Julie Delpy : "Mes héroïnes ont entre 40 et 50 ans et elles sont surtout très vivantes"

Révélée jeune fille par le cinéma d’auteur (Leos Carax, Agnieszka Holland), Julie Delpy a vite décidé qu’on ne l’enfermerait pas dans la case “jeune première éthérée”. Boulimique de travail, elle est passée à la réalisation dans les années 2000 avec le diptyque 2 Days in Paris / 2 Days in New York, puis l’autobiographique et joyeusement bordélique Le skylab.

En juin dernier, elle était de passage à Paris pour une rétrospective dont elle faisait l’objet à la Cinémathèque, et la sortie de son nouveau film, My Zoé.

En cette rentrée, la voilà qui présente sa première incursion dans le monde des séries avec On the verge (*), une réjouissante création sur quatre copines à Los Angeles et leurs problèmes de presque quinquas, qu’elle a écrite et réalisée, et qui lui ressemble absolument : sincère, foutraque, drôle, sacrément bien écrite.

Discussion à bâtons rompus avec une enthousiasmante touche-à-tout, hyperactive et fière de l’être.

Héroïnes et enfants éveillés 

Marie Claire : Comment est née l’idée d’”On the verge” ?

Julie Delpy : Je voulais décrire des femmes de ma tranche d’âge, très amies malgré des profils très différents : une qui travaille dur pour s’en sortir, une autre mariée à un type qui a de l’argent, etc. Je voulais aussi montrer des femmes qui ont entre 40 et 50 ans, et qui sont pleines de vie.

Je voulais aussi montrer des femmes qui ont entre 40 et 50 ans, et qui sont pleines de vie

Dans la plupart des séries et des films, on passe notre temps à voir des femmes pour qui tout est fini à partir de 45 ans : je trouve ça très limitant pour les femmes de mon âge, et déprimant aussi comme horizon pour les jeunes femmes. Mes héroïnes ont toutes leurs problèmes, sentimentaux, professionnels ou autres, mais elles sont surtout très vivantes.

Le rapport aux enfants est très beau, on voit rarement cela dans les séries : la place que prennent les enfants pour certaines femmes, le surinvestissement qu’ils peuvent occasionner, etc.

Souvent les enfants dans les séries sont des faire-valoir. Là, ils ont leur propre identité, leurs peurs, leurs jugements sur leurs parents. Et, en effet, ils prennent beaucoup de place dans la vie de leurs mères.

Comment avez-vous abordé l’écriture de séries, qui est un format totalement nouveau pour vous ?

C’est énormément de travail ! Je voulais la série drôle, burlesque. Et la comédie, c’est très écrit. Il y a dans On the verge une scène de dîner qui part “en couille” comme on dit, et qui s’éternise, c’est quelque chose que j’adore : il y a beaucoup de scènes de repas de famille qui dégénèrent dans mes films.

J’ai tellement vu ma famille s’écharper à table, et les choses partir dans des extrêmes de folie, que cela m’inspire toujours !

Une créativité débordante

Cette année, vous avez sorti un film et une série, on vous imagine dans une sorte d’effervescence créative permanente, est-ce vraiment le cas ?

Oui, c’est vrai, je fourmille de projets. Quand je ne tourne pas, j’écris, j’écris. J’écris de la musique aussi. Je crois que je suis un peu hyperactive, en fait.

Je ne pourrais jamais habiter à Rome, par exemple : trop de beauté, votre cerveau n’est jamais tranquille

C’est pour cela que Los Angeles me convient. C’est une ville belle et moche à la fois, avec ses espaces de neutralité qui laissent mon cerveau en repos. Je ne pourrais jamais habiter à Rome, par exemple : trop de beauté, votre cerveau n’est jamais tranquille.

Vous vivez à Los Angeles depuis près de trente ans. Vous rêvez en anglais ?

Je me rends compte que je suis profondément française de culture, mais que je me suis pas mal américanisée, dans mon rapport au travail par exemple. Par contre, j’ai gardé un côté rabelaisien, bon vivant, et je ne suis pas dans le jugement, contrairement à beaucoup d’Américains. J’ai toujours une liberté d’esprit très française.

(*) On the Verge, avec aussi Elisabeth Shue, Sarah Jones, Alexia Landeau, Mathieu Demy, Giovanni Ribisi, sur Canal+ à partir du 6 septembre.

Ce papier a été initialement publié dans le numéro 829 de Marie Claire, daté octobre 2021.

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