Clou, des « Orages » mais pas tant de désespoir

  • Avant les Victoires de la musique 2021, qui se tiennent vendredi, 20 Minutes vous présente les « révélations » de l’année.
  • La chanteuse Clou est en lice pour la Victoire de la meilleure révélation féminine 2021. Son premier album, Orages, est sorti cet automne.
  • « Chaque chanson est un prisme de qui je suis, une pièce de puzzle, mais pas tout le puzzle. Cela ne dit pas tout de moi, en tout cas, je n’espère pas, sinon, cela ferait de moi quelqu’un d’un peu déprimé et ce n’est pas mon cas », déclare-t-elle à 20 Minutes.

Clou est un drôle de nom pour une chanteuse. Un pseudonyme bricolé à partir de son surnom « Anne-clown », lui même dérivé de son prénom, Anne-Claire. Clou est drôle tout court. Pendant l’interview, en visioconférence, son rire s’échappe régulièrement pour réchauffer les écrans interposés.

Son premier album, Orages, sorti l’automne dernier, n’invite en revanche pas franchement à l’hilarité. « Quand on a commencé à sélectionner les chansons, on s’est rendu compte qu’on gardait les plus dures, parce que c’étaient les plus intéressantes, et je me suis dit qu’elles étaient comme de petits orages. » D’où le titre. Enfin pas tout à fait.

Clou aime les jeux de mots. Elle trouve « que ça fait très vieille France de dire ça » et elle en rit. « Cela fait “Ô rage”, ça m’évoque une tirade de Victor Hugo parlant de tempête sous un crâne. L’image m’a suivie depuis l’adolescence, je la trouve très forte. Il parlait de cas de conscience et cela créait des éclairs dans sa tête », explique-t-elle.

« Pas des cas de vie ou de mort »

Elle aime « l’idée de l’orage qui passe, le “après la pluie le beau temps” ». L’une de ses chansons s’intitule Tempête, mais elle trouvait le terme trop fort pour en baptiser l’album : ce qu’elle chante, « ce ne sont pas des cas de vie ou de mort ». Une météo de son âme. Rouge, parle de sa colère. Jalouse, du manque d’estime de soi. Comme au cinéma d’une soif de magie dans l’existence.

Il y a un bout de Clou dans chaque morceau du disque. « Chacun est un prisme de qui je suis, une pièce de puzzle, mais pas tout le puzzle. Cela ne dit pas tout de moi, en tout cas, je n’espère pas, sinon, cela ferait de moi quelqu’un d’un peu déprimé et ce n’est pas mon cas », sourit-elle encore.

Elle affirme que son rapport à la musique est « viscéral ». Ses parents écoutaient « de tout », alors, depuis son premier cri en 1983, elle a grandi en écoutant de la folk américaine, surtout Simon et Garfunkel, de la variété, de la musique baroque. Mais aussi du Renaud. « J’étais fan, j’avais la frange, le bandana, les K7 audio, se remémore-t-elle. J’adorais ça parce qu’il y a plein de gros mots dans ses chansons qu’il transformait ça en poésie. » Dans son Panthéon musical se trouvent aussi Camille et Benjamin Biolay – « je les trouve très forts, ils ont leur écriture, leur musicalité » – Feist, Regina Spector et Anne Sylvestre – « engagée, poétique et mon Dieu qu’elle savait chanter ! ».

Elle écrit et elle chante tous les jours. « Au grand dam de mes voisins », se marre-t-elle. Mais elle a longtemps pensé être trop réservée pour être dans la lumière. « Je n’ai pas osé en faire un métier jeune car je ne m’en sentais pas capable, je n’avais pas l’entourage, je ne suis pas née dedans », ajoute Clou. Le déclic s’est opéré à New-York, où elle s’était installée pour un temps en 2009. Elle y a chanté ses premières chansons, alors en anglais.

« Rester authentique »

Mais son tremplin sera made in France Inter. En 2015, elle s’inscrit au radiocrochet de la station, comme « un défi personnel ». « Je me disais que ça n’allait pas le faire, mais qu’au moins, j’arrêterais d’y penser. » Or, si elle n’a pas gagné, elle a fini deuxième. L’occasion où jamais de penser plus que jamais à enfin se lancer dans une carrière musicale et d’offrir un revirement à son CV.

Jusque-là, Clou avait été journaliste pigiste et attachée de presse. Elle en a gardé « beaucoup d’empathie envers les médias et la presse écrite en particulier », glisse-t-elle sans flagornerie. Ces métiers lui ont appris « la politesse, la ponctualité » et l’importance de « rester soi-même ». « Je pense que ce qui fonctionne, dans les médias, c’est de dire qui on est, de rester authentique, sans trop se dévoiler non plus. » Un rire la rattrape : « C’est quelque chose que j’ai beaucoup de mal à faire. »

Vendredi, elle sera en lice aux Victoires de la musique, en catégorie révélation féminine. « Cela représente l’aboutissement de plusieurs années de travail », réagit-elle en s’excusant pour cette réponse « classique ». « C’est très fort symboliquement, complète-t-elle. C’est une joie pour moi et les personnes qui travaillent avec moi, c’est une manière de leur dire qu’elles ont misé sur le bon cheval. »

Là encore, son rire fait irruption. Elle fait remarquer que sa rencontre avec Dan Levy, du groupe The Dø, a été « décisive et merveilleuse, la plus importante pour [elle] dans ce métier. » « Il a été un coach et un guide et avait beaucoup de respect pour ce que j’avais à raconter. Il a fait un vrai travail d’éditeur, me disant ce qui était ennuyeux ou à creuser. Il n’a pas composé pour moi. Je tenais à ce que sur l’album il y ait mentionné “écrit et composé 100 % par Clou”. C’est peut-être de l’orgueil, je ne sais pas », suggère-t-elle. Ou la fierté d’être la Clou du spectacle.

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