"J’ai fait adopter ma fille par un couple d’amis"

« Jeune couple, Pierre et moi avions emménagé dans un village en Lorraine quand de nouveaux venus, Marie et Philippe, se sont installés près de chez nous. Tous deux cadres dans une entreprise proche, nos hommes se sont vite liés. Quand mon mari rentrait le soir, il me rapportait les confidences de son collègue : leur couple était dans un parcours de FIV., parce qu’ils avaient du mal à avoir un enfant.

Adopter ? Marie et Philippe ne se sentaient pas prêts. Il n’y a quasiment aucun bébé à adopter en France et des délais d’environ cinq ans pour l’adoption à l’étranger. Chaque fois que je croisais Marie, j’avais le cœur serré par la tristesse tenace sur son visage. Elle me touchait car nous étions dans la même galère. Mais contrairement à Marie, je ne pensais pas à la FIV. J’étais fataliste et je pensais que la vie peut être belle, même sans enfant de sa chair – d’ailleurs j’avais une petite-nièce que je choyais. Peu à peu, nous nous sommes rapprochées.

Marie avait perdu sa mère très jeune, n’avait pas fait d’études et avait quasiment élevé ses deux frères. Je me disais : c’est la sacrifiée de la famille, même avoir un enfant lui est refusé. Elle ne travaillait pas, et en l’écoutant, une idée a germé, que j’ai soufflée à mon mari : “Si nous réussissons un jour à avoir un enfant, comme il faudra bien le faire garder quand je retournerai à la banque, j’aimerais que Marie soit la nounou.”

Cette confiance spontanée, c’était quelque chose d’inexplicable, d’intuitif. Avec des romans comme Chanson douce*, l’histoire d’une nounou psychopathe, les parents sont peut-être moins confiants aujourd’hui ! Et puis miracle, je suis tombée enceinte. Naturellement, nous nous sommes invités chez nos voisins pour leur annoncer la nouvelle. Je n’éprouvais aucune gêne ou culpabilité, nous n’étions pas en compétition. Au contraire, je ressentais une joie profonde : j’allais redonner le sourire à Marie.

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