Pourquoi a-t-on tant de mal à parler d’argent ?

Sur ce sujet, le silence est d’or ! Que l’on soit riche ou pauvre, prodigue ou radin, discuter gros sous reste tabou. La faute à Judas et à nos ancêtres paysans, paraît-il.

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Vous souvenez-vous de Serge Gainsbourg enflammant à la télévision un billet de 500 francs pour condamner “le racket des impôts” ? Le scandale avait été énorme ! Le plus drôle, c’est que trente-cinq ans plus tard, un autre Pascal déchiré, mais dédicacé par l’artiste, a été adjugé 5 000 euros aux enchères… Voilà le genre d’anecdote que tout le monde adore commenter. Car si évoquer “son” argent reste tabou, celui des autres nous intéresse diablement ! L’usage qu’en font nos édiles en particulier, qu’ils soient victimes de “phobie administrative” ou prompts à procurer des emplois fictifs à leurs proches… Finalement, quand le sujet émerge, c’est pour pointer des usages déviants.

Les sociologues affirment que nos ancêtres paysans, qui cachaient leurs économies pour éviter de se les faire voler, sont responsables de notre économie de mots sur la question. Certains chercheurs y voient aussi l’influence de la religion catholique — Judas a vendu Jésus contre trente deniers —, d’autres celle du marxisme. Les pays anglo-saxons, de culture protestante, sont plus easy sur le sujet… Pauvres “foules sentimentales” à qui notre société consumériste a fait croire que “le bonheur c’est d’avoir, de l’avoir plein les armoires” (Alain Souchon), alors qu’il est plus probablement dans le pré, et la sobriété heureuse…

Ce diktat n’a pas libéré la parole pour autant. Rappelons que jusqu’en 1965, une femme ne pouvait pas ouvrir de compte en banque seule ! La révolution féministe est heureusement passée par là mais l’argent reste associé au pouvoir, même dans un couple. Plus encore en cas de divorce et de famille recomposée. Il tend aussi presque systématiquement les relations au sein des fratries au moment où les parents quittent la scène. Car l’argent fait son beurre de nos pudeurs.

Signes extérieurs de richesse

On repère illico celui qui jette l’argent par les fenêtres, une attitude presque aussi mal vue que d’avoir des oursins dans la poche ! La consommation ostentatoire est une façon détournée de parler d’argent, sans mot dire : une grosse berline, une Rolex, un jean déchiré mais griffé sont autant de trophées qui signalent aux autres qu’on a les moyens. Archétype : le rappeur bling-bling qui aime le “flouze” et les ors de Dubaï. Le rejeton d’une dynastie capitaliste qui “adooore” passer l’été dans son buron du Cantal (sans électricité) plutôt que dans son loft cosy est, à sa façon, une autre incarnation tout aussi caricaturale !

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