La dernière interview dans Match d'Annie Cordy

Annie Cordy est décédée vendredi à l’âge de 92 ans. Paris Match l’avait rencontrée en 2015.

Paris Match. Vous dites ne pas aimer revenir sur votre passé. Etait-il si horrible ?

Annie Cordy. Au contraire, j’ai eu une enfance très heureuse. Mais j’avance. Je suis une femme de demain. Ce qui est passé est passé. Mon père était menuisier, je restais des journées entières dans son atelier entouré de magnifiques hortensias bleus. L’odeur des copeaux de bois, c’est un peu ma madeleine à moi, l’odeur de mon papa. Je l’adorais. Ma mère était un vrai numéro ! Pendant la guerre, elle écoutait Radio Londres la fenêtre ouverte, c’est vous dire ! Elle ­tenait l’épicerie, comptait très bien mais ne savait ni lire ni écrire. Elle me disait toujours que le seul mot qu’elle reconnaissait était Paris, parce que le “s” à la fin ressemblait à un serpent. Eh bien, c’est elle qui m’a fait prendre des cours de danse et d’anglais. Je lui dois tout.

Vous avez 21 ans quand vous faites vos débuts au Lido, en 1950. Soixante-cinq années de carrière, c’est énorme !

Pardon, soixante-dix ans ! Avant de venir à Paris, j’étais meneuse de revue au Bœuf sur le toit de Bruxelles. Je me revois gare du Nord, avec ma petite ­valise et la peur au ventre… En plus, c’était un 1er Mai, il n’y avait ni porteur ni taxi. Comme je n’avais aucune ambition, il s’en est fallu de peu que je fasse demi-tour !

Une aussi longue carrière sans la moindre ambition, j’ai du mal à le croire !

A 9 ans, dès qu’on me mettait sur une table, je chantais. A 14 ans, je faisais des radio-crochets. Je suis née pour ce métier, mais ça ne m’a jamais intéressée de devenir “quelqu’un”.

Alors, qu’est-ce qui vous a fait avancer ? La peur du vide, l’angoisse ?

La passion. Après tant d’années, le métier me donne toujours le même plaisir. Et les soirs de première, la même peur. Je cours après le temps, je ne sais pas rester sans rien faire. J’ai beau avoir un côté japonais, être très organisée… je vais très peu au cinéma, je regarde très peu les infos. Je suis tellement occupée que, quand je serai morte, je ne m’en rendrai même pas compte.

Vous avez vécu quatre décennies avec le même homme. Vous n’avez pas eu envie de refaire votre vie après sa disparition ?

Bruno était tout pour moi. Mon mari, mon amant, mon imprésario, mon père… Ce fut quarante ans de passion et de tendresse. J’ai bien eu une autre histoire, qui a duré deux ans, mais rien de très important. Je suis fidèle en amour comme en amitié. Je n’ai jamais été une femme à hommes. Le travail est toujours passé avant tout.

Bruno était votre premier amour ?

Non, mon premier amour était un dompteur de lions. Je suis une femme de cirque !

Vous êtes toujours joyeuse, comme si rien, au fond, ne vous touchait vraiment. C’est parfois irritant…

Quand j’ai perdu mon mari, je peux vous assurer que je suis partie en miettes. Le soir, pourtant, j’étais sur scène ! Je suis comme ça, j’assure. Je suis forte de caractère et, en plus, douée pour le bonheur.

D’où tirez-vous cette force ?

De la danse. J’ai appris à la schlague à me tenir droite, au sens propre comme au figuré ! Mes chagrins, je les garde pour moi. En fait, je suis une taiseuse, je me livre peu.

« Mes chagrins, je les garde pour moi. Dans la vie, je me livre peu »

Vous n’avez pas d’enfants. Une impossibilité ou un choix ?

Une impossibilité. Ça nous a manqué, à mon mari et à moi. On a compensé par le travail. Aujourd’hui, je regrette ­davantage de ne pas avoir fait d’études.

Vous êtes croyante ?

Même pas. Quand j’étais petite, j’étais chez les bonnes sœurs. J’ai tellement prié que j’ai prié pour le restant de ma vie !

Le roi Albert II vous a anoblie en 2004. Qu’avez-vous de royaliste ?

Du respect, s’il vous plaît ! [Elle rit.] je suis la baronne Léonie Cooreman ! Dans la salle à manger, chez nous, il y avait un immense tableau avec la reine Astrid et le roi Léopold. Au fond de mon cœur, je suis restée royaliste. J’adorais la reine Fabiola, une Gémeaux comme moi, née la même année… Mais si je suis belge, je tiens à préciser que je paie mes impôts en France !

Royaliste peut-être, mais jamais chanteuse engagée…

Je chante pour tout le monde.

A quoi tient votre incroyable popularité ?

A ma sincérité. Je suis dans la vie comme je suis sur scène et sur scène comme je suis dans la vie, les gens le sentent. J’ai même été à deux doigts de faire une carrière en Amérique. En 1957, on m’a proposé un rôle dans la comédie musicale “Girls on High Heels”, à ­Broadway, mais Bruno n’a pas voulu. Il m’a dit : “On bouffe trop mal ici, on s’en va !” Je l’aimais, je l’ai suivi… C’est ainsi que ma carrière américaine s’est arrêtée en plein vol.

Vous avez 86 ans… Comment voyez-vous l’avenir ?

Très bien. [Elle touche du bois.] Je ne suis pas superstitieuse mais on ne sait ­jamais. J’ai banni depuis longtemps le mot “retraite” de mon vocabulaire. Sur scène, j’oublie tout. J’ai perdu beaucoup d’amis que j’adorais, mes parents me manquent terriblement, mais je me dis malgré tout que la vie est belle. J’aimerais surprendre encore, et d’abord me surprendre.

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