La Covid-19 peut-elle réactiver des maladies en sommeil ?

Le phénomène de résurgence viral est bien connu pour le virus de l’herpès labial. Une fois contracté, ce virus est impossible à éradiquer. Il reste à vie dans notre corps, blotti dans des ganglions du cou sans se manifester parfois durant plusieurs années. Il suffit d’une baisse des défenses immunitaires pour qu’il se réactive, après un stress, une grosse fatigue ou une bronchite par exemple, d’où l’apparition intermittente de bouquets de vésicules douloureuses et disgracieuses au bord des lèvres.

La Covid-19 possède ce même pouvoir : en déréglant le système immunitaire, elle peut elle aussi réveiller de nombreux virus latents, parfois très agressifs, “ce qui pourrait expliquer certaines formes longues de Covid et de syndromes de fatigue chronique consécutifs à l’infection”, remarque le Dr William Berrebi, médecin interniste auteur du podcast Merci Docteur !

Epstein-Barr, mononucléose, zona… Quels virus pourraient être réactivés par la Covid ?

Tous les virus de la famille de l’herpès (virus herpétiques) fonctionnent de cette manière : herpès simplex 1 et 2 responsables de l’herpès labial ou génital, virus de la varicelle et du zona, cytomégalovirus et virus Epstein-Barr, à l’origine de la mononucléose infectieuse (la maladie dite du baiser). Indélogeables, ils se camouflent dans l’organisme et restent silencieux jusqu’à ce que le système immunitaire soit suffisamment en berne pour ne plus pouvoir les contenir.

La Covid-19 leur fournit à tous une occasion en or car, à force d’emballer le système immunitaire, ce dernier s’épuise. Résultat : “chez les cas sévères, on observe une lymphopénie, c’est-à-dire une diminution notable du nombre de lymphocyte T, des cellules qui jouent un rôle majeur dans le système immunitaire, explique le Dr Berrebi. Leur raréfaction est la porte ouverte à une réactivation virale.”

Des preuves tangibles dès la première vague

Une étude chinoise de l’université de Dongguan, publiée en août 2020 dans le British Journal of Dermatology, a démontré une résurgence de virus de l’herpès et de la varicelle chez des patients en détresse respiratoire. La réactivation de ces virus avait généré des lésions visibles au sein de différents organes, dont les poumons. En Corée du Sud, des médecins ont identifié quant à eux plusieurs cas de réveil de virus Epstein-Barr chez des malades immunodéprimés suite à une infection Covid-19. L’agressivité simultanée des deux virus a rendu leur traitement encore plus long et difficile.

Au CHU de Rennes, le service des maladies infectieuses et réanimation médicale a diagnostiqué chez plusieurs patients placés sous assistance respiratoire depuis plus de 7 jours une réactivation des virus de l’herpès et de cytomégalovirus. Ces derniers ne provoquent souvent aucun symptôme lors de leur première intrusion. Mais s’ils se réactivent après un long sommeil, ils peuvent générer des pneumonies, des encéphalites, ainsi que des ulcérations de la bouche, de l’œsophage ou du côlon. D’où une augmentation de la durée du séjour en réanimation.

Des cas de réactivation virale ont aussi été repérés en ville, chez des malades touchés par la Covid mais n’ayant pas nécessités d’hospitalisation. Un risque supplémentaire de développer un Covid long ou un syndrome de fatigue chronique, dont l’origine reste encore souvent inexpliquée.

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