Après treize ans d'absence, Léa Castel revient avec l'album « Roue Libre »

  • Treize ans après la sortie de son premier album, Léa Castel revient avec un nouveau projet musical intitulé « Roue Libre ».
  • Au fil des quinze morceaux, la chanteuse et musicienne y aborde des thèmes très intimes comme ses déceptions sentimentales ou un bonheur retrouvé.
  • On y retrouve également plusieurs feats, avec Jul, Jenifer et Gringe, qui révèlent tous une facette différente de l’artiste.

Voilà treize ans que ses fans l’attendaient. Après l’énorme succès de Dernière chance avec
Soprano, un passage remarqué dans le télécrochet Popstars puis son premier album Pressée de vivre en 2008, Léa Castel s’était faite très discrète. Quelques chansons distillées au fil des années, quelques feats (dont 
Slimane en 2017), mais toujours ce deuxième album qui se faisait tant désirer. Jusqu’à ce vendredi.

La chanteuse et musicienne revient avec Roue Libre, quinze nouveaux titres très personnels et intimes. De sa voix rauque si reconnaissable, teintée de vulnérabilité, elle se livre sur ses blessures et ses déceptions sentimentales, mais aussi sur le bonheur retrouvé. A l’occasion de ce retour très attendu, 20 Minutes l’a interviewée.

Après votre premier album en 2008, plusieurs projets ont été abandonnés. Que s’est-il passé pour vous ces dernières années ?

Sur mon premier album ça s’est bien passé officiellement, mais officieusement j’aspirais à plein d’autres choses. J’ai toujours été une passionnée de musique et j’étais un peu cantonnée dans quelque chose qui ne me convenait pas forcément. Et en même temps je n’arrivais pas à trouver ce que j’avais envie de donner, c’était assez complexe, je me battais un peu contre moi-même. Puis j’ai fait de la compo pour les autres, ce qui a ajouté une autre difficulté, celle de ne plus trop savoir ce que moi, je valais. Trouver un équilibre pour soi est toujours très compliqué par la suite. J’ai eu la chance d’avoir un super producteur qui m’a laissé la liberté d’attendre et de prendre le temps. J’ai construit mes équipes naturellement, on n’en parle pas souvent mais une équipe dans un projet c’est tellement important, et parfois il suffit d’une personne qui n’est pas forcément dans le mood pour le faire capoter.

L’un des premiers titres que vous avez sorti s’intitule « Pas tout compris » avec Gringe, où vous parlez de votre ancienne histoire d’amour. Un morceau particulièrement émouvant pour vous deux ?

Il a aussi fait partie des personnes qui ont contribué à ce que cet album se termine. On a eu une telle histoire d’amour, et un coup de cœur humain avant tout, que cette histoire nous a un peu dépassés. J’ai écrit exactement ce que j’ai ressenti quand on s’est séparé. Nous sommes toujours très proches et très amis, c’est quelqu’un que j’aime énormément. Je me devais de mettre en chanson notre histoire qui est toujours quelque chose de précieux aujourd’hui.

Annoncé comme un feat, Gringe apparaît finalement en chœur. Une façon de renverser les codes, un clin d’œil pour vous à l’époque où on vous appelait pour accompagner des artistes rap.

Oui j’ai trouvé ça hyper drôle et c’est ça qui est génial avec Gringe. Pour moi c’est quelqu’un d’exceptionnel, il s’en fout, il fait les choses parce qu’il a envie de les faire et quand ça va tenir à cœur à quelqu’un il va le faire sans se poser de questions. J’ai voulu qu’il chante dans ce morceau parce que c’était le nôtre, je ne me voyais pas ne pas y rajouter sa petite voix. Et je ne me voyais pas ne pas le citer, il a chanté sur le refrain et il m’a aidé à l’écrire. Après, pour le clin d’œil, c’est vrai qu’en studio on se faisait la blague en disant qu’il était ma choriste ! Moi quand on me le disait, ce n’était pas une blague ! Il n’y avait qu’avec lui que je pouvais me permettre ça. Après j’espère que d’autres rappeurs ou chanteurs seront capables de faire la même chose, je trouve ça génial de renverser un peu les codes. Mais il faut quelqu’un qui joue le jeu.

On retrouve également un feat avec Jul, toujours cette connexion avec la scène marseillaise ?

C’est exactement ça. On s’est suivi sur les réseaux avec Jul, à l’origine je voulais trop lui faire un piano. Mais pendant la création de mon album j’avais ce titre qui traînait depuis un an, j’avais du mal à l’assumer toute seule mais aussi à imaginer quelqu’un dessus. En fait j’y suis allée au culot et j’ai eu de la chance qu’il ait aimé le morceau. On a fait ça en mode confinement, échanges de WhatsApp et de mails. C’est un mec qui si ça lui plaît, il y va, et c’est vraiment le genre d’énergie que j’adore. Je suis très contente qu’on ait fait ce morceau ensemble.

L’un de vos premiers succès est « Dernière chance » avec Soprano. Cet artiste a eu un rôle important à vos débuts ?

Complètement. Pareil j’y étais allée au culot, encore plus qu’avec Jul. Soprano m’avait rencontré sur une scène de rue dans les quartiers nord de Marseille, où j’avais fait la choriste pour un rappeur ! (rires) Il était venu me voir, moi j’étais complètement choquée, il n’était pas encore le Soprano d’aujourd’hui mais c’était Psy 4 de la rime, pour nous c’était déjà une star ! Plus tard à l’un de ses concerts, je lui ai donné un CD gravé de ma musique, et avec mon numéro. Il m’a appelé deux jours après et c’est comme ça que ça a débuté. Ensuite le morceau nous a dépassés, il a pris une dimension que personne n’a contrôlée. Ça m’a mis vachement le pied à l’étrier, c’est grâce à ça qu’on m’a contacté pour faire Popstars, puis mon album.

Vous avez commencé dans un registre de pop urbaine, où l’on retrouvait à l’époque principalement des artistes féminines. Maintenant que tout le monde s’y met, comment regardez-vous ça ?

Aujourd’hui on a accès à tellement de styles musicaux via les plateformes, c’est une richesse incroyable. Il y a plein d’artistes qui se développent avec beaucoup de références différentes, je pense notamment à Tayc qui peut me faire penser à Matt Houston, tout étant tellement très actuel. Je suis très contente qu’il y ait de la place pour tout le monde, chacun a son public.

Vous avez l’impression que la musique est moins cloisonnée ?

Oui et on le voit par rapport aux grandes radios. A l’époque NRJ passait Dernière chance, mais c’était un des seuls rappeurs avec Diam’s à passer sur cette radio où le rap était peu présent. Aujourd’hui NRJ passe de tout et je trouve ça génial. Ça reste l’une des radios les plus écoutées donc ça va forcément influencer le public aussi. Plus il y a de mélanges, mieux c’est. On peut aspirer à ce que l’on veut aujourd’hui et si on le fait bien, on peut fonctionner.

Vous êtes connectée à différentes générations de chanteuse sur les réseaux sociaux, Hélène Ségara, Amel Bent, mais aussi Marie Plassard ou Hoshi. Vous êtes toutes liées les unes aux autres ?

Vous avez cité toutes mes amies ! Je pense qu’on est déjà très connectées entre filles parce qu’on s’entraide. En tant que femmes, et dans n’importe quel milieu, ce n’est pas tout le temps facile. On se soutient énormément, on s’épaule, on se donne des coups de main quand on peut. C’est du partage, que ce soit amical ou musical. C’est aussi pour ça que j’ai invité Jenifer sur l’album. Ce n’est pas forcément très commun de mélanger deux voix féminines. D’autres pays l’ont fait, Shakira avec Beyoncé, Rihanna, ou Dua Lipa avec Angèle… Je trouve ça tellement cool ! Je ne me voyais pas faire un album sans représenter cette connexion qu’on a entre meufs du milieu.

Comment s’est faite cette chanson avec Jenifer justement ?

Je terminais mon album et je l’imaginais pour cette chanson. Je lui ai demandé de m’accompagner et elle a accepté. Jenifer est une artiste qui m’a toujours soutenu. A l’époque de mon premier album, on avait fait un plateau multi artistes ensemble, elle était venue me voir en me félicitant. Plein de gens viennent vous voir pour vous féliciter mais chez certaines personnes on sent qu’elles ont vraiment été touchées. Comme Amel [Bent] qui m’avait appelé le premier jour de la sortie de mon premier album pour me faire le débrief de ses chansons préférées. Quand quelqu’un qu’on aime et admire vous écoute et en plus émet un jugement positif et constructif, c’est incroyable. Pour revenir à Jenifer, j’adore aussi ce qu’elle dégage, sa musique, sa voix, sa gentillesse… C’est une femme qui se bat et qui traverse les époques, elle me fascine énormément.

Dans ce nouvel album très personnel vous abordez notamment cette relation compliquée avec votre père dans « Mon Plus Beau Morceau ». C’était important pour vous de lui délivrer ce message ?

C’était important de me le délivrer à moi-même. Dans ce morceau j’ai essayé de trouver les mots justes pour me libérer de ce que je ressens. Ces choses-là je lui ai déjà dit, il ne va pas les découvrir. Je pense aussi que je ne suis pas la seule à vivre des relations familiales compliquées. On ne choisit pas sa famille et pourtant on l’aime, c’est viscéral. Il y a un truc incontrôlable. C’est une façon pour moi de me libérer et d’en parler, c’est important de dire quand on a mal et d’expliquer pourquoi. On n’est pas seul à vivre avec ça. Mais c’est vrai que ça a été compliqué parce que ça fait partie de mon intimité et que je suis très discrète sur ma vie. Jardin Secret et Mon Plus Beau Morceau sont des morceaux très intimes, mais c’était aussi une volonté de me dire que je devais chanter des choses qui m’appartenaient vraiment.

A la fin de cet album on a le sentiment que vous êtes plus en paix avec vous-même, c’est le cas ?

Tellement ! La musique de toute façon c’est libérateur, qu’on l’écoute ou qu’on la crée. C’est quelque chose qui nous dépasse, je suis toujours fascinée par ce que ça procure comme émotions à chaque fois, quand j’écoute d’autres artistes ou quand je crée. Il y a toujours ce même sentiment quand on a une affection pour un morceau, c’est quelque chose de très fort.

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