Comment les mini-légumes ont séduit les réseaux sociaux

Mini-carottes et mini-poireaux sont les nouvelles stars des réseaux sociaux. Déjà prisés des chefs, ces légumes de poche séduisent par leur visuel mais aussi grâce à leur goût. Découverte.

Tout ce qui est petit est mignon, dit-on. En vogue sur Instagram et Pinterest, les mini-légumes ont connu un réel engouement au moment du confinement auprès des consommateurs. Derrière ce phénomène, une culture vieille de trente ans et des produits déjà adoptés par les chefs qui leur reconnaissent, en plus d’un visuel agréable, une saveur différente. Doriane Charlou, cheffe produit marketing chez Prince de Bretagne, et Éric Roy, cultivateur de mini-légumes dans le Loire-et-Cher, reviennent avec nous sur les racines de cette culture et de cet engouement.

Moins d’espace, moins de temps

Les mini-légumes ne sont pas sortis de terre hier, leur origine remonterait à une trentaine d’années. Dans l’optique de satisfaire une demande influencée par la «Nouvelle Cuisine» à la fin des années 1990, des marques à l’instar de Prince de Bretagne se sont lancées dans leur commercialisation. «La gamme existe depuis une quinzaine d’années chez nous», explique Doriane Charlou. Au fil des ans, des producteurs leur ont emboîté le pas. «J’ai commencé à cultiver des mini-légumes en 2013, se souvient Éric Roy, puis j’ai accéléré la production à partir de 2015. Cela s’est fait en six mois au lieu de deux ans». Gros avantage de ces produits précoces, leur culture nécessite moins d’espace et leur croissance moins de temps.

Les cultiver demande tout de même un savoir-faire précis. Les semis s’effectuent de mi-mars à fin avril – ces variétés de poche se sèment de façon plus dense. Chaque graine plantée entre en concurrence avec la voisine pour se nourrir le plus possible. L’espace restreint limitera leur croissance, d’où leur petite taille. La récolte à lieu à la hâte, en moyenne trente à quarante-cinq jours après les semis, et jusqu’à onze semaines pour les mini-légumes «lents». La période de récolte doit se faire lorsque celui-ci est arrivé à maturité et avant qu’il ne grossisse. La cueillette, qui n’est pas de tout repos, est manuelle et journalière (jusqu’à deux fois par jour). Prématurés, les légumes en format mini s’avèrent plus vulnérables que les gros et la récolte, de fait, plus méticuleuse. À cela s’ajoute un conditionnement très soigné et l’on comprend mieux le prix au kilo de ce caviar végétal.

De la “Nouvelle cuisine” à Instagram

La «Nouvelle cuisine» raffinée des années 1970 a laissé des traces dans les assiettes des chefs qui cuisinent toujours les mini-légumes. «Les restaurateurs commandent généralement des produits accessibles comme les mini-carottes ou les mini-navets mais n’aiment pas les produits trop originaux comme les mini-poivrons», témoigne celui qui fournit plusieurs restaurants étoilés. «Les plats sont très variables d’un chef à l’autre, observe Éric Roy. À la Bouitte (restaurant 3 étoiles en Savoie), ils accompagnent une assiette végétale avec un sérac (fromage frais), quand d’autres réalisent des garnitures pour accompagner un poisson». Dans les bistrots, on les voit parfois plus bruts, non épluchés, ce qui leur permet de conserver toutes leurs vitamines.

Si le produit n’est pas nouveau, il a fait une percée récente sur les réseaux sociaux. En effet, poussés par le confinement, les mini-légumes jouissent cette année d’une grande popularité. Mais pourquoi un tel engouement ? Pour Doriane Charlou, le succès provient d’abord de cette allure facilement identifiable : «Son premier atout est sa taille, cet effet mini est apprécié des consommateurs. Leur aspect est très convivial, je trouve». À ce visuel alléchant, s’ajoute un aspect avantageux côté fourneaux : «Les mini-légumes sont pratiques, car ils prennent moins de temps à cuisiner», nous apprend Éric Roy. Et d’insister sur leur goût particulier : «Ces végétaux ont pour la plupart un goût plus prononcé que les gros».

Les mini-légumes sont enfin plébiscités par les enfants, leur apparence éveillant leur curiosité. «Ils sont tellement utiles avec les enfants. On peut leur en faire manger plus facilement, cela permet de “rééduquer” leur palais et de leur faire découvrir de nouvelles saveurs», explique Éric Roy. Ce côté dînette apporte un aspect ludique. Un grand bénéfice, tant l’on connaît les relations compliquées entre les enfants et les légumes.

Vraie tendance ou épiphénomène ?

Malgré cette forte exposition sur les réseaux sociaux, la ferveur du confinement semble déjà loin. Les ventes de mini-légumes baissent drastiquement du côté des particuliers qui ont repris le chemin du travail mais aussi de celui des professionnels dont l’activité n’a pas repris les niveaux d’antan. La Covid-19 aurait-elle provoqué à la fois l’avènement et la fin des mini-choux et autres baby aubergines ? «C’est un marché très spécifique, analyse Doriane Charlou. Les consommateurs n’achètent pas des mini-carottes pour manger des carottes, il y a des raisons particulières. En général, la période pendant laquelle Prince de Bretagne vend le plus de mini-variétés se situe entre fin novembre et décembre, à l’approche des fêtes de fin d’année». Alors même si Instagram se lasse, les mini-légumes devraient recroiser le chemin de nos assiettes à l’occasion.

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