« De l'échec, tu retiens énormément de choses », affirme Florent Pagny

  • Florent Pagny sort L’Avenir, son vingtième album, ce vendredi. Il lancera en novembre sa tournée à l’occasion de son soixantième anniversaire (le 6 novembre à Bordeaux, le 9 à Lille, le 13 à Amiens, le 14 à Rouen…).
  • « Je suis interprète et je suis un messager. Vu ce qu’il se passe je me dis « Envoyons des messages qui nous amènent vers autre chose, avec davantage d’espoir »», dit-il au sujet de son nouvel opus.
  • « Ce n’est pas ouvert encore parce que c’est un poil compliqué, mais ce n’est pas fermé », confie-t-il au sujet de son éventuelle participation à la prochaine saison de The Voice.

Le rendez-vous était donné au restaurant Le Tournesol. En ce mercredi grisâtre où le soleil s’est détourné du ciel parisien, le nom de l’établissement résonnerait presque de façon ironique. Ce contraste est parfaitement approprié à Florent Pagny. Le chanteur, qui sort ce vendredi son nouvel album, L’Avenir, et partira dès cet automne en tournée à l’occasion de son soixantième anniversaire, ne craint pas de détonner. Quand une frange de la chanson française actuelle aime fonctionner à la nostalgie pour répandre sa mélancolie, lui regarde droit devant sur ce qu’il reste à vivre et dégaine ses envolées épiques. Quand d’autres cèdent à la morosité et s’inquiètent de ce que va devenir le monde, lui, admet que le tableau est catastrophique mais refuse de céder au désespoir.

« L’Avenir » est votre vingtième album studio. A l’approche de sa sortie, ressentez-vous toujours un peu de stress, d’excitation ?

On vit une époque particulière au niveau d’une sortie d’album. L’objet lui-même perd de plus en plus de terrain et ce streaming est un truc très particulier, surtout pour un mec comme moi. A la fin, il se passera ce qu’il se passera. Pour moi, le plus important est d’avoir ce nouvel album avec des chansons qui me plaisent, dans lesquelles je me sens bien, et que les gens soient contents d’entendre ce que j’ai fait.

Le public ne s’est jamais vraiment détourné de vous…

J’ai eu ma montée et ma descente comme tout le monde. Je suis monté et après trois singles, tout s’est pété la gueule. Au bout de trois ans, je suis entré dans un magnifique trou et je suis remonté. C’est vrai qu’à partir du moment où je suis revenu avec la compilation Bienvenue chez moi qui a cartonné, j’ai eu de la chance et j’ai enchaîné beaucoup de succès. Dans les périodes un peu déclinantes, j’ai aussi eu la chance d’être dans The Voice. Sur les vingt-huit dernières années, j’ai de plutôt belles histoires et ça se passe bien. Mais on a vu le disque s’écrouler de plus en plus. [Son attention semble distraite] Un jour, c’est remonté agréablement avec [il semble chercher ses mots] l’album Vieillir avec toi. [Il baisse légèrement la voix] Je suis désolé mais une voiture est passée tout à l’heure et m’a repéré pendant l’interview précédente. Là, les personnes qui étaient dedans viennent d’arriver à pied. Ils sont polis, ils doivent se dire que je suis en train de faire une interview. On va voir comment ils vont se glisser pour faire une photo… On va y arriver !

Pas de problème. Vous me parliez de « Vieillir avec toi » [sorti en 2013].

Le jour où j’arrive à Vieillir avec toi et que… [Il s’adresse en souriant aux trois personnes qui viennent d’arriver] Venez faire la photo ! [Il se lève, se prête au jeu en prenant la pose et, trois minutes plus tard, revient à sa place.] Excusez-moi !

Cela arrive souvent ? Et cela fait toujours plaisir ?

J’ai tout fait pour ça et je dois avouer que je suis servi, c’est bien. Mais il faut gérer.

Les Parisiens ont peu d’occasions de vous rencontrer dans la rue…

Oui, je ne suis pas beaucoup là. Je ne suis pas un artiste parisien. D’ailleurs, sur une tournée, je termine à Paris. Je vais d’abord faire la province parce que je suis de là et ça se passe toujours mieux. A Paris, c’est toujours plus compliqué. A part la fois où je me suis retrouvé à L’Olympia en plein été en 2003, ça s’est super bien passé. C’était la surprise du chef, j’arrivais avec Ailleurs Land et Ma liberté de penser. Il y avait de quoi remplir la salle pendant un mois. Mais c’est plutôt sympathique, le tout est de bien gérer d’autant plus que j’ai envie de rester moi-même sans être entouré par des gens disant « Non, n’allez pas le voir, ne lui parlez pas ». Ce n’est pas moi, ça.

Vous me parliez donc de « Vieillir avec toi » et de ce que cet album avait changé pour vous.

A partir de là, j’ai renoué avec le succès commercial rappelant le temps passé. Cela peut encore arriver de faire ce genre de résultats mais, le problème, c’est qu’aujourd’hui, on ne sait plus vraiment où on peut acheter des disques. Tout cela nous fait vivre d’une autre manière. Là, je suis plutôt très content. Calogero m’a fait un beau cadeau : il m’a amené toutes les chansons, est allé chercher tous les auteurs, il a fait toutes les productions, les réalisations, les arrangements. Il a choisi le mixeur et était derrière lui toute la journée pour avoir ce qu’il voulait. Parce qu’il savait que ce qu’il voulait allait me plaire.

Le fait d’être dans le présent, de ne pas regarder en arrière, d’avancer en se disant que le meilleur est à venir, est d’ailleurs au cœur de votre nouvel album.

Bien sûr…

Cela ne me semble pas si évident dans la chanson française actuelle où pas mal d’artistes sont dans un état d’esprit nostalgique, mélancolique…

Il y a une ambiance un peu spéciale aussi, entre le climat et les sociétés. Si on est auteur et compositeur ont peut-être inspiré par tout ça et aller dans ce sens. Moi, je suis interprète et je suis un messager. Vu ce qu’il se passe je me dis : « Envoyons des messages qui nous amènent vers autre chose, avec davantage d’espoir. » Même quand on traite d’un sujet comme l’Alzheimer avec Comme avant, par exemple, il y a un côté agréable. On sait que, dans 80 % des cas, ce sont plus les autres qui subissent la maladie que celui qui l’a. On va traiter d’un sujet grave, mais on va l’amener dans une optique esperanza.

Vous n’êtes pas nostalgique ?

Non. On vit des choses tellement incroyables, extraordinaires, avec cette évolution d’Internet, des technologies, de l’intelligence artificielle. Cela présage des tas de choses. Je pense qu’on va se prendre une grosse claque et que l’on doit prendre conscience de certaines choses. Pour prendre conscience qu’il y a du courant dans la prise, il faut y mettre les doigts. Alors on va y aller, on va prendre une bonne châtaigne et après, on va comprendre.

Vous parlez de la présidentielle, là, par exemple ?

Ah non, même pas. Je ne suis pas du tout branché politique. Je parle de l’humanité. Je parle du monde, vous savez, je vis sur la planète. Je suis arrivé à Paris il y a deux jours, je viens de l’hémisphère sud [il vit en Patagonie, au sud de l’Argentine]. J’étais en hiver et si, en France, il a plu tout le temps cet été, là-bas, il n’y a pas eu d’hiver. OK, il faisait bon, mais pas d’hiver cela veut dire que c’est la sécheresse et que l’été va être très difficile. Quand on voit tout ce qui se passe entre le climat, les sociétés, les religions, les économies, le Covid au milieu, parfois tu te dis : « On y va ». On y est en fait.

Vous dites ça avec le sourire, vous avez quand même de l’espoir ?

Oui, parce que, c’est comme le Covid, tout le monde ne va pas l’attraper. Ça va être une espèce de grande loterie, mais il va se passer des choses parce qu’on n’a pas pris les bons chemins sur beaucoup de terrains et il va falloir que tout ça se résolve, ça va passer par des choses graves. Tout le monde en est conscient. Cela fait vingt piges qu’on nous raconte qu’il va y avoir des inondations, des feux de forêt, que ces changements de quelques degrés ont des conséquences. On y est et ça ne va pas s’arrêter. Mais les générations qui arrivent ne pensent pas comme nous, n’ont pas envie des mêmes choses, sont plus conscientes de ce qu’il faut faire pour que cela devienne plus agréable.

Cela nous ramène à « L’Avenir », titre de l’album et d’une chanson signée Serge Lama. Comment cette chanson est-elle arrivée à vous ?

Je ne l’attendais pas. J’étais très étonné. C’est la première chanson que Calogero m’a fait écouter. J’ai adoré, dans mon créneau vocal, on ne peut qu’aimer l’envolée. J’ai dit à Calo : « Je ne sais pas qui est le gamin qui a écrit ce texte un peu naïf et utopique, mais ça met tellement d’espoir et c’est tellement simple que j’aime ça. » Là, il me regarde et me répond : « Tu sais que le gamin, c’est Serge Lama ? » Eh bien, c’est encore mieux parce que, quand on a encore cette vision des choses à 70 ans passés, c’est beau et ça donne de l’espoir. J’ai été bluffé et épaté.

A l’inverse, Barbara Pravi, 28 ans, est la plus jeune plume de l’album…

Je l’ai connue il y a trois ans, elle faisait ma première partie. Calo lui a demandé un texte sur cet album. Quand elle rentrera est une magnifique chanson qui se déroule comme un film. Elle est aussi venue nous filer un coup de main sur Les nouveaux rêves. Il y a des artistes comme elle, comme
Anne Sila, qui m’intéressent. Elles ont une place à prendre, elles sont belles, intéressantes, elles sont faites pour ça.
Barbara Pravi chante, a un charisme, un répertoire et ça devient de plus en plus précis. Son titre pour l’Eurovision est terrible, moi, j’adore. Cela donne envie d’en écouter plus.

En novembre, à l’occasion de vos 60 ans, vous entamez votre tournée. Vous allez là aussi éviter la nostalgie ?

Je ne vais pas l’éviter non. J’ai fait une vingtaine d’albums. Un concert c’est une vingtaine de chansons. C’est pas dur : vous prenez la chanson emblématique de chaque album. Faisons dérouler l’album de photos ! Mon public a mon âge, parfois un peu plus, cela lui fera plaisir de se remémorer tout ça. Je suis allé encore plus loin côté musiciens, je les ai prévenus : on ne fera pas de version spéciale. Parce que, à chaque spectacle, quand on fait des réorchestrations, il y a toujours cette réflexion qui revient côté public : « Je préfère le disque. » Ils ont raison ! Ils écoutent ça chez eux depuis tant d’années. Je vais donc appliquer ma devise : « Facile et agréable ». En plus, mes arrangements n’ont pas vieilli.

Votre tournée débutant en novembre, cela veut dire que vous ne pourrez pas être coach dans la prochaine saison de « The Voice » ?

Figurez-vous qu’ils cherchent à trouver de la place dans mon planning. Donc ce n’est pas ouvert encore parce que c’est un poil compliqué, mais ce n’est pas fermé. J’ai un break entre le 16 décembre et le 22 janvier où, normalement, je pars en Argentine. Mais ils sont en train de regarder. Je suis dans mon élément à The Voice, cette famille est trop agréable, ça marche super fort. Quand c’est aussi bien et qu’on te reçoit de cette manière, il faudrait être snob pour ne pas le faire. Alors, si on trouve l’espace pour que je sois coach la saison prochaine, aucun problème. Je ne le referai peut-être plus après, je l’intégrerai dans la page que je tournerai.

Avez-vous des « regrets à satisfaire », comme vous le chantez dans « L’Avenir » ?

Non, ça, c’est plus pour généraliser dans le texte pour que tout le monde puisse s’y retrouver.

Et des remords ?

Non, parce que je n’ai jamais rien fait de mal. Tout ce que j’ai pu faire de mal n’était jamais méchant, c’était que des conneries, mais des conneries de con, comme on dit. C’était plutôt pour le fun, parce que ce que j’aime, c’est me fendre la gueule et rigoler. Vu ce qui m’est arrivé et la manière dont je gère tout ce qu’il m’arrive, je ne peux rien regretter. Comme je le chante dans L’Instinct : « Soit je gagne, soit j’apprends ». Le succès, ça passe vite et tu ne retiens pas forcément beaucoup de choses. L’échec, tu en retiens énormément (il éclate de rire).

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