Les incartades de Juan Carlos : une chance pour la reine Sofia finalement

Abandonnée à son sort après la fuite de son époux Juan Carlos dans les émirats arabes unis, la reine Sofia a définitivement gagné la sympathie de l’Espagne. Sa dignité émeut le royaume. Une ferveur loin d’être gagnée à ses débuts dans la péninsule ibérique…

C’était une apparition savamment pensée, multipliant les symboles. Ce 31 août, le site du magazine Hola! a rapporté une récente sortie de la reine Sofia dans la baie de Palma de Majorque. En sa qualité de présidente de la Fundacion Reina Sofia, laquelle oeuvre notamment pour la défense de l’environnement, la mère de Felipe VI participait à la remise à l’eau d’une tortue marine, sauvée de la déshydratation et soignée pour des chairs à vif, depuis le 20 juillet. Alors que l’animal prenait le large, c’est le spectre de son époux Juan Carlos, exilé à Abou Dabi depuis début août, qui s’est invité. Avec la faune animale, le roi déchu avait, lui, la gâchette facile; son goût pour les safaris n’est plus un secret. Mais en rendant sa liberté à cette tortue, son épouse célébrait aussi peut-être la sienne retrouvée.

La reine émérite de 81 ans n’a pas accompagné son mari de 82 ans, accusé d’avoir dissimulé en Suisse un “don” de 100 millions d’euros en provenance de l’Arabie Saoudite, dans sa fuite. A dire vrai, il ne lui a pas laissé le choix, habitué à faire chambre séparée depuis des années et préférant la compagnie d’une vieille maîtresse, Marta Gayà, 71 ans, dans le désert. Autant de révélations qui, ces dernières semaines, alors même qu’un sentiment anti-monarchique ronge de plus en plus la péninsule ibérique, ont valu la sympathie du peuple espagnol à la malheureuse Sofia. Enfin, pourrait-on dire.

D’origine grecque, épousée sans passion, Sofia est d’abord “l’étrangère” aux yeux des Espagnols

Car si Felipe VI a assuré à sa mère qu’elle pourrait continuer à habiter le palais de la Zarzuela et à officier en tant que membre de la famille royale d’Espagne, sans que ce modus vivendi soit remis en cause, le profil de la reine n’a pas toujours suscité l’empathie. Depuis plus d’un demi-siècle, Sofia vit à l’heure espagnole. Mais fille du roi Paul 1er de Grèce et native d’Athènes, elle a d’abord fait figure de pièce rapportée au pays de Cervantes, comme le rappelait El Pais en 2018. “L’étrangère” a longtemps été son surnom, petite musique xénophobe entretenue par son accent grec jamais complètement gommé ou encore le fait qu’elle aime s’adresser en anglais aux membres de sa famille. Un reste de son enfance passée à Londres, pendant la Seconde guerre mondiale, alors que les Allemands avaient envahi son pays natal.

Ses noces avec Juan Carlos, célébrées en 1962 à Athènes, ont également toujours plus évoqué un mariage de raison qu’un mariage de passion. L’Espagnol n’a pas encore été proclamé roi, mais il s’impose comme le successeur du Général Franco. Sofia et lui se sont rencontrés, huit ans plus tôt, lors d’une croisière organisée par Frederika de Grèce, se piquant de marier les plus beaux partis du gotha. Las! A l’époque, le séduisant Juan Carlos lorgne davantage sur Marie-Gabrielle de Savoie, tandis que la discrète Sofia est plus intéressée par Harald de Norvège. Lorsqu’ils se retrouvent aux Jeux Olympiques de Rome, en 1960, le fils du comte de Barcelone et la fille de Paul 1er de Grèce sont mieux disposés, ou plutôt pressés par les mariages qui se succèdent autour d’eux. Mais c’est précisément ce sens du devoir, le caractère particulièrement raisonné de Sofia qui va finir par la réconcilier avec les Espagnols.

“L’étrangère” aide grandement son époux à restaurer la monarchie espagnole, après la mort de Franco en 1975. Alors que Juan Carlos s’engage pour le retour de la démocratie dans son pays, Sofia boude le palais d’Orient pour la Zarzuela, édifice plus modeste. Elle ne veut pas non plus de cour, ni de dames d’honneur qui la talonnent. Juan Carlos fait figure de monarque moderne, jouit d’une popularité réelle qui débride son tempérament de séducteur. Dans les années 80, alors que son couple reçoit les époux de Galles dans les Baléares, le roi ne se prive pas de faire du rentre-dedans à Lady Diana. On ne pourra plus l’arrêter...

Elle n’ignore pas les maîtresses de Juan Carlos, mais tait ses sentiments pour faciliter la montée sur le trône de son fils Felipe

En 2012, sa relation avec Corinna Larsen, épouse zu sayn-Wittgenstein, éclate au grand jour. Les deux amants ont été photographiés lors d’un safari au Bostwana. On la qualifie pudiquement de “grande amie”. Sofia n’est pas dupe, mais ne bronche pas. Selon El Pais, elle “n’ignorait pas l’existence de Corinna”. L’humiliation fut d’autant plus éprouvante qu’elle fut publique, mais “au milieu de la tourmente, la reine, comme à son habitude, décida de rester professionnelle et d’aller de l’avant pour le bien de son fils Felipe.” Car à l’époque, la succession de Juan Carlos fait déjà débat. En 2014, celui-ci se résout à abdiquer au profit de son fils.


Nouvelle reine d’Espagne, Letizia ne ménage pas sa belle-mère, l’Espagne s’émeut

Sofia doit se résoudre à vieillir dans l’ombre de la nouvelle reine, sa belle-fille Letizia, avec laquelle les relations sont compliquées. L’ex-journaliste aborde sa fonction, avec un souci de l’efficacité, qui la rend intransigeante, parfois impatiente, souvent brutale. En témoigne un geste d’agacement, lors de la messe de Pâques, en la cathédrale de Palma de Majorque, en 2018 : alors que la reine émérite tente de poser avec ses petites-filles Leonor et Sofia devant les photographes, Letizia la repousse comme une manante. L’insolente fera valoir qu’elle souhaitait protéger ses filles d’une trop grande exposition médiatique. Le mal est fait. L’Espagne est choquée.

Peu complice avec sa belle-fille, Sofia n’a pas davantage pu compter sur le soutien publique de ses filles Elena, éprouvée par son divorce devenu inévitable avec Jaime de Marichalar, et Cristina, dont l’époux Inaki Urdangarin a été condamné à cinq ans de prison pour détournement de fonds publics, fraude fiscale et trafic d’influence en 2018. Cristina et ses enfants s’arrêtent discrètement à la Zarzuela quand ils partent rendre visite au détenu de la prison d’Avila. Avant son incarcération, alors que la famille Urdangarin avait trouvé refuge à Washington, des retrouvailles avec Sofia sur place avaient fait scandale. La parade de la reine à l’époque: altesse royale, elle n’en reste pas moins mère. Comme elle restera épouse de Juan Carlos, certes infidèle, mais affaibli après un triple pontage du coeur en août 2019. De quoi attendrir une fois encore les coeurs les plus secs.

Symbole de la résilience aux yeux des Espagnols, l’épouse de Juan Carlos n’a jamais cédé au bras d’un autre homme, quand bien même on l’a dite proche d’Aflonso Diez, veuve de la duchesse d’Alba. Entre âmes éplorées, on se comprend, sans avoir à fusionner charnellement, sans doute. Cet été, Sofia serrait le bras de sa soeur, aux Baléares. Fort. Il n’en faudrait pas davantage pour qu’elle s’écroule…

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