De « Betty » à « Derby Girl », l’empowerment sur les chapeaux de roues

  • La série Betty sur OCS montre une bande de filles qui s’affranchissent dans l’univers très masculin du skateboard à New York.
  • La série Derby Girl, sur France.tv Slash, suit l’émancipation d’une patineuse artistique au sein d’une équipe de roller derby.
  • Comment l’empowerment féminin rime-t-il parfois avec les sports à roulettes ?

Deux bandes de filles de la Génération Z qui n’entendent pas être la cinquième roue du carrosse ! D’un côté, Derby Girl, disponible sur
France.tv Slash, suit une clique de badass, les Cannibals Licornes, une équipe de
roller derby, sport de contact majoritairement féminin se pratiquant juché sur des patins à roulettes. De l’autre, Betty, dont la saison 2 est actuellement diffusée en US + 24 sur
OCS, met en scène un groupe de skateuses, bien décidées à s’affranchir du sexisme des skateparks et des normes imposées aux femmes. Deux odes à la liberté et au féminisme. Et si l’empowerment féminin se construisait sur les chapeaux de roues ?

Le roller derby, « c’est une partie d’échecs sur rollers en se faisant des tampons », résume Nikola Lange, créateur de Derby Girl. Dans cette série, Lola Bouvier, star déchue du patinage artistique, décide pour regonfler son ego démesuré de devenir « la plus grande championne de roller derby de tous les temps ». Cette fille à papa, qui a grandi moulée dans des justaucorps à paillettes, va au contact de ses partenaires, menée par la dure à cuire Acid Cyprine, découvrir qu’elle n’est pas obligée de correspondre aux normes associées à son genre et reprendre confiance en elle. « L’idée était de mettre une princesse dans un truc hyperbrut de décoffrage avec des nanas qui parlent de tout sans complexe », commente le scénariste.

Le roller derby pour trouver un « safe space »

« La position du roller derby est assez singulière dans le sens où véritablement, dès sa création aux Etats-Unis dans les années 1920, les femmes se sont approprié la discipline dans une volonté quasi-politique et revendicatrice », estime le scénariste.

Le roller derby est ainsi l’une des rares disciplines où l’on précise « masculin » quand il est pratiqué par des hommes. « J’avais des valeurs féministes assez fortes que j’ai retrouvées dans le roller derby, mais je ne suis pas venue faire ce sport pour cela », témoigne Maureen Rodaro, aka Wacky Wheels, qui joue au sein des Lutèce destroyeuses.

« Le roller derby, c’est un safe space », estime Nikola Lange. « Pour certaines personnes, le derby, c’est la zone où elles peuvent être vraiment elles-mêmes, s’exprimer sans craindre du jugement », abonde la joueuse, qui précise que même les formulaires d’inscription pour cette discipline sont « inclusifs et font attention aux pronoms. »

Le roller derby pour « reprendre possession de son corps »

« Petite, j’étais plutôt sportive et endurante. A l’adolescence, on m’a répété que j’étais nulle en sport », confie Maureen Rodaro. Des commentaires désobligeants qui lui font délaisser l’exercice pendant quelques années. « L’inclusivité se retrouve déjà au niveau des profils. J’ai vu, un peu par hasard, des matchs de roller derby, raconte-t-elle. Il y avait des femmes de tous gabarits, des toutes minces comme moi, des plus épaisses, des grandes, des petites qui arrivaient à se taper dessus, à courir sur un track en patins. » Une révélation pour la jeune femme : « Je me suis dit : “si elles peuvent le faire, pourquoi je n’y arriverai pas ?” »

Elle rejoint une équipe et commence une formation avec au menu « 1/3 de renforcement musculaire, 1/3 de patin agilité et 1/3 de techniques de groupe ». « Le derby permet de reprendre possession de notre corps et du coup, de se rendre compte qu’on n’est pas inférieur physiquement, on est plus en maîtrise de ses capacités », souligne-t-elle.

Cette nouvelle assurance lui permet de se sentir plus en sécurité dans l’espace public. « J’étais un peu emmerdé par des gens dans la rue. Le derby m’a permis d’être suffisamment sûre de moi pour réagir, faire face et avoir moins peur. Je sais que je suis capable de mettre à terre quelqu’un de plus balèze que moi, cela rassure ! Je ne pensais pas pouvoir être capable de faire cela », explique-t-elle.

Le skate, « à l’encontre des diktats et des stéréotypes »

Spin-off du film Skate Kitchen de Crystal Moselle, Betty, c’est aussi le surnom péjoratif donné aux jeunes filles qui ne serait-ce que s’approchent d’un parc de skateboard, territoire encore trop souvent considéré comme réservé aux initiés masculins. « Il y a toujours beaucoup plus d’hommes qui pratiquent le skate que de femmes », regrette Manon Lanza, autrice de Le skate vu par une passionnée (Michel Lafon) et cofondatrice d’
Allons Rider, un site dédié à la glisse féminine « parce que les filles dans les sports de glisse ne sont pas justes une paire de fesses sur papier glacé ».

« On a tellement été considérées comme des humains devant jouer à la poupée, aimer le rose, et rester en robe, que peut-être que dans nos têtes, c’est un peu plus difficile aujourd’hui de pratiquer des choses auxquelles on ne pensait pas », analyse la skateuse.

Comme dans la série Betty, « il y a énormément de crews de nanas qui se créent dans le skate », se réjouit-elle. « Les femmes ressentent le besoin d’être à plusieurs parce que si elles viennent seules, c’est plus difficile de trouver leur place », explique la rideuse.

A l’instar du roller derby, ces communautés bienveillantes sont porteuses d’un véritable esprit de sororité. « Etre une femme dans le skate reste difficile. On a tendance à penser qu’une nana qui ride ne peut pas être performante. C’est agaçant. On nous attend au tournant quand on arrive dans un skatepark où il y a vraiment du niveau », détaille-t-elle.

Pour certaines rideuses, le skate « a un côté un peu rebelle » qui permet d’aller « à l’encontre des diktats et des stéréotypes ». « Je trouve cela trop beau de voir toutes ces nanas qui se rassemblent pour skater, pour contrer les stéréotypes et se dire, on est là, et on a le droit de faire ce qui nous fait vibrer et on s’en fiche de ce que les autres vont penser », jubile-t-elle.

Le skate, pour se sentir « vivante » et « libre »

Comme dans Betty, le skate, surtout quand on le pratique entre femmes, est libérateur et émancipateur. Pratiquer ce sport est un bon moyen d’échapper à la fameuse charge mentale. « Le skate, c’est un peu comme de la méditation. La méditation, ce n’est pas penser à rien, mais être dans le moment présent. Les sports de glisse comme le surf ou le skate obligent vraiment à être focus sur ce qu’on fait, pour ne pas faire d’erreur, se blesser ou tomber », estime Manon Lanza.

Du coup, « Quand on a les pieds sur un skate, on oublie tout, on ne pense à rien d’autre, et moi, je me sens vivante, je me sens libre, j’ai l’impression de flotter un peu. Cette sensation est hyper addictive », confie la rideuse.

Meilleure image de soi, assurance, surpassement, bien-être, sororité et sentiment de liberté… Nul doute que le roller derby et le skate sont des vecteurs d’émancipation féminine !

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