Carla Bruni : « Je fais des chansons qui me consolent »

Après sept ans sans nouvel album original, la chanteuse sort un nouveau disque qui révèle autant de profondeur dans les textes que de légèreté dans les musiques.

Carla Bruni est un mystère, elle intrigue. Comme son histoire avec un ancien président de la République, qui dure et qu’elle vante en femme amoureuse.

Elle aime recevoir chez elle, dans une belle demeure bourgeoise du XVIe arrondissement de Paris, le long d’une impasse. Elle introduit le visiteur dans son bureau. Une partie de sa vie, de ses goûts s’affiche sur les murs, entre deux guitares. Beaucoup de photos, de livres aussi.

On est là pour parler de son nouvel album, le quatrième seulement de ses propres chansons, en dix-sept ans. Elle n’en a pas tant dit, finalement. Mais c’est une belle œuvre.

Ce sixième album, sans titre, ne fait pas exception. C’est un disque à l’écriture fine, aux mélodies immédiates, porté par un chant doux, légèrement rauque.

Si tous les textes sont d’elle, les musiques viennent, pour moitié, d’autres compositeurs, pas des moindres : le pianiste Michel Amsellem (complice de Laurent Voulzy), Julien Clerc, Calogero… Et c’est l’élégant Albin de la Simone qui en signe la réalisation : « Il a apporté à mes chansons le visage qu’il fallait. J’ai amené le squelette ; lui la chair, la peau, le grain, les couleurs… »

Qu’est-ce qu’une chanson pour vous ?

Le critère pour moi, c’est la spontanéité, que tout soit dans un mouvement, il me semble que la musique, c’est ça.

Vous avez beaucoup écrit pour cet album ?

Trente-cinq chansons en vérité. Certaines que je n’ai pas réussi à chanter. J’écris tout le temps, des textes, des mélodies à la guitare. Je les mets sur un carnet ou un dictaphone. Quand j’enregistre un album, je retourne les voir.

Vous cherchez toujours de la musicalité dans vos textes ?

Pour moi, la musique, c’est 90 %. La chanson est faite par la musique. On peut retenir des chansons médiocres parce que la musique est forte. En revanche, il ne peut pas y avoir une excellente chanson avec une musique médiocre, ça n’existe pas. La musique est la clé. Après, je crois que les gens aiment entendre des histoires.

Dans les titres forts, il y a Ma chambre, qui évoque le départ de votre fils ?

En l’écoutant, il m’a dit : On dirait que je suis mort ! Il est parti à Sciences po à Reims et j’étais brisée. L’idée qu’il s’envole de ses propres ailes, ça m’enchantait bien sûr, mais sa chambre vide… Je trouve que, comme je le chante, elle a une gueule de désespoir la vie, parfois, même s’il y a beaucoup de joie et d’amour. On est tout le temps obligé de se séparer des gens.

Le départ, la mort reviennent dans plusieurs chansons…

Je n’ai pas la force de croire au néant. Mettre de l’énergie pour croire au néant, c’est trop stupide, je n’en ai pas envie. C’est une activité tellement agressive… Je suis quelqu’un qui croit, par nature, à quelque chose, qui croit que l’on va quelque part après la vie.

C’est aussi un album qui chante beaucoup l’amour, comme dans Le grand amour

J’aime l’amour sous toutes ses formes. J’aime aussi qu’on tisse des liens avec les choses, avec les gens, les sentiments, les situations, les domiciles, les paysages… Je voudrais qu’on tisse des liens, c’est ça que dit cette chanson. Et puis parfois, il nous arrive un grand amour. Là c’est pour les veinards, c’est précieux, même si ça ne dure pas toujours toute la vie. Parfois, il arrive qu’on ait la sensation de ce grand amour, et non, mais c’est bien quand même, rien que la sensation même si ça dure deux semaines. Oui, j’ai eu cette chance. Je crois que de plus en plus de gens ont compris aujourd’hui que c’était prioritaire.

Vous êtes romantique ?

Très romantique, je suis italienne. Plus que romantique même, je suis romanesque.

La chanson Le secret, est comme un petit film qui s’attache aux secrets de famille…

Un secret, c’est comme si tu mettais sur une table en bois bien cirée une très belle nappe et que tu devais passer la main sur cette nappe. Mais imaginons qu’il y ait, à un endroit, tu ne sais pas où, une aiguille. Eh bien, le secret c’est l’aiguille. Et tu ne passes pas la main de la même manière car tu as peur de te prendre l’aiguille. Ça influe sur tout, ça prend une place beaucoup plus importante. Si tu ne la mets pas l’aiguille au grand jour, tu la crains fortement, comme un monstre au fond de l’eau. Quand tu le remontes, tu peux t’apercevoir que c’était finalement un sac en plastique. Il fallait le faire remonter à la surface. En même temps, c’est beau d’avoir un secret caché. Mon père me disait : Quand tu as un secret, ne le redis même pas à toi-même. Moi, je garde les secrets.

Vos albums ne se ressemblent-ils pas un peu ?

Au fil du temps, j’ai l’impression de proposer toujours la même chose et je me rends compte que j’en suis satisfaite ! Même si j’écoute de tout et que j’admire les gens audacieux qui m’emportent ailleurs. Mais pour moi-même, je fais toujours des petits objets, des chansons, qui, au fond, me consolent moi-même. Et viennent résoudre quelque chose de mystérieux chez moi.

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