Thomas Lilti : “Je suis devenu plus cinéaste que médecin”

Le cinéaste dévoile une saison 2 d’Hippocrate plus vraie que nature.

Le médecin devenu réalisateur redevient docteur le temps d’une pandémie. Si le parcours de Thomas Lilti ressemble à un scénario de fiction, sa double casquette lui aura permis, en moins de dix ans, de réaliser des films à succès (Hippocrate, Médecin de campagne et Première année), une série phare (Hippocrate), mais aussi de renfiler la blouse blanche, quand le service des urgences qui jouxte son plateau de tournage de la saison 2 d’Hippocrate a eu besoin d’aide au début de l’épidémie… Interview.

Madame Figaro. – Quel a été le point de départ de la saison 2 d’Hippocrate ?
Thomas Lilti.
– Je voulais montrer le service des urgences et raconter la vie de ces médecins. Et comme je tenais à garder les héros de la saison 1, on a réfléchi à comment on pourrait les intégrer à cet univers. L’idée de créer une inondation au sein du service nous a permis de lier ces deux mondes, offrant aussi le symbole de l’hôpital qui se noie.

En vidéo, “Hippocrate”, saison 2, la bande-annonce

Comment s’est déroulé le tournage ?
On a commencé en début d’année, mais le confinement a tout stoppé pendant trois mois. Mon équipe ne pouvant agir face au Covid, j’ai décidé de proposer mes services dans l’hôpital où on tournait. J’ai retrouvé ce qui me plaisait comme interne aux urgences : être confronté à tous types de populations et à des maladies très diverses. J’ai aimé la diversité des tâches et me référer à des médecins spécialistes.

Qu’avez-vous ressenti à ce moment-là ?
Beaucoup d’émotion car je tournais une fiction ultraréaliste sur l’hôpital et je rebasculais tout à coup dans le réel. Au service des urgences – le vrai -, j’ai réalisé que la souffrance au travail était omniprésente, car l’hôpital manque de tout. J’ai aussi retrouvé le pouvoir du collectif et cette abnégation du corps médical. Cette identité des soignants me bouleverse. Par ailleurs, cette expérience m’a interpellé sur ma place et cette perpétuelle question de légitimité. Suis-je réellement médecin ? La réponse est : «Oui un peu mais profondément. Je suis devenu plus cinéaste que médecin».

Lequel des personnages se rapprochent le plus de vous ?
Il y a de moi chez les quatre internes. Comme Hugo (Zacharie Chasseriaud), je suis fils de médecin, et il a un côté très lucide sur l’hôpital. Je partage le goût d’Alyson (Alice Belaïdi)pour les urgences et Arben (Karim Leklou) s’interroge aussi sur ce qui fait un médecin : le diplôme ou la compétence ? Et je me reconnais également dans Chloé (Louise Bourgoin) à travers son ambition et sa volonté de réussir.

Vous avez créé des personnages féminins très forts. Quel féministe êtes-vous ?
Mes héroïnes sont des femmes courageuses et mon féminisme repose sur le fait que leur genre n’est pas un sujet.

Le cinéma est souvent pointé du doigt pour son manque de diversité. Êtes-vous attentif à cette problématique ?
Aux urgences d’un hôpital de périphérie, plus de 50 % des médecins ont un diplôme étranger : il fallait retrouver cette diversité dans le casting.

Le succès apaise-t-il votre besoin de reconnaissance ?
Quelque chose se joue vis-à-vis de mon père médecin : il a toujours suscité une remise en question chez moi, mais je m’assume un peu plus aujourd’hui. Le succès reste, lui, source d’angoisse avec la peur de décevoir.

Quels sont vos futurs projets ?
J’ai envie de continuer à écrire des scénarios et l’hôpital est une source infinie… Mais avec Première année ou la série Hippocrate, je parle surtout de la jeunesse au travail et cela me donne envie de raconter encore des histoires.

Hippocrate (saison 2), de Thomas Lilti, le 5 avril sur Canal+.

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