plus équilibrée et beaucoup plus heureuse que Margot. Margot s’est battue en vain pour devenir une femme libre, alors que Diane a pu et a su conquérir une liberté rare pour une femme de cette époque.

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Le film de Patrice Chéreau vous a-t-il hantée durant le tournage ?
Non, pas du tout. Les personnages sont différents, et l’histoire de Diane n’est pas que tragique. Si Diane a un peu de sang sur les mains, la tache disparaît assez vite, alors que Margot en est couverte de la tête aux pieds. Le film de Chéreau est habité par la violence familiale, par la violence des guerres de religion, les horreurs commises au nom de la foi… Le film de Josée Dayan est avant tout habité par l’aura féminine, la grâce de la Renaissance, son mystère, entre art et amour.

Isabelle Adjani, êtes-vous plus royaliste qu’une reine ?
Bien évidemment, je me sens même plus impériale qu’une impératrice ! J’ai eu cinq Césars, et Cléopâtre, un seul… (Rires.)

«Diane de Poitiers», de Josée Dayan. Diffusion en 2022 sur France 2.

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