Letizia d'Espagne sous pression : comment elle gère le scandale Juan Carlos

GOTHA – La Casa Real vit des jours troublés. L’affaire Juan Carlos pousse son fils Felipe VI dans les cordes et conduit Letizia, qui fête ce 15 septembre ses 48 ans, à monter au créneau. Il y va du destin de leur fille Leonor, héritière aujourd’hui menacée.

Le chroniqueur mondain Jaime Peñafiel l’assure pourtant. « Letizia se frotte les mains » de ce qui arrive à Juan Carlos, ex-roi déchu contraint aujourd’hui à l’exil. C’est faux. Les rapports de la reine avec son beau-père n’ont certes jamais été idylliques, mais la situation la préoccupe au plus au point. L’enjeu est vertigineux. Quand d’affaire en affaire, l’exemplarité exigée des Bourbon par le peuple espagnol semble être un objectif chaque jour plus fragile et difficile à atteindre, la reine brindille sait que l’équilibre repose aussi sur ses épaules. Oui, elle, la roturière, petite-fille d’un chauffeur de taxi, fille d’Espagnols moyens, tient en grande partie entre ses mains l’avenir de la Couronne.

Cette crise que traverse depuis dix jours le clan des Bourbon frappe en premier lieu son mari Felipe d’Espagne, contraint de lâcher son père pour l’intérêt supérieur du pays et de ses institutions. Pas faute d’aimer profondément ce père dont il a tant appris. Mais il y a va de sa crédibilité de chef de l’Etat. Et de la survie de la monarchie. Letizia, 48 ans, est également extrêmement inquiète face à l’attitude adoptée par l’extrême-gauche entrée au gouvernement, qui ne manque pas une occasion de tirer à boulets rouges contre l’institution et travaille à voir un jour le pays plébisciter par référendum un nouvelle république espagnole qui sonnerait le glas de la monarchie.

Une “reine distante” qui se force à aller à la rencontre des laissés-pour-compte

Il y a bien péril en la demeure. D’où la campagne que Letizia a menée tambour battant pendant le confinement depuis son palais de la Zarzuela, pour soutenir les plus affectés par la Covid-19 au travers de vidéoconférences hors protocole, organisées avec différents hôpitaux. Il y a aussi eu ce tour d’Espagne où elle s’est montrée souriante et avenante comme jamais, au côté de Felipe, depuis la mi-juin, six semaines durant, afin de stimuler le tourisme local et encourager toute une foule d’initiatives. Durant tous ces petits moments de compassion, d’humanité, elle qu’on qualifie de « reine distante », la beauté froide, a su gagner le cœur des laissés-pour-compte, des petites gens, des modestes fatigués d’attendre que leur pays fasse quelque chose pour eux. Letizia semble avoir compris enfin comment se montrer proche des gens. Et surtout pourquoi le faire : au côté du couple royal, tout le monde a noté la présence de plus en plus active de leurs deux filles à commencer par Leonor, l’aînée, bientôt 15 ans, appelée à succéder un jour à son père.

Ses filles Leonor, héritière de la Couronne, et Sofia mises à rude école

Le spécialiste de la Casa Real, Peñafiel, toujours lui, oiseau de mauvais augure, assure que les jours de la Couronne « sont comptés » et que « la jeune héritière n’accèdera jamais au trône ». Letizia, impassible, refuse d’imaginer le ciel lui tomber sur la tête et prépare Leonor. Avec une rigueur, une forme d’austérité, qui détonne avec la désinvolture qu’on prête depuis des générations aux Bourbon. Leonor et sa sœur Sofia sont parfois à rude école. Pour elles, la vie de princesses et d’infantes que leur inculque Letizia, c’est d’abord l’école de la discrétion. Va pour qu’on les photographie durant quelques rares sorties officielles qu’elle contrôle, mais le moins souvent possible. Seulement lorsque mère le veut et comme mère l’entend. Tout le monde en Espagne a encore en tête les images de Letizia il y a deux ans, à la sortie de la cathédrale de Palma, s’interposant sèchement entre ses filles et leur grand-mère, Sofia, qui avait imaginé au débotté offrir aux médias accrédités une photo pour le souvenir.

Le week-end dernier, la famille royale a pris comme tous les ans ses quartiers d’été au palais de Marivent, le Balmoral espagnol, sur l’île de Majorque. Pour Letizia, ce passage obligé – a fortiori en présence de sa belle-mère épargnée par les affaires de son mari n’a jamais représenté des « vacances » : trop d’obligations, de dîners, trop de protocole. En 2010, elle ne s’était pas privée de le dire en off aux journalistes présents au Club Nautique, qui s’étaient empressés de l’écrire. Depuis, beaucoup sur l’île en veulent à l’ingrate, qui entre-temps a appris à tenir un peu plus sa langue.

Selon Letizia, Marivent donne une vision par trop ostentatoire de la vie d’une cour, aussi moderne et cool soit-elle. Surtout en période de crise. Or elle ne veut pas que ses filles s’habituent à cette « vie de château ». Pour y parer, la reine a pris une résolution il y quelques années : contrairement à leurs cousins et cousines – aujourd’hui interdits de séjour à Majorque en raison de différentes affaires –, Leonor et Sofia n’ont jamais pratiqué la voile, tradition pourtant bien ancrée chez les Bourbon. Juan Carlos (qui participa aux Jeux olympiques de Munich) n’avait pas manqué de transmettre à ses enfants sa passion des régates. Il la tenait lui-même de son père Juan, comte de Barcelone, ancien officier de la Navy. Mais avec Letizia, les rares fois où les filles montent sur un bateau, il reste le plus souvent à quai.

Juan Carlos a toujours su qu’elle bousculerait la tradition et les usages de la monarchie

Juan Carlos n’a jamais compris cette aversion de sa belle-fille envers son sport roi. Mais a-t-il seulement jamais apprécié cette jeune femme entrée dans la vie de son fils, malgré ses mises en garde ? De par ses origines, Juan Carlos savait qu’elle bousculerait tôt au tard la tradition et ses usages. L’ordre établi. Un soir de 2003, la petite phrase ironique prononcée par l’ancien roi d’Espagne au cours du dîner où il avait appris le mariage prochain de son fils, résume parfaitement son sentiment d’alors : « Trinquons pour la Couronne car nul ne sait combien de temps elle durera ».

A la cour d’Espagne, les reines, à des exceptions près toutes bien nées contrairement à elle, avaient toujours eu un rôle secondaire dévolu à la représentation. Mais Letizia a changé la donne. Avant de devenir reine, elle avait eu une existence de citoyenne, farouchement indépendante, avait été mariée une première fois, puis divorcée. Alors au côté de Felipe, devenu roi, Letizia a ainsi continué de faire valoir sa personnalité. Comme n’importe quelle femme d’aujourd’hui. Pour donner l’exemple, là encore, à Leonor. C’est son terrain que Letizia prépare. Pour la voir un jour devenir reine à son tour. Plus forte et mieux préparée qu’elle.

Cet article a été initialement publié dans le magazine Gala n° 1418, en kiosque le 13 août.

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