Alexandra Lamy, mère de quatre enfants dans le film "Le test", "une vraie chronique familiale"

Actrice, Alexandra Lamy est rentrée dans la vie et le quotidien des Français grâce à son rôle de Chouchou dans la série télévisée diffusée sur France 2, Un gars, une fille (1999 à 2003). Depuis, elle n’a eu de cesse de jouer des personnages romantiques, drôles et dramatiques que ce soit au théâtre ou au cinéma. Aujourd’hui, elle incarne une mère de famille très protectrice dans le film Le test, d’Emmanuel Poulain-Arnaud, sorti mercredi dernier.

franceinfo : C’est Philippe Katerine qui joue le rôle du père et de votre époux. Votre couple est juste incroyable et surtout votre rôle de maman. On se rend compte à travers vous à quel point c’est sans doute le rôle le plus difficile à incarner dans la vie.

Alexandra Lamy : C’est vrai qu’on s’inspire aussi beaucoup de ce qu’on est. Le scénario était formidable, il y avait déjà tout ! On sent qu’Emmanuel Poulain-Arnaud, l’auteur et réalisateur, a extrêmement bien observé. Ce que j’adore dans ce film, c’est que ce n’est pas que le rôle d’une mère, c’est aussi celui d’une famille. C’est une vraie chronique familiale et je trouve que ça marche hyper bien.

Il y a ce côté très naturel qui se dégage de vous, mais ça a toujours été le cas finalement. Vous l’avez toujours incarné et représenté à l’écran.

Oui. Et bizarrement, c’est ce qu’il y a de plus difficile à faire. Évidemment, ça se travaille d’essayer d’être le plus naturelle possible en ayant parfois des rôles qui ne sont pas forcément ce que vous êtes. Le théâtre a été une très bonne école, mais c’est surtout avec Un gars, une fille qu’on a appris ce naturel, la série a été la meilleure école pour apprendre ça.

« Je fais partie de ces comédiennes qui travaillent beaucoup avant, en amont, pour justement être complètement libérée, être pleinement malléable pour le réalisateur, pour que les textes sortent de façon naturelle. »

à franceinfo

Comment était votre famille ?

On a la chance avec ma sœur, Audrey, d’avoir des parents qui s’aiment depuis 55 ans. C’est un couple qui se tient encore par la main, qui se dit encore « Je t’aime« , qui est encore un couple… Franchement, c’est le dernier spécimen, il n’y en a plus. On a vécu vraiment dans un univers où il y avait beaucoup d’amour. C’est marrant parce que je suis très proche de mon père, je suis proche de ma mère aussi, mais ma sœur est plus proche d’elle. Par exemple, ma première relation sexuelle, je l’ai racontée un matin à 7 heures, à mon père. Il était en train de préparer le petit-déjeuner et je lui raconte que j’ai eu ma première fois et que cela ne s’est pas très bien passé. Et mon père, en train de faire du pain grillé, gêné, me dit : « Mais qu’est-ce que tu racontes ? Pourquoi tu me racontes ça à moi ? Mais ne me raconte ça ! Arrête de me raconter tous tes trucs. Va le raconter à ta mère !« 

Donc je vais voir ma mère dans la salle de bain. Je commence à lui parler et puis au fur et à mesure, je vois une petite tête qui passe dans la salle de bain, celle de mon père. Il prend la parole et me demande : « Très bien, mais est-ce que vous avez fait des préliminaires ? » Donc d’un coup, il rentre dans la conversation et c’était génial parce que je me dis : Mais quelle chance ! Quelque part, en tant que père, il ne pouvait pas, mais en même temps, c’est quand même sa fille, il faut la protéger, il connaît les hommes et se dit : « Pourvu que cet homme-là respecte ma fille« . Je raconte ça parce que je trouve ça absolument génial. Et c’est une chance, effectivement, d’avoir aussi des parents avec qui on peut avoir cette liberté-là, de pouvoir parler de tout.

Quand on regarde bien votre parcours, vous avez eu besoin tout le temps qu’on vous permette d’avoir confiance en vous.

Avec Jean Dujardin, on a démarré dans un truc, à l’époque, où le trio comédie, télé, série, en général, faisait qu’on était mal partis pour avoir une carrière derrière, autre que celle-là. Tout le monde nous a dit au début quand on a commencé : « Mais ne faites jamais ça, vous ne travaillerez plus jamais de votre vie. Vous ne ferez jamais autre chose« . On a pris ce risque et finalement, tant mieux parce qu’on a été sans doute les premiers à passer de l’autre côté. Heureusement qu’on n’a écouté personne puisqu’il y en a même eu un qui a eu un Oscar !

« Après ‘Un gars, une fille’, j’avais peut-être un petit peu la double peine qui était que j’étais une femme et que tout s’ouvrait souvent pour l’homme et beaucoup moins pour la femme. Ça a été aussi un peu une bataille. »

à franceinfo

Vous avez mis du temps à vous lancer dans cette case dramatique. Vous appréhendiez de toucher à ce registre ?

Non, pas du tout. C’est qu’on ne me proposait pas d’au moins passer des castings ! Pas du tout. À tel point que pour le film d’Ozon, par exemple, quand il a fait le casting pour Ricky (2009), j’étais avec mon amie Mélanie Doutey. Et quand j’ai eu le casting, je lui ai dit : De toutes façons, je ne vais pas y aller parce que je suis sûre qu’il ne va voir en moi que Un gars, une fille et ce sera hyper dur. Elle m’a répondu : « Ah non, pour une fois que tu peux passer un casting, tu vas y aller« . Effectivement, elle a bien fait parce que je pense que François Ozon m’a aussi aidée à faire cette ouverture.

Si j’ai bien compris, la suite, c’est la réalisation ?

Exactement ! Je viens de terminer un téléfilm et j’ai adoré faire ça. C’est tiré d’une adaptation d’une BD de Quentin Zuitton qui s’appelle Touchées. C’est l’histoire d’un groupe de femmes qui se reconstruisent grâce à l’escrime. Cela devient de l’escrime thérapeutique car elles ont toutes subi des violences conjugales, incestueuses, etc. J’avais surtout envie d’être aussi sur la reconstruction parce qu’on en entend beaucoup parler et on se dit maintenant : « Que peut-on faire avec ça ? Comment peut-on s’en sortir ? » J’ai donc fait un ce téléfilm et j’ai adoré le faire avec mon amie, Mélanie Doutey. Vous retrouverez aussi Claudia Tagbo, qui est extraordinaire, et ma fille Chloé Jouannet. Oui, j’ai pris ma fille !

Source: Lire L’Article Complet