Dénutrition : définition officielle, symptômes, conséquences, traitement

La dénutrition est une maladie qui peine encore à se faire connaître malgré les 2 millions de personnes touchées en France. Quelle en est sa définition officielle, ses symptômes, ses conséquences sur le corps et les traitements ? Explications.

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Sommaire

  1. 1.Définition officielle de la dénutrition
  2. 2.Dénutrition, quelle est la différence avec la malnutrition ?
  3. 3.Symptômes de la dénutrition
  4. 4.Les conséquences sur le corps
  5. 5.Comment la dénutrition est-elle diagnostiquée ?
  6. 6.Quelles sont les causes de la dénutrition ?
  7. 7.Comment soigne-t-on la dénutrition ?

La dénutrition, maladie silencieuse, demeure très largement méconnue ce qui constitue un obstacle à une prise en charge précoce et efficace. Selon les chiffres donnés par le Ministère de la Santé, on estime à 2 millions le nombre d’individus souffrant de dénutrition en France. Dont 400 000 personnes âgées à domicile, 270 000 personnes âgées en Ehpad. La dénutrition concerne 10 % des personnes âgées de plus de 70 ans vivant à domicile, 10 % des enfants hospitalisés, 30 % des personnes hospitalisées et 40 % des malades atteints de cancer. La dénutrition peut donc toucher n’importe quelle tranche d’âge.

1. Définition officielle de la dénutrition

Selon la Haute Autorité de Santé, la définition à retenir de la dénutrition est : la dénutrition représente l’état d’un organisme en déséquilibre nutritionnel. Le déséquilibre nutritionnel est caractérisé par un bilan énergétique et/ou protéique négatif. Le terme de « sous-nutrition » est plus informatif, il est d’ailleurs de plus en plus utilisé dans les pays anglophones (undernutrition).

La dénutrition peut être liée à :

  • un déficit d’apport isolé ;
  • une augmentation des dépenses ou des pertes énergétiques et/ou protéiques;
  • l’association d’un déficit d’apport à une augmentation des dépenses ou des pertes énergétiques et/ou protéiques.

Ce déséquilibre entraîne des effets néfastes sur le corps, avec des changements mesurables des fonctions corporelles et/ou de la composition corporelle, associés à une aggravation du pronostic des maladies.

2. Dénutrition, quelle est la différence avec la malnutrition ?

La malnutrition désigne les carences, les excès ou les déséquilibres dans l’apport énergétique et/ou nutritionnel d’une personne. Ainsi, elle regroupe : la dénutrition, la malnutrition en micronutriments et donc les excès et les carences en vitamines et minéraux, mais aussi le surpoids et l’obésité.

3. Symptômes de la dénutrition

Pour déceler la dénutrition, la perte de poids est l’indicateur le plus sensible, qu’elle survienne chez une personne mince, de poids normal ou obèse. Les personnes souffrant d’obésité et de dénutrition présentent à la fois un excès de masse grasse et un déficit de masse musculaire. L’indice de masse corporelle (IMC) ne contribue au diagnostic de dénutrition que lorsqu’il est < 18,5 chez l’adulte et < 21 chez la personne âgée. Un IMC supérieur à ces seuils n’exclut pas la dénutrition. L’hypoalbuminémie est un marqueur pronostique puissant de la dénutrition.

– D’autres signes sont la fatigue, l’impossibilité de retenir la chaleur, la diarrhée, une perte d’appétit, de l’irritabilité et de l’apathie. Dans des cas très sévères, les personnes peuvent ne plus réagir (ce que l’on appelle stupeur). Les personnes se sentent faibles et incapables d’effectuer leurs activités normales. Chez les femmes, les menstruations deviennent irrégulières ou cessent. Si la dénutrition est grave, il peut y avoir une accumulation de liquide dans les bras, les jambes et l’abdomen.

La concentration de certains types de globules blancs diminue, un peu comme chez les personnes malades du SIDA.

4. Les conséquences sur le corps

  • La fonte musculaire est l’une des conséquences les plus préoccupantes. Celle-ci est difficilement mesurable précisément en pratique clinique, mais est très corrélée à la perte de poids totale.
  • Si la dénutrition est très avancée, les personnes peuvent souffrir de cachexie, une atrophie importante des muscles et des tissus adipeux. Elle découlerait d’une production excessive de substances appelées cytokines, qui sont produites par le système immunitaire en réponse à un trouble.
  • Le risque de complications médicales et chirurgicales augmente. Les infections nosocomiales sont trois fois plus fréquentes chez les malades sévèrement dénutris que chez les personnes qui ne souffrent pas de dénutrition.
  • Le délai de cicatrisation des plaies s’allonge, la récupération fonctionnelle est ralentie.
  • Il y a une augmentation de la durée de séjour à l’hôpital, des réadmissions non programmées et de la mortalité.
  • Par conséquent, le système immunitaire est affaibli, ce qui augmente le risque d’infections.
  • Si le déficit en calories est très prolongé, une insuffisance hépatique, cardiaque et/ou respiratoire peut se développer.

Il faut savoir que le jeûne total (aucune consommation d’aliments) est mortel en 8 à 12 semaines.

5. Comment la dénutrition est-elle diagnostiquée ?

La connaissance et le suivi de la pathologie qu’est la dénutrition requiert une connaissance dynamique des marqueurs qui la composent : l’âge, le poids, la taille des personnes, mais surtout un suivi de ces données dans le temps. C’est cette combinaison qui permettra d’identifier les signes précurseurs de la dénutrition. Car c’est au début de l’installation de la dénutrition, lors des premiers kilos perdus, qu’il est le plus facile d’agir et de faire cesse la perte de poids.

Pour diagnostiquer, les spécialistes poseront des questions sur l’alimentation et la perte de poids et pourront faire des analyses de sang. Une dénutrition grave qui dure depuis longtemps peut généralement être diagnostiquée d’après l’apparence physique de la personne et ses antécédents. Les réponses aux questions peuvent aider à confirmer le diagnostic et surtout à identifier la cause.

Lors de l’examen clinique, les médecins réalisent les actes suivants :

  • Mesure de la taille et du poids
  • Détermination de l’indice de masse corporelle
  • Estimation de la quantité de muscle et de graisse dans le milieu de la partie supérieure du bras en mesurant la circonférence de la partie supérieure du bras et l’épaisseur d’un pli de peau à l’arrière de la partie supérieure du bras gauche (pli tricipital)
  • Vérification d’autres symptômes pouvant indiquer une dénutrition (tels que des changements sur la peau et les cheveux, et une accumulation de liquide dans les membres ou l’abdomen)

Si la cause n’est pas évidente, le spécialiste peut procéder à d’autres examens :

  • Mesurer le taux d’albumine (qui diminue lorsque les personnes ne consomment pas suffisamment de protéines).
  • Des tests cutanés, afin de vérifier le niveau de fonctionnement du système immunitaire. Une substance contenant un antigène (qui déclenche normalement une réaction immunitaire) est injectée sous la peau. Le délai de réaction permet d’indiquer s’il y a un problème au niveau immunitaire.
  • Des analyses sanguines pour vérifier s’il n’y a pas une carence en vitamines ou en minéraux.
  • Si les médecins suspectent que la cause est un autre trouble, d’autres tests peuvent être effectués pour aider à identifier cette cause : analyses de selles ou d’urines, ou encore une radiographie du thorax…

La prise en charge nutritionnelle a pour objectif une augmentation des apports alimentaires protéino-énergétiques chez un malade qui a peu d’appétit. Cette prise en charge diététique et la prescription de compléments nutritionnels oraux ont montré leur efficacité pour améliorer les apports alimentaires et le poids, réduire les complications et limiter les hospitalisations, sans augmenter les coûts de santé.

Lorsque le diagnostic de dénutrition est établi, il est recommandé de déterminer son degré de sévérité : dénutrition modérée ou dénutrition sévère. On parle de dénutrition modérée lorsque la perte de poids est = 5 % en 1 mois ou = 10 % en 6 mois. La dénutrition est considérée sévère lorsque la perte de poids est = 10 % en 1 mois ou = 15 % en 6 mois.

6. Quelles sont les causes de la dénutrition ?

  • Une perte d’appétit, celle-ci peut avoir de nombreuses origines : un isolement social, une entrée en maison de retraite ou une hospitalisation, une alimentation insuffisante due à des difficultés financières ou à des difficultés de mobilité ou un handicap, un régime alimentaire restrictif, soit volontaire (régime amaigrissant) ou imposé (régime sans sel, sans résidu…), des troubles psychologiques ou cognitifs conduisant à réduire son alimentation (anorexie mentale, addiction à des substances non médicamenteuses, dépression, maladie d’Alzheimer, des douleurs prolongées, une maladie chronique (cirrhose, cancers, BPCO, insuffisance rénale, mucoviscidose par ex) ou à un alcoolisme.
  • Des activités physiques d’endurance non compensées
  • Une maladie infectieuse (tuberculose, VIH .. ), une hyperthyroïdie, des brûlures ou plaies étendues qui augmentent les besoins en énergie du corps.
  • Des troubles digestifs chroniques : nausées, douleurs abdominales, constipation sévère, dyspepsie ou mauvaise digestion, diarrhée et vomissements prolongés, malabsorption intestinale de la maladie cœliaque, de la maladie de Crohn ; des douleurs de la bouche : gingivite, mycose de la bouche, manque de dents, appareil dentaire inadapté, sécheresse de la bouche ; ou des difficultés à avaler. Ce sont des affections très souvent à l’origine de la dénutrition.
  • Un traitement médicamenteux.

7. Comment soigne-t-on la dénutrition ?

La prise en charge nutritionnelle est adaptée en fonction de la gravité de la dénutrition. Il faut faire attention car si la personne est trop rapidement nourrie après une dénutrition grave, il peut en résulter des complications comme la diarrhée et des déséquilibres de l’eau corporelle, du glucose (un sucre) et d’autres nutriments.

  • Alimentation, généralement par la bouche
  • Traitement de la cause
  • Parfois, alimentation par sonde ou par voie intraveineuse
  • Pour les cas de dénutrition sévère, parfois médicaments pour stimuler leur appétit, tels que le dronabinol ou le mégestrol, ou pour augmenter leur masse musculaire, tels que l’hormone de croissance ou un stéroïde anabolisant (par exemple, la nandrolone ou la testostérone).

Pour les personnes âgées en dénutrition souffrant d’une perte d’appétit, il est important de refaire du repas un moment convivial, de partage.

Sources :

La Haute Autorité de Santé

Assurance Maladie

Le manuel MSD

Ministère des solidarités, de l’autonomie et des personnes handicapées

Le collectif de lutte contre la dénutrition

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