« Je finirai mon Exode en exil », Keny Arkana revient « Avant l’Exode »

  • Keny Arkana sort ce vendredi un nouvel album Avant l’Exode.
  • Elle annonce également quitter la France à cause de « la dictature sanitaire ».

Un hymne à sa ville, Marseille et à son quartier, le centre-ville, avant de mettre les voiles. La
rappeuse​ Keny Arkana a reçu 20 Minutes dans les locaux de la Rabia, un lieu symbolique juste à côté de la place du 5 novembre, à Noailles, où deux immeubles se sont effondrés en 2018. Elle sort un nouvel
album, Avant l’Exode, qui sort ce vendredi.

Explique-nous où sommes-nous ?

Avant dans ce local il y avait un centre social, c’est ici que je faisais mes premières répétitions en solo. C’est aussi ici que j’ai lancé les premières assemblées de la rage du peuple. C’était symbolique qu’on récupère ce bout de local. A la base c’est surtout pour relancer la Rabia en vêtements, et le CD que je sors par mes propres moyens et pas par maison de disques. Le projet sort en streaming chez Believe, mais en version physique j’ai voulu le faire en direct avec les gens.

Pourquoi ?

Pour plein de raison, déjà je trouve que c’est plus sain, si c’est possible de développer un truc en direct avec les gens. En plus je suis très censurée et boycottée par les algorithmes et tout ça, donc c’est important. Plus je peux me passer de toute la babylonerie et mieux c’est parce que de toute façon ils me freinent et ils m’éteignent. Je vois bien que les murs se resserrent.

C’est la raison pour laquelle tu n’as pas ressorti un album plus tôt ?

Je me suis équipé maintenant je fais tout chez moi. Depuis trois ans je n’ai jamais autant produit de morceaux. Mais je crois que j’étais bien dans cette posture pour créer, en faisant ma petite vie d’anonyme dehors dans ma ville tranquille. La notoriété ce n’est pas quelque chose que j’ai bien vécu à l’époque. Le temps passe vite, et quand monsieur Jul m’a appelé l’année dernière pour son projet et que j’ai vu les retours des gens, je me suis rendu compte que j’avais arrêté depuis trop longtemps. Comme mon album Exode n’est pas fini, je me suis dit je vais faire une sélecta et proposer des morceaux. J’avais besoin de kicker. Et être dans la cohérence. Le dernier album il s’appelle Exode, mais ça fait 2 ans que je suis confinée dans mon quartier… C’était bien de faire Avant l’Exode et rendre un hommage aux gens de chez moi, à mon quartier, le centre-ville. J’essaye de mettre un coup de lumière sur la poésie de mon quartier et de ses habitants.

Un hymne à ton quartier…

Un retour aux sources avant le grand départ…

Ça signifie quoi ? Tu vas partir ?

A la base l’Exode, c’était le côté voyage, au-delà des barrières, des frontières. J’ai commencé l’Exode en 2014/2015 quand je suis resté un an au Mexique. Après j’ai mis en stand-by, et je suis vraiment revenu dessus quand j’ai commencé à m’équiper chez moi. Donc à la base c’est un titre, mais aujourd’hui, ce n’était pas prévu, mais je quitte la France. Je vais finir mon exode en exil. Définitivement, je pense.

Comment tu es passée du titre d’un album à une décision de vie ?

A cause de la dictature sanitaire. Moi je fais partie de ces gens qui ne se vaccineront pas, je n’ai pas envie de subir l’oppression qu’on va se prendre. S’il y avait eu une résistance je serai restée, quand je vois que la majorité des gens, même les militants d’hier, acceptent tout, je me dis que c’est moi qui ne suis pas à ma place. Oui et je suis trop déçue des gens. Et je ne supporte pas Macron et Véran, mais je les hais à un point. Je ne veux plus participer à ce pays.

Tu avais imaginé partir un jour ?

Ouais j’avais toujours dit que le jour où j’arrête la musique je retourne en Amérique latine, mais là ce n’était pas prévu. Ça ne m’arrange pas, j’ai trop de trucs en cours, j’ai plein de projets en cours, et en même temps je ne me vois pas subir ce qu’on va subir à la rentrée.

Tu arrêtes aussi la musique ?

Après l’Exode on verra. J’aimerais bien retourner à autre chose, loin de la modernité donc loin de la musique. Moi quand je passe des mois avec des Zapatistes, je suis dans la jungle je suis bien. Ce qui m’a toujours retenu dans babylone c’est la musique. En même temps c’est un besoin vital de faire des chansons, peut-être que je continuerai à en faire un peu. Ne plus être esclave de l’inspiration. Elle te cogne à n’importe quel moment. Je peux passer trois semaines sans sortir, sans répondre au téléphone, sans manger pendant trois jours et je peux me réveiller en pleine nuit, au bout d’un moment ça me fatigue.

Tu as toujours été énervée, mais qu’est ce qui t’énerve le plus aujourd’hui ?

La propagande, ouais la propagande. Le fait que les gens ne sont pas informés, ne s’informent pas. Je n’arrive pas à entendre “ouais mais on n’a pas le choix si on veut voyager”. Ça, je ne comprends pas, et en plus c’est faux. Tu peux voyager. Il n’y a pas de place pour l’esprit critique, pour la contradiction, pour des questions. L’intelligence ce n’est pas de condamner, c’est déjà d’écouter, et si c’est illogique de le dire. C’est ça, le débat, mais il n’y a plus la place pour ça. On peut débattre, échanger, se tromper, et changer d’avis, c’est ça la démocratie. Là, on est dans la propagande. Moi je sais que je suis beaucoup censurée à cause de ça, de ma prise de position.

Comment tu analyses la répression aujourd’hui ?

Dans les années 90, il y avait beaucoup de bavures policières mais c’était dans les quartiers, chez les fils d’immigrés. Quand ca parlait de bavures ou de violences policières ca dénigrait un peu en mode “oui, oh ca va”. Pour moi, le déclencheur ca a été les ZAD, enfin hors quartier. Un mec peut être violent et en uniforme, et c’est toujours classé sans suite c’est juste impressionnant. Comme la répression pendant le mouvement des gilets jaunes, beaucoup d’amputés, d’éborgnés, beaucoup de blessés graves.

Comment tu vois les évolutions de Marseille ?

Pour l’instant sur la nouvelle municipalité, il n’y a rien qui a changé et il ne faut pas oublier que la métropole a plus de pouvoir que la ville. Et la métropole c’est toujours l’équipe à Gaudin, c’est Vassal. Pour moi il n’y a pas de changement pour les délogés, etc. Après, j’entends que tout ne peut pas se changer en un coup de baguette magique mais bon.

Est-ce qui toutes les initiatives citoyennes qui ont émergé à la suite du 5 novembre ou lors du confinement, ne te donnent pas encore de l’espoir ?

Oui, à la base oui, durant les dernières années, les mouvements sociaux qu’il y a eus à Marseille sont magnifiques. Que ce soit l’Après M, les collectes de citoyens après le 5 novembre, les maraudes des MTP. Un projet comme l’Après M et ce que fait Kamel c’est incroyable. Les gens sont là parce que la mairie ne faisait pas grand-chose et ces mouvements ont aidé les leurs. C’est aussi grâce à tous ces mouvements qu’il y a eu le Printemps marseillais et que Marseille a voté non pas pour Rubirola, mais pour marquer ce changement.

Mais les gens dont on parle, pour eux il n’y a même pas de dictature sanitaire. Pour moi aujourd’hui le vrai danger c’est le transhumanisme. Pour moi, les luttes d’avant, ce sont des luttes passées. Aujourd’hui on en est à l’humanité humaine, le transhumanisme c’est l’ingénierie génétique pour transformer l’humain en objet connecté. Quand la réalité dépasse la science-fiction. C’est ça le XXIe siècle. Et pour moi la lutte du XXIe siècle est là, l’enfant de la terre. Les militants sont à des années-lumière de creuser ce truc-là. Il n’y a plus la droite et la gauche, il y a le transhumanisme. Quand j’entends un Elon Musk dire “oui on va s’implanter un truc dans le cerveau pour écouter de la musique, mais le danger c’est quand même de pouvoir se le faire pirater”, moi je suis très bien avec mes oreilles. C’est flippant.

Comment tu imagines ton exode ?

Mon exode c’est mon album et mon exil c’est… Je vais finir mon exode en exil finalement. C’est le sentiment là que j’ai, de m’exiler. Je déménage le studio là-bas, je vais le finir là-bas. Au final, ça a du sens, quand j’ai commencé mon Avant l’Exode et mon come-back sur Marseille, j’avais pas encore décidé de bouger de France. Aujourd’hui ça prend tout son sens, je suis contente d’avoir fait quelques clips dans mon quartier, avec les gens de mon environnement que je ne verrais peut-être pas pendant des années.

Est-ce que tu vas avoir le temps de partager avec les gens de Marseille avant de partir ?

Comme j’ai dit à France Inter, je boycotte les concerts en France tant qu’il y a le pass sanitaire, toute cette ségrégation, c’est hors de question. Je ne me suis pas renseignée sur les autres pays européens, comment ça se passe ? Ou un truc sauvage, un concert sur la Plaine, on verra si ça me prend. Je pars entre le 10 et le 15 septembre pour le Mexique, ça y est j’ai mon visa résident. Je pars toute seule, mon exil c’est toute seule.

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