Georges Méliès à la Cinémathèque française : le magicien du cinéma célébré dans une magnifique exposition

800 m2 de féerie. Aménagée sur deux étages, la grande exposition La Magie du Cinéma, à la Cinémathèque française (jusqu’au 31 décembre 2025) offre un périple inédit dans l’univers fantasmagorique de Georges Méliès, de Montreuil jusqu’à Hollywood. À travers 300 objets, l’exposition retrace l’histoire du cinéma en compagnie de l’un des plus grands génies du 7e art.

Une collection rare

Projetés sur les murs, des films de Georges Méliès et des Frères Lumières. Dans les vitrines : lanternes magiques, objets de prestidigitation, caméras, dessins, affiches, photographies, maquettes ou encore costumes… Une précieuse collection de pièces pré-cinématographiques et cinématographiques ayant appartenues, entre autres, à Henri Langlois, fondateur de la Cinémathèque française.

Dès 1936, date de création de la Cinémathèque, l’archiviste a l’idée de collectionner des pièces en lien avec Georges Méliès, un peu tombé dans l’oubli depuis l’arrivée du cinéma parlant (1927). Henri Langlois, grand admirateur du cinéaste, a conscience que l’homme marquera à jamais l’histoire du 7e art. Il se livre à une véritable chasse aux trésors perdus. Au moment du passage au parlant, salles de cinéma, studios, mais aussi laboratoires de cinéma veulent se séparer du cinéma muet. C’est un moment où beaucoup de gens disent ‘on va se débarrasser de ces films’. Et au même moment, Henri Langlois se dit : `’Eh bien moi, je vais les récupérer‘” relate Gabrielle Sébire, commissaire d’exposition.

L’exposition est aussi composée de pièces rares ayant appartenues à Madeleine Malthête-Méliès, petite fille du cinéaste qui a cédé en 2004 toute sa collection à la Cinémathèque. “À la mort de Georges Méliès, elle s’est occupée des affaires de son grand-père. Toute sa vie, elle a beaucoup œuvré pour que ses films continuent d’être reconnus” poursuit la commissaire d’exposition.

Caméra bricolée

“Entre ses mains, la caméra ne cherche pas à enregistrer le réel, elle donne naissance à un univers où l’imaginaire et le merveilleux règnent en maître” disait Louis Lumière. Pourtant à l’époque, son père, Antoine Lumière, avait refusé de vendre son cinématographe à Georges Méliès. Nous sommes le 28 décembre 1895, ce jour-là Georges Méliès est invité au Grand Café Capucines où Antoine Lumière père est venu présenter la nouvelle machine inventée par ses fils Louis et Auguste (et l’ingénieur Jules Carpentier) pour projeter ses productions. Des films profondément inscrits dans le réel, comme L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat que l’on peut visionner sur l’un des murs de la Cinémathèque. En découvrant ces images Méliès s’enthousiasme : “Nous restâmes tous bouche bée, frappés de stupeur”.


Mais l’homme d’affaires refuse de lui vendre son appareil : 
“cet appareil ne peut avoir qu’un succès de curiosité momentanée ; cela durera six mois, un an peut-être. En voulant l’employer pour un but d’amusement, vous y perdrez votre fortune” argument-il. Georges Méliès persiste à vouloir introduire de la magie au cinéma en bricolant sa propre caméra. Il achète à Londres un projecteur Theatrograph à Robert William Paul qu’il transforme en une caméra à doubles objectifs, que l’on peut admirer dans l’une des salles.  

Un rêve de magie

Génie du trucage, Méliès est considéré comme l’inventeur des premiers effets spéciaux. Pourtant, rien ne prédestinait ce fils de fabricant de chaussures à un tel destin. Alors qu’il rêve des beaux-arts il entretient les machines de la fabrique familiale. De cet apprentissage il gardera de solides connaissances en mécaniques qu’il lui permettront plus tard de réaliser des prouesses techniques sur scène et au cinéma.


Après la mort de son père, 
il rachète le célèbre théâtre Robert-Houdin pour y présenter des spectacles d’illusion.
 Sur scène, Georges Méliès use de techniques et d’objets tous plus ingénieux les uns que les autres pour tromper son public. Comme la “table du milieu” que l’on peut admirer dans l’exposition, utilisée pour les tours d’escamotage.

Dépasser la réalité

“Méliès est à l’origine de tout le cinéma qui n’est pas un cinéma totalement en prise avec la réalité. Il invente le film de fiction, de féerie, historique ou encore publicitaire. Il invente le cinéma avec des décors dans lequel jouent des acteurs. Alors que les frères Lumière se placent plutôt du côté du film documentaire, ancré dans le réel” explique la commissaire.

Le cinéaste s’essaye à tous les genres, mais le public de l’époque préfère “les grandes féeries” et les “scènes à trucs” qui s’appuient sur d’ingénieuses techniques de trucages : effets de couleurs, fondus enchaînés, arrêts multiples de caméra, utilisation de maquettes… Des effets qu’il crée ou qu’il subit. En 1896 un accident de caméra fait naître “le truc de substitution par arrêt de l’appareil “. Une anecdote racontée par lui-même dans le parcours de l’exposition. Emotion garantie.

Autre production qui plonge le visiteur dans un univers mirifique : Escamotage d’une dame chez Robert-Houdin 1896, qui n’est autre que le premier film “truqué” du cinéaste, et aussi l’un des plus symboliques. Pour remplacer le traditionnel “escamotage” utilisé sur scène par les illusionnistes pour faire disparaître un objet ou une personne, Méliès utilise la technique du trucage par arrêt de caméra. Le plan de coupe est quasi-indétectable, le résultat épatant. “Mais, comment faisait-il ça ?” interroge un visiteur bluffé.

Père de la science-fiction

Georges Méliès est un explorateur des mondes inconnus, au-delà de la lune. Il adorait faire des films sur les mondes lointains, orientaux, ou plonger profondément sous la mer grâce à des sous-marins” rappelle Gabrielle Sébire. Des périples que l’on peut suivre dans Le Voyage de Gulliver à Lilliput et chez les géants (1902), Vingt mille lieues sous les mers (1907) ou encore dans le blockbuster A la conquête du pôle (1911), mais qui fut un échec commercial.

Des films précurseurs qui sont à l’origine de toute une série de productions futuristes réalisées des années plus tard. Gabrielle Sébire insiste : “Beaucoup de cinéastes se revendiquent de Georges Méliès. C’est le cas de Martin Scorsese qui lui a rendu hommage dans Hugo Cabret, et dont l’un des automates est exposé à côté d’un dessin de Georges Méliès.

Un peu plus loin, les sublimes illustrations de Méliès côtoient le story-board original de la scène d’ouverture du premier Star Wars (1977) de Georges Lucas. Une présentation qui réussit à mêler les créations du père de la science-fiction aux innovations des réalisateurs d’aujourd’hui dont beaucoup se revendiquent ouvertement de lui. Pionnier du cinéma, inventeur des effets spéciaux et des films de reconstitution historiques, l’héritage de Georges Méliès est immense. La Cinémathèque nous en offre un magnifique panorama. 

Musée Méliès, exposition La Magie du Cinéma, jusqu’au 31 décembre 2025, à La Cinémathèque française, 51 Rue de Bercy, 75012 Paris.

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