Joe Biden ou le destin tragique d'une famille américaine

À l’ombre d’un parcours politique mené tambour battant depuis quarante ans, Joe Biden a vécu ce que personne ne souhaite à personne : la perte tragique de sa première épouse et de deux de ses enfants. Portrait d’une famille qui n’a pas été épargnée.

«Qu’est-ce qui va nous tomber dessus, Joey ? Tout va trop bien…» Neilia Biden, 30 ans, a dû dire cela dans un sourire, de cette façon qu’ont les gens chanceux de dire que la vie a été un peu trop généreuse avec eux jusqu’ici. Six ans auparavant, elle a épousé Joe Biden, prometteur homme de droit avec qui elle a eu trois enfants, Beau, Hunter et Naomi. Ensemble, ils sont parvenus à renverser le sénateur républicain du Delaware pour que Joe brigue le poste sous l’étiquette démocrate. Ensemble, ils sont (sans doute) très heureux. «Tout va trop bien», donc, dit-elle à son mari ce soir de décembre 1972, quelques heures avant l’accident dont elle ne reviendra pas.

Dramatique accident

Joe Biden avec sa première femme Neilia et leurs deux fils Beau et Hunter, le 21 novembre 1972, un mois avec le tragique accident.

Le 18 décembre, elle conduit ses trois enfants pour le traditionnel shopping de Noël quand leur voiture est percutée par un semi-remorque à une intersection. Neilia et sa fille de 13 mois sont tuées sur le coup ; Beau, 4 ans, et Hunter, 2 ans et demi, gravement blessés. «Mon tout premier souvenir est dans ce lit d’hôpital, allongé à côté de mon frère, se souviendra bien plus tard Hunter. J’avais presque 3 ans. Je me souviens de mon frère qui avait 1 an et 1 jour de plus que moi, tenant ma main, me regardant dans les yeux et me disant “je t’aime, je t’aime, je t’aime” encore et encore.» Brisé, Joe Biden ne quitte plus l’hôpital où ont été accueillis ses fils, passant nuit et jour à leur chevet, au point de faire sa prestation de serment de sénateur sur place, offrant une photo mémorable à la presse américaine (ci-dessous). «Beaucoup de gens ont traversé de telles épreuves», déclare-t-il dans son discours à la remise des diplômes de Yale en 2015, «j’ai trouvé la rédemption en me concentrant sur mes garçons».

Joe Biden prête serment comme sénateur dans la chambre d’hôpital de son fils Beau, à Wilmington, quelques jours après l’accident de voiture dans lequel ont péri sa femme et sa fille, en 1972.

À la suite de l’accident, sa sœur Valerie emménage chez lui à Wilmington, en Caroline du Nord. Elle l’aide avec les enfants, «le convainc de sortir de son lit chaque matin», confie-t-elle au New Yorker en 2014. Tous les jours, le jeune sénateur fait l’aller-retour à Washington, s’attardant cependant rarement dans ces soirées mondaines où trinque la crème de la politique. «Je voulais être cet homme qui embrasse ses enfants le soir et les embrasse de nouveau le matin», continue-t-il devant les étudiants de Yale.

Emporté par la maladie

Joe Biden et son fils Beau Biden pendant la campagne aux primaires démocrates de 1987, dans l’Iowa.

En 1977, cinq ans après la mort de Neilia, Joe Biden épouse une jeune professeure d’anglais de 26 ans, Jill Jacobs. Cette dernière a accepté au bout de la cinquième demande en mariage. «Les garçons venaient de perdre leur mère, et je ne voulais pas qu’ils en perdent une deuxième, raconte-t-elle à Vogue en 2016. Je devais donc être sûre de moi à 100%.» Ils accueillent une petite fille, Ashley, en 1981. «Elle m’a redonné vie», résume Joe Biden dans ses mémoires, Promises To Keep, publiés en 2007. Les années qui suivent le voient prendre à bras le corps son statut de sénateur de premier plan, au point de se présenter dès 1986 aux primaires démocrates – il se retire finalement après des accusations de plagiat dans le cadre d’un de ses discours.

Biberonnés à la politique, Beau et Hunter Biden marchent naturellement dans les pas de leur père. Le premier devient procureur général du Delaware, le second se tourne vers le lobbying. Très vite, l’Amérique fait d’eux le bon fils et le mauvais. Beau, l’irréprochable fiston, celui dans lequel Joe met tous ses espoirs. Hunter, l’instable rejeton, accro aux drogues et à l’alcool, aux désintox et aux rechutes. Joe Biden, omniprésent auprès de ses fils, ne relève pas. En 2013, Beau révèle qu’il se bat contre un cancer du cerveau. Promis à un destin national, le père de deux enfants décède moins de deux ans plus tard, le 30 mai 2015, laissant son père et son père dévastés par le chagrin. Aujourd’hui encore, Joe Biden prononce rarement un discours sans faire allusion à son fils aîné.

En vidéo, l’arrivée de Jill Biden et de Melania Trump au premier débat présidentiel

Cadet scandaleux

De gauche à droite : Ashley, Hunter et Beau Biden en 2012.

Cette famille est maudite, soufflent certains, faisant un raccourci facile avec les Kennedy. Comme eux, un peu scandaleuse aussi. Deux ans après la mort de Beau, Hunter Biden, séparé de sa femme à la suite de l’enterrement, annonce avec fracas qu’il a retrouvé l’amour, en la personne de la veuve de son frère. La suite est feuilletonesque. Au New York Post, il déclare : «Hallie et moi sommes incroyablement chanceux d’avoir trouvé l’amour et ce soutien mutuel durant cette période difficile, et cela a été une évidence pour ceux qui nous aiment le plus». Leur relation est validée par Jill Biden et les parents de Hallie et le couple s’installe avec leurs cinq enfants – les trois filles issues du premier mariage de Hunter, et les deux enfants de Beau, prénommés Natalie et… Hunter. Tout ça pour ça… ils se séparent un an plus tard.

Pour autant, le fils cadet n’en finit pas de freiner les chances de son père à l’élection présidentielle de 2020. Il y a les erreurs politiques, et les déboires personnels. Parmi ces derniers, ce jour de 2016 où on le retrouve dans un camp de SDF de Los Angeles un pistolet sur la tempe, alors qu’il achète du crack. Ou celui où une jeune strip-teaseuse affirme qu’il est le père de son enfant né en août 2018, preuves ADN à l’appui. Depuis les primaires démocrates, Hunter Biden aurait décidé de rester à l’écart de la campagne de son père – à moins qu’il en ait été prié. Si le candidat démocrate est élu 46e président des États-Unis le 3 novembre, gageons que de nouvelles affaires verront le jour, stratégiquement déterrées par l’opposition – si elle ne le fait pas d’ici l’élection. Mais, encore une fois, Joe Biden a vu pire. Aujourd’hui encore, il ne travaille toujours pas le 18 décembre, en l’honneur de sa première femme et de sa fille.

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