Féminicide de Mérignac : des policiers seront sanctionnés pour une succession de fautes

En mai 2021, Chahinez B a été brûlée vive par son mari en pleine rue, à Mérignac (Gironde). Une affaire retentissante qui a mis en lumière les défaillances et dysfonctionnements dans le suivi de ce mari récidiviste, alors que la victime avait porté plainte contre lui en mars. 

Cinq mois après, un conseil de discipline va être convoqué par le directeur général de la Police nationale, révèle France Inter ce lundi 27 septembre. Des sanctions sont prévues, allant du blâme pour « manquements professionnels », à des convocations devant un conseil de discipline, qui jugera de sanctions plus fortes. Un commissaire, deux commandants et un brigadier sont concernés.

Selon nos confrères, l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) a également rendu un nouveau rapport il y a quelques jours. Ce dernier confirme qu’il y aurait bien eu « une succession de fautes professionnelles et des erreurs d’appréciation » contribuant à ne pas empêcher le mari de passer à l’acte. 

Un premier rapport de l’Inspection générale de l’administration (IGA) avait révélé en juin dernier une « suite de défaillances » dans la chaine policière et judiciaire, rappelle la radio publique.

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Une procédure bâclée

Comme le rappelle Le Point, l’homme âgé de 44 ans avait déjà été incarcéré pour violences conjugales et était sorti de prison en décembre 2020. Sauf que Chahinez B., 31 ans, n’a pas été mise au courant de cette libération.

Nouvelle défaillance en mars 2021, lorsqu’elle décide de porter plainte pour une nouvelle agression de son ex-conjoint. Elle avait été frappée, séquestrée et victime d’une tentative d’étranglement. 

Une plainte qui aurait dû alerter davantage le service de police, pour éviter le féminicide quelques semaines plus tard. Dans le rapport rendu public de juin dernier, l’agent en charge de la plainte aurait bâclé la procédure. France Inter explique qu’il n’a « pas suffisamment complété la première fiche de signalement pour ‘violences faites aux femmes’ et a fait remplir la seconde à la plaignante alors qu’il aurait dû le faire lui-même. »

Mais ce n’est pas tout. Alors qu’il transmet par mail les deux documents au parquet du tribunal judiciaire de Bordeaux, il n’y joint pas la plainte. La greffière le contacte par mail pour lui notifier que les documents transmis sont illisibles, ce à quoi le policier ne donnera jamais suite. Selon ses explications, il a nettoyé sa messagerie sans repérer le mail. Arrivé au tribunal, le dossier n’est plus considéré comme prioritaire, notamment à cause du délai.

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Défaillances dans la traque du mari violent 

Le rapport dévoile aussi des défaillances dans le suivi et la traque de l’ex-conjoint de Chahinez B. Le groupe d’enquêteurs compétents est mobilisé sur une autre affaire. L’autre groupe d’enquêteurs n’a quant à lui pas les compétences requises, et souffre d’un manque d’effectifs à cause du Covid-19. 

Ainsi, aucun fonctionnaire n’est en mesure de travailler sur la géolocalisation de la voiture du conjoint visé par la plainte. Selon un commissaire girondin cité par France Inter : « Il est incompréhensible qu’aucun cadre n’ait saisi l’unité départementale de protection de la famille capable de mener une vraie chasse au mari violent, déjà condamné à plusieurs mois de prison ferme ». 

Une absence de communication entre la police et l’administration pénitentiaire va aussi permettre au futur meurtrier de passer entre les mailles du filet. Alors qu’il est recherché par la police pour de nouveaux faits de violences conjugales, il n’a toujours pas été localisé.

Pourtant, l’homme va se présenter deux fois au service pénitencier (SPIP), pour ses rendez-vous obligatoires, le 26 mars et 14 avril, quelques jours seulement après la plainte de Chahinez pour séquestration et agression. La police ne sera jamais mise au courant de ces rendez-vous. 

Le 4 mai, il se rend chez son ex-compagne, après avoir manqué un contrôle judiciaire ordonné trois jours plus tôt après deux plaintes contre lui pour harcèlement et violences psychologiques. Ce jour-là, il assassine Chahinez B., 31 ans, mère de 3 enfants. 

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