A quoi les « soldats augmentés » français vont-ils ressembler?

  • La ministre des Armées Florence Parly s’est exprimée début décembre lors du Digital Forum innovation défense sur les enjeux d’éthique liés à la question du « soldat augmenté ».
  • On ne verra pas de sitôt des soldats qui ressemblent à Terminator sur le champ de bataille.
  • Le ministère de l’Armée souhaite éviter de toucher au corps des militaires.

Est-on prêt à voir Terminator sur nos champs de bataille ? Lors du Digital Forum innovation défense, le 4 décembre dernier, la ministre des Armées
Florence Parly s’est exprimée sur les enjeux d’éthique liés à la question du « soldat augmenté ». L’occasion également de connaître l’avis du Comité d’éthique de la défense sur le sujet. Des soldats bioniques vont-ils remplacer les troupes françaises chargées de lutter contre
Daesh au Sahel ? Seront-ils les prochains à passer le traditionnel réveillon de Noël avec le chef de l’État ?

Quand on pense à l’homme augmenté, on imagine tout de suite des puces sous la peau, des implants cérébraux capables de multiplier l’acuité sensorielle, un œil bionique, des exosquelettes ultra-performants. C’est en partie cela, mais en France, il y a peu de chances que les soldats prennent la forme du personnage iconique interprété par Arnold Schwarzenegger. Il sera plutôt question d’augmentation non-invasive des soldats, car l’armée a choisi de garder le corps des militaires intact.

« Oui à Iron Man et non Spiderman »

« Nous rechercherons toujours des alternatives aux transformations invasives, c’est-à-dire des augmentations qui ne franchissent pas la barrière corporelle, a expliqué Florence Parly dans son discours « Ethique et soldat augmenté ». Plutôt que d’implanter une puce sous la peau, nous chercherons à l’intégrer à un uniforme. En résumé, nous disons oui à l’armure d’Iron Man et non à l’augmentation et à la mutation génétique de Spiderman. »

Dans les faits, les militaires augmentés existent déjà depuis longtemps. Les armures, les boucliers servaient déjà à augmenter les performances naturelles de l’homme. De même l’usage des amphétamines pendant la
Seconde Guerre mondiale permettait de résister à la fatigue et accroître la vigilance. Si la défense française préfère mettre le paquet sur les équipements plutôt que de toucher au corps, le rapport du comité d’éthique rappelle toutefois qu’il est « impératif de ne pas inhiber la recherche sur le soldat augmenté (…) afin d’éviter tout risque de décrochage capacitaire de nos armées ».

Dans le futur, on pourrait voir se multiplier des exosquelettes, sortes d’armure qui donne une force surhumaine à son occupant. Aujourd’hui, il en existe déjà. L’armée utilise un exosquelette motorisé qui soutient les jambes de façon à économiser les forces physiques du soldat lors de longues marches ou lorsqu’il est chargé. D’autres prototypes qui aident à porter des charges plus lourdes ou à se battre ont été mis au point dans le monde.

La neuro-ergonomie des cockpits est un autre terrain de jeu intéressant pour améliorer la sécurité aéronautique. A travers des interfaces homme-machine, l’idée est d’analyser le comportement du pilote pour lui venir en aide. « Il y aura tellement d’informations qu’il faudra trouver un moyen de les présenter au pilote sans gêner le déroulement de sa mission, alors qu’il sera environné de drones et d’autres types d’aéronefs, analyse Emmanuel Chiva, directeur de l’Agence de l’innovation de défense (AID). Aujourd’hui, la technologie vient en soutien du militaire : économiser ses forces et sécuriser ses missions.

Des robots à la place des humains

Les pratiques eugéniques ou génétiques à des fins d’augmentation sont également proscrites par le comité d’éthique. L’épisode « Men against fire » de la célèbre série dystopique Black Mirror n’est pas près de voir le jour. Il met en scène des soldats qui ne voient pas la vraie apparence de leurs ennemis. Ces derniers prennent la forme de monstres atroces -même les civils- pour faciliter la tâche du combattant. L’armée française refuse de porter atteinte au libre arbitre du soldat ou de diminuer son discernement. Les risques de déshumanisation seraient trop grands. Mais il n’est pas exclu de voir apparaître des robots-soldats sur le terrain.

« Il est clair que dans les prochaines années, il y aura dans toutes les armées des robots qui iront au combat », a repris le directeur de l’AID. Avoir des robots qui se battent pour vous et qui vous permettent d’écrire une lettre de félicitations à l’industriel qui les a construits plutôt qu’une lettre de condoléances à la famille des soldats, nous y travaillons ». Il faudra toujours des cerveaux humains pour donner des ordres aux intelligences artificielles, mais les soldats pourraient bien changer de visage. Et cela, beaucoup plus vite qu’on ne pourrait le croire.

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