Blackpink: Light Up The Sky : les failles derrière la féérie

Elles ont marqué cette rentrée 2020 compliquée pour la popculture, avec la sortie de leur premier disque, The Album, le 2 octobre. Ce mercredi 14 octobre sur Netflix, Blackpink s’invite dans les foyers du monde entier avec Blackpink: Light Up The Sky.

Ce film-documentaire les suit depuis leurs débuts, en 2016, à leur ascension fulgurante qui les a menées au festival de Coachella, en 2019. Il est réalisé par la réalisatrice américano-coréenne Caroline Suh, qui avait déjà collaboré avec Netflix pour Fat Salt Acid Heat.

De nombreuses images d’archives offrent aussi une plongée inédite dans l’enfance de Rosé, Lisa, Jisoo et Jennie, tandis que des interviews intimistes leur permettent d’analyser ces années aussi trépidantes qu’éreintantes. 

Ce qui les unit ? Leur esprit combatif. Mieux vaut en avoir si on veut se faire une place dans le milieu très convoité de la k-pop, nom donné à la pop coréenne, aux codes musicaux et visuels universels, mais aux méthodes particulières. Ou comment quatre filles venues de trois pays différents sont devenus le meilleur atout culturel de la Corée du Sud en quelques années à peine, au prix de grands sacrifices. 

Incontournables

La pop laisse peu de place à la spontanéité. Plus encore que dans d’autres styles musicaux, une popstar doit vendre une image d’elle-même précise, jouer un rôle, et se réinventer sans cesse, au risque d’être figée, dépassée.

C’est d’autant plus impératif pour les groupes de pop, que la facilité a fait découper en girls bands d’un côté, et boys bands de l’autre. Si les Spice Girls ont marqué l’imaginaire collectif depuis les années 90, c’est à la fois pour leurs tubes addictifs, et le fait que chaque membre occupait une place unique. On pouvait choisir à laquelle s’identifier.

Ces vingt dernières années, plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, notamment le Japon et la Corée du Sud, ont poussé cette méthode à son paroxysme, sortant des dizaines de supergroupes, avec souvent une dizaine de membres, calibrés et adaptables aux préférences des pays voisins. Le succès énorme de BTS, sept garçons sud-coréens qui ont provoqué un vrai raz-de-marée musical à partir de 2013, a ouvert grand la voie à l’émergence d’autres formations de cette superpuissance culturelle. 

C’est notamment le cas de Blackpink, à ne pas voir, cependant, comme l’équivalent féminin de BTS. Lancé officiellement en 2016, ce quatuor féminin est immédiatement devenu très populaire avec des premiers hits mélangeant différentes influences, comme Whistle, Playing with fireDdu-Ddu-Ddu ou BOOMBAYAH. Avec à la clé, des records de vente et d’écoute en ligne, dépassant les milliards.

Avant même un premier album, Lisa, la rappeuse forte et rigolote à la fois, Jisoo, la délicate, Rosé, la dynamique, et Jennie, la frondeuse, ont réussi à s’imposer par un tour de force extraordinaire. 

Entraînées à devenir des stars

Il n’y avait aucune chance pour que les quatre membres de Blackpink se rencontrent par hasard : Jisoo n’avait jamais quitté la Corée, et parle à peine anglais, Rosé et Jennie ont quant à elles grandi en Nouvelle-Zélande, tandis que Lisa vient de Thaïlande. 

Leurs chemins se sont croisés dans un lieu prisé : la formation de YG Entertainment, bastion de la k-pop, qui forme des apprentis chanteurs, danseurs et rappeurs pendant des années, pour éventuellement les inclure dans des groupes. Chaque mois, les étudiants sont mélangés, dans l’espoir de trouver la combinaison parfaite, puis évalués, au risque d’être éliminés. C’est ainsi que Blackpink est né.

Là, pendant des années, les quatre jeunes femmes ont renoncé à une fin d’adolescence normale pour s’entraîner jusqu’à 14 heures par jour au chant, à la danse, et à la musique. Une période que l’on comprend difficile, lorsque Jennie lâche face caméra que plus elle était rabaissée, plus elle avait envie de faire ses preuves.

La pétillante Rosé, de son côté, pleure en évoquant la famille qu’elle a laissée derrière elle. Tandis que Lisa évoque son émotion chaque fois qu’une foule en liesse l’accueille en Thaïlande. Des confessions accompagnées d’images d’archives touchantes de leur enfance et adolescence, jalonnées de compétitions artistiques et d’auditions. 

L’envers du décor

Le documentaire montre que comme pour toutes les vraies stars, les filles de Blackpink passent de longues heures en studio, et travaillent d’arrache-pied avec le producteur Teddy Park, qui sait valoriser les atouts de chacune.

Moins glamour, elles subissent beaucoup d’entraînement physique pour tenir le rythme des tournées, et disposent de peu de temps pour elles-mêmes. Mais ce qui est plus spécifique à leur statut de groupe de k-pop est l’encadrement de leurs looks, coiffures, et l’impossibilité de se tatouer, tout comme le fait qu’elles habitent ensemble, à Séoul. Bref, peu de place pour la spontanéité.

Connaissant leurs sacrifices, le spectateur se sent plus investi, tremble à leurs côtés lorsqu’elles se présentent pour la première fois à la presse, en 2016, ou lorsqu’elles montent sur la scène de Coachella en 2019, alors que Jisoo souffre d’un terrible mal de dos. 

Ce film-documentaire n’offre donc pas une image lisse de Blackpink, et c’est une bonne chose. Montrer le prix que ces quatre artistes paient pour être au sommet ne peut que plaider en faveur de leur crédibilité auprès de celleux qui doutent de leur importance, et pensent encore que la k-pop est un style musical futile. Le producteur Teddy Park critique d’ailleurs ce terme, qu’il estime péjoratif, et revendique que la Corée du Sud fait, tout simplement, de la pop au même titre que n’importe quel autre pays.

Inséparables

Mais si Blackpink tient, c’est aussi parce qu’une amitié solide semble unir ses quatre membres. Face caméra, les filles racontent comment la rencontre de l’une, ou de l’autre, les ont aidées à tenir le coup lors de leurs années d’entraînement.

À la fin de leur dernière tournée, Lisa, Rosé et Jennie pleurent même sur scène, essuient leurs larmes à tour de rôle, sous les hourras du public.

Si Blackpink a été monté de toutes pièces, un lien fort s’est tissé entre elles, rendant le groupe authentique. Mais le documentaire s’attache à valoriser chacune d’entre elles à égalité, et il est émouvant d’assister à des essais de Rosé en studio, qui confie ses difficultés à se faire confiance dès lors qu’elle est seule pour écrire et chanter. 

Blackpink: Light Up The Sky réussit à humaniser ces quatre popstars et les rendre davantage accessibles à leurs fans, qui seront ravis de cette plongée intimiste, et auprès d’un plus grand public curieux de leur succès. 

Blackpink: Light Up The Sky, documentaire Netflix de Caroline Suh

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