Hymne à la neige : l'édito d'Eric Meyer

Pour la sortie de notre numéro de mars, Eric Meyer, rédacteur en chef de GEO, livre une ode aux flocons.

J’y pense à chaque fois que les soleils timides du printemps effacent la neige de nos paysages. La neige… Nombreux sont ceux qui n’y voient qu’un grand drap blanc, aplanissant les reliefs, effaçant les couleurs, enveloppant les décors dans une estampe glacée, lorsque les nuits d’hiver mangent les jours. Tous les arbres prennent la teinte des bouleaux, noire et blanche, et rien d’autre. La lune même, pleine ou maigre, attrape froid, et chacun se dépêche de rentrer chez soi. La neige est un écho du néant. La parfaite compagne du confinement.

Erreur… Une amie finlandaise m’a dit un jour que la neige était pour elle le miroir des étoiles. Une manière de m’inviter à poser mon regard sur le rien. Elle avait raison. Claude Monet a peint plus d’une centaine de tableaux enneigés, d’où s’échappent autant de nuances de couleurs. Sur certains, comme la Pie, l’ombre du blanc est bleue. Katsushika Hokusai aussi a peint un mont Fuji enneigé, en bleu. Vassily Kandinsky, lui, est allé jusqu’à représenter un Paysage d’hiver dans un arlequin de jaune, rouge, vert, de noir même.

Celui qui a la sagesse de regarder la neige comme ces artistes pourra y voir, derrière l’apparente monotonie du blanc, l’enchantement de l’inédit. Chaque flocon, à nul autre pareil. La veine brillante d’une trace gelée. Les voiles roses et frêles dans les matins avides de soleil. La révérence des pins ployant sous la poudreuse parfois trop pesante. Les forêts qui dansent dans des théâtres d’ombres et de brume. La plaine ouverte vers des songes glaçants. L’appel scintillant de la liberté. Le reflet d’un monde doux et pacifique comme dans les œuvres des maîtres japonais, qui furent les meilleurs pour dessiner les flocons qui volent, tombent, absorbent, endorment. Avec la neige, l’humeur du ciel devient le reflet de l’âme.

Observer l’au-delà du décor, ou l’en dedans. Regarder différemment l’habituel. Voilà qui, après tout, peut aussi se pratiquer au grand large, au bord d’une plage ou dans une ville. Voire lors d’un simple trajet en tramway, comme nous en fait prendre conscience l’écrivain Fernando Pessoa qui, derrière “la beauté sinueuse d’un fil de soie vert” roulant la robe d’une passagère, voit se déployer “les amours, les petits secrets, l’âme de tous ceux qui ont travaillé à sa confection”. Voilà révélée, sous l’apparente insignifiance des choses, l’infinie richesse de la contemplation. Celle-ci nous dit que l’étonnement, voire l’éblouissement, ne surgit pas forcément de la recherche effrénée de la nouveauté ou du jamais-vu, mais du regard approfondi et insistant que l’on porte sur le banal.

➤ Les faïences polychromes qui enchantent les façades, les fabuleux paysages le long du Douro, mais aussi Lisbonne, capitale belle et inspirée… Dans notre numéro de mars, plongez dans l’immense héritage d’une nation qui a fait l’histoire. Au sommaire également : une virée sur la route 66, une échappée en Macédoine du Nord et un grand reportage sur l’Indus, fleuve sacré et vénéneux du Pakistan. A découvrir en kiosque, en version numérique – et en réalité augmentée ! – à partir du 24 février.

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