Son enfance, ses années Beatles, la vie d’après… Paul McCartney se raconte en 154 chansons et 900 pages

À 79 ans, l’ex-Beatles, souvent sollicité pour écrire ses mémoires, publie sa première autobiographie. Le résultat ? Une somme de plus de 900 pages et un voyage dans le temps à travers ses chansons.

«Vous avez intérêt à me faire gagner le Pulitzer si nous allons au bout de cette aventure ! », lance Paul McCartney au professeur Muldoon, un matin d’août 2015. L’ex-Beatles vient de raconter, durant trois heures, l’histoire de Hey Jude et des pans entiers de sa vie qu’il n’avait jamais confiés : «C’est sans doute le travail le plus proche d’une autobiographie que j’aie jamais fait !» Pendant cinq ans, ces rencontres en tête-à-tête vont se poursuivre à une cadence régulière et en secret, dans un bureau de New York, jusqu’en août 2020. Sir McCartney s’y rend comme chez le psy. Paul Muldoon, immense poète irlandais, écoute, pose des questions.

À chaque séance, ils ont une liste à la main avec des textes de chansons, certaines dont « Macca » est l’auteur unique et d’autres cosignés avec les regrettés John Lennon et Linda McCartney : «Réfléchissez Paul. Que vous rappelez-vous de Can’t Buy Me Love ? Où étiez-vous quand sont nés les premiers vers d’Eleanor Rigby ? Qu’éprouviez-vous ?» La mémoire de McCartney voyage dans le temps, recherche les étranges raisons pour lesquelles il a écrit si jeune – à l’âge de 16 ans – la mélodie de When I’m Sixty-Four. Il repense avec nostalgie à Yesterday, l’une des chansons les plus reprises de tous les temps, qui lui est venue il y a près de soixante ans, dans un rêve. À Blackbird, qu’il a écrite pendant qu’il avait en tête «une question de droit civil. J’avais à moitié oublié», se remémore-t-il…

« En général, on fait ça juste avant de mourir »

Ces longues et passionnantes séances de travail ont donc abouti à l’ouvrage Paul McCartney. Paroles et souvenirs de 1956 à aujourd’hui, l’un des plus ambitieux projets du chanteur. À 79 ans, la légende du rock offre un autoportrait en 154 chansons, classées par ordre alphabétique. Au fil de plus de 900 pages, titre après titre, il raconte sa vie et son art à toutes les étapes de sa carrière – de ses premières compositions d’adolescence, à Liverpool, comme I Lost My Little Girl, écrite à 14 ans, à la légendaire décennie des Beatles, sans oublier les Wings, avec Linda McCartney, et jusqu’à ses albums solos.

Paul McCartney. Paroles et souvenirs de 1956 à aujourd’hui.

Tellement d’éditeurs lui avaient demandé d’écrire ses mémoires ! «Il répondait : “Trop long ! Trop de travail ! J’ai envie d’écrire des chansons.” Et puis, en général, on fait ça juste avant de mourir. Or, il a bien l’intention de vivre !», raconte Paul Muldoon, qui a accompagné Paul McCartney dans la création de ce livre. Professeur à l’université de Princeton et lauréat du prix Pulitzer de la poésie en 2003, Muldoon s’est entretenu avec lui au fil de 24 rencontres, a édité ses souvenirs et écrit la préface de ce recueil : «D’une manière étrange, notre processus imitait les sessions qu’il avait avec John Lennon lorsqu’ils créaient pour les Beatles. Nous étions déterminés à ne jamais quitter la pièce sans avoir exhumé quelque chose d’intéressant», explique-t-il.

« Une figure littéraire majeure »

Le résultat est ce livre magnifique en deux volumes : un compte rendu kaléidoscopique plutôt que chronologique, qui recueille pour la première fois les textes définitifs des paroles des chansons de McCartney et dépeint les circonstances dans lesquelles elles ont été écrites. Sir Paul y révèle les personnes qui les ont inspirées : ses parents, Mary et Jim ; son partenaire, John Lennon ; sa «Golden Earth Girl», Linda Eastman, sa femme ; et même la reine Elizabeth, entre autres ! On y découvre les origines de Let It Be ou de Lovely Rita, ainsi que ses influences littéraires, notamment Alan Durband, son professeur d’anglais au lycée, Lewis Carroll et Shakespeare, dont il cite une phrase de Hamlet : «Sois fidèle à toi-même.»

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Au fil des pages, défilent les réminiscences, illustrées de près de 600 photographies, textes manuscrits et peintures, pour la plupart inédits. Si, pour retrouver les souvenirs du passé, Proust s’appuyait sur le goût de madeleines trempées dans des infusions, le reste de l’humanité se fie aux chansons. «Les siennes sont des merveilleux témoignages de notre époque, poursuit Paul Muldoon. Prenez Eleanor Rigby : c’est un chef-d’œuvre d’écriture cinématographique avec tous ces personnages qui défilent en image. McCartney est une figure littéraire majeure. Il puise dans la longue tradition de la poésie anglaise et la prolonge. Pour chaque Yeats qui s’en est bien sorti jusqu’à un âge avancé, il y a une centaine de Wordsworth. La plupart des poètes et des auteurs-compositeurs s’éteignent en même temps qu’ils continuent. Pas lui.»

Un interlocuteur charmant et perspicace

Car Sir Paul ne cesse, par ailleurs, d’explorer sa créativité en studio – récemment, McCartney III Imagined, un remix de son dernier album, a été numéro un aux charts Billboard -, mais il sait que son tour de magie consiste à traverser le temps et à mettre la pièce dans le juke-box. Il a produit, avec Ringo Starr et Yoko Ono, le très attendu documentaire de Peter Jackson,The Beatles: Get Back, qui raconte les secrets de l’album Let It Be et retrace la course contre la montre des Beatles pour enregistrer 14 nouveaux titres en moins de trois semaines, en janvier 1969.

<p>À leurs débuts, les Beatles sont habillés par le créateur. (1963)</p>

Pendant les séances enregistrées avec Paul Muldoon, toutes précieusement conservées dans un coffre, ce dernier raconte avoir eu en face de lui un interlocuteur charmant et perspicace, grignotant des bagels pendant les pauses. «Il était très détendu. Paul est un amuseur désireux de plaire, mais déterminé à faire la part des choses», conclut-il. Sir Paul est ce magicien qui conçoit chaque chanson comme un puzzle, rêve qu’on lui foute la paix quand il marche dans la rue, et écrit, dans Paroles et souvenirs de 1956 à aujourd’hui : « Les fans, les lecteurs, voire les critiques musicaux, qui aimeraient en savoir plus sur ma vie doivent lire les paroles de mes chansons, des textes qui révèlent sans doute bien plus les choses que n’importe quel ouvrage consacré aux Beatles. »

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