Rebecca Ferguson, la mystérieuse Suédoise qui envoûte dans "Dune"

Dans le film de Denis Villeneuve, l’actrice suédoise impose sa présence hiératique en combattante et mère de Timothée Chalamet. Un rôle qui devrait, enfin, la voir accéder à une reconnaissance méritée.

C’est un visage qui hante tout le film, dans les lignes pures du palais des Atréides comme sur les déserts de la planète Arrakis. Ce visage, c’est celui de Rebecca Ferguson, qui incarne Jessica, personnage féminin principal du Dune (1) de Denis Villeneuve (dont la seconde partie, à venir, sera plus probablement dédiée à celui qu’interprète Zendaya). Une héroïne aux façettes multiples : élevée au sein des Benet Gesserit, un ordre féminin austère et mystique, Jessica est la concubine et unique amour du puissant duc Leto Atréides (Oscar Isaac), avec lequel elle a eu un fils, Paul (Timothée Chalamet). Auprès des Benet Gesserit, elle a appris l’art de la prescience et du combat, celui d’un mystérieux (et très gracieux) langage qui ne s’exprime qu’en de brefs mouvements de doigts, et la maîtrise de la «Voix du Commandement» qui permet, en modifiant son timbre à la façon d’un bruit métallique et impressionnant, de manipuler tout être vivant.

Mais auprès de Leto et de son fils, Jessica a connu l’amour, le danger (il lui était défendu d’enfanter un garçon), et la maternité : partagée entre l’instinct de protéger son fils et le désir de voir en lui le «Kwisatz Haderach», un être supérieur aux pouvoirs démultipliés, elle oscille sans cesse entre force et vulnérabilité. Une dimension qui permet à Rebecca Ferguson et Timothée Chalamet de construire une relation mère-fils subtile, rarement (bien) exploitée dans les films de science-fiction (en comparaison, dans Star Wars, les mères doivent nécessairement mourir pour que leurs fils prennent leur envol ).

Que ses traits soient à demi dissimulés par une sompteuse parure de bijoux , ou soulignés par un look épuré, le visage de Rebecca Ferguson fascine. A la fois indéchiffrable (on ne sourit pas beaucoup dans l’univers de Dune), puissante et libre, elle constitue une femme forte, pilier d’un blockbuster qui, des enjeux écologiques à ceux de la colonisation, entend aussi refléter les questions qui agitent notre époque.

En vidéo, “Dune”, la bande-annonce

Illustre inconnue

Ce visage, on l’a déjà vu. A 37 ans, Rebecca Ferguson a joué dans des films ayant attiré des milliers de spectateurs, dont deux Mission Impossible (Rogue nation en 2015 et Fallout, en 2018) : elle y interprète, aux côtés de Tom Cruise, Isla Faust, espionne insaisissable et tueuse redoutable ; un personnage qu’elle reprendra l’année prochaine dans le septième volet de la saga. Tête haute, regard perçant, l’actrice semble pouvoir faire face à toutes sortes de menaces : armées de gladiateurs (Hercule, 2014), extra-terrestres (Life : Origine inconnue en 2017 et Men In Black : International en 2019) ou mari violent (La fille du train, 2016). Quand elle ne devient pas la menace elle-même, en entité maléfique dans Dr. Sleep, suite de The Shining (2019).

Le visage de Rebecca Ferguson n’est donc pas inconnu. Et pourtant, personne ne la reconnaît jamais dans la rue. Non que cela l’ennuie : comme elle le confiait au Guardian en octobre 2019, elle protège jalousement sa vie privée pour pouvoir tranquillement travailler, et s’occuper de ses deux enfants (entre Londres, où elle réside avec son compagnon et sa fille de 2 ans, et la Suède où vit le fils de 13 ans qu’elle a eu avec son ex-mari). Rebecca Ferguson, pourtant, aurait pu céder aux sirènes de la célébrité dans le pays où elle est née, d’un père suédois et d’une mère britannique. Elle a 13 ans lorsque sa cette dernière décide qu’elle a le potentiel d’un futur mannequin : «Pourtant, je n’en ai ni la taille, ni la silhouette, précisait-t-elle au magazine Crash en janvier dernier. J’ai fini dans un book intitulé “gens normaux”.» Qui lui vaut tout de même d’être castée, à 15 ans, dans le soap télévisé Nya Tider («Temps nouveaux», en français).

Rebecca Ferguson, Zendaya, Javier Bardem et Timothée Chalamet dans Dune, de Denis Villeneuve.

Du soap aux blockbusters

Rebecca Ferguson découvre le trac, la pression des caméras, mais goûte aussi à l’intensité des tournages, à l’exigence et au travail acharné. Elle joue dans Nya Tider pendant deux ans, entre 1999 et 2000, et sort de l’anonymat. Un succès à double tranchant. «Tout le monde m’a associée à mon personnage, se souvient-elle dans Crash. Les gens me reconnaissaient et je crois que l’idée de me donner d’autres rôles était assez difficile à envisager pour certains réalisateurs.»

Rebecca Ferguson n’est, de toute façon, pas sûre de vouloir continuer à jouer : elle enchaîne les petits jobs, puéricultrice et nounou, vendeuse de chaussures ou serveuse dans un restaurant coréen. Il faudra un rôle en 2011 dans le film suédois One-way trip to Antibes (l’histoire d’un veuf déterminé, avec l’aide d’une jeune voleuse, à empêcher ses enfants de siphonner sa fortune), pour remettre sa carrière sur les rails. Et se faire repérer par un agent international : Rebecca Ferguson devient en 2013 The White Queen («la reine blanche»), titre d’une série historique de la BBC qui revient sur le conflit opposant, au XVe siècle, les maisons York et Plantagenêt. C’est là que Tom Cruise lui-même la découvre et que tout s’enchaîne, une suite de blockbusters dans lesquels sa maîtrise de la danse, qu’elle pratique depuis toujours (elle a même été professeure de tango argentin), lui est utile pour les scènes de combat chorégraphiées.

Premier rôle

C’est justement un duel, dans Dune, qui scelle le destin de Jessica. Rebecca Ferguson y apparaît plus fatale et impériale que jamais. Et s’inscrit dans une lignée de personnages, des héroïnes de Game of Thrones à celles de Star Wars, dont l’aura marque la pop culture contemporaine. On attend déjà de retrouver Jessica, enceinte d’un deuxième enfant, dans la deuxième partie du film dont la production reste soumise au succès du premier volet mais qui, vu les critiques dithyrambiques que ce dernier suscite, devrait voir le jour dans quelques années. D’ici là, au cinéma, c’est Rebecca Ferguson, aussi bien que Tom Cruise ou d’autres partenaires, que l’on viendra admirer. Son nom, comme son visage, personne ne les aura oubliés.

(1) Dune, de Denis Villeneuve, en salles le 15 septembre.

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