La scène selon Woodkid : "Un grand moment de partage, de joie et de bonheur"

Il est une belle excuse pour pouvoir monter sur scène. C’est votre cour de récréation ?

J’ai encore du mal à me dire que c’est mon boulot, parce que c’est tellement plaisant et tellement extraordinaire de pouvoir faire ça que j’arrive à le prendre à la légère. Ça ne veut pas dire que je ne travaille pas très dur, mais ça reste un grand moment de partage, de joie et de bonheur. Ça revient comme la bicyclette ! Je n’ai pas été sur scène quelque temps, et les premiers concerts se sont avérés être comme avant, comme s’il n’y avait pas eu de pause.

Cette pandémie vous a permis de faire une pause et de travailler sur cet album. Pour vous, la vie va trop vite ?

La vie va toujours trop vite pour moi. Je trouve que le monde est beaucoup trop furieux Je vais être très honnête, je suis pas très à l’aise avec mon époque, en tous cas, pas tout le temps. Rester dans son époque, cela demande un travail fou, d’attentions, de remises en question constante. Et parfois, il n’est pas toujours question de se remettre en question constamment.

À l’image de Daft Punk ou Air, vous avez réussi à conquérir le monde en imposant un style visuel et musical. Né Yoann Lemoine, devenu Woodkid. Je n’ai pas trouvé pourquoi.

Moi non plus. Je n’ai pas trouvé. J’ai cherché des explications a posteriori. La réalité, c’est que je crois que c’est un nom de l’époque de MySpace quand j’ai commencé à gratouiller sur une guitare. Je trouvais ça cool. C’est comme un tatouage de jeunesse qui me suit. Je trouve ça naze, je le changerais si je pouvais.

Votre père publicitaire vous offre votre premier Mac. C’est là que vous commencez à fabriquer des images, à vraiment découvrir ce monde virtuel ?

J’ai toujours été attiré par les images. Je me rappelle quand j’étais très jeune qu’en jouant aux Lego, j’avais déjà un point de vue sur la manière dont il fallait les assembler, sur la couleur, sur la symétrie, etc. Ça a causé quelques problèmes avec mon frère, quand on y jouait. Les images sont venues et les images digitales très vite.

L’ordinateur est mon instrument. Quand on me demande si je suis instrumentiste, je dis que je fais de l’ordinateur.

à franceinfo

Vous avez toujours donné, notamment à des causes très importantes comme le sida. C’est important de pouvoir mêler l’art et une prise de position pour faire avancer les choses ?

Pourtant, le public ne manque pas de nous dire de rester à notre place. C’est étonnant toujours cette idée de nous demander de rester à notre place parce que qu’est-ce que c’est que notre place si ce n’est pas celle-là ? C’est important pour moi, ce sujet en particulier, mais beaucoup d’autres : les causes LGBTQIA+, etc. Ça fait partie de mon fond de pensée.

En 2011, il y a un tournant avec la chanson Iron.

Elle raconte ma colère à cette époque, d’avoir l’impression d’être un cavalier seul, de travailler très dur. J’étais un peu en galère. Je venais de déménager de Vitry. J’avais été dans le sud du 13e et je n’arrivais pas trop à payer mon loyer. Ce sont des moments dont je parle peu d’ailleurs, parce que je trouve que c’est presque indécent aujourd’hui, étant donné que je suis très privilégié maintenant. Mais c’est quand même un moment où j’ai eu la chance de rencontrer le bon producteur qui m’a fait confiance. Il y a eu un alignement de planètes qui est un peu hors de mon contrôle. Donc oui, il y a du travail, mais c’est beaucoup de chance.

Quand vous avez chanté avec Lana Del Rey, on a senti que ce moment était suspendu.

Ma relation avec Lana Del Rey est très particulière parce qu’on a démarré au même moment. Il lui fallait de l’image et moi, il me fallait une compagne. Il me fallait quelqu’un pour m’accompagner dans ma vie. Il fallait quelqu’un qui soit une muse. On a eu cette relation très ambiguë pendant longtemps parce qu’on s’est inventés, créés un peu en même temps. 

Heureux, aujourd’hui ?

Oui. Très heureux. Très heureux aussi de voir le monde se rouvrir un petit peu même si à plein de niveaux, il se referme. De voir les gens heureux dans les salles. Je suis assez ému quand j’en parle parce que moi, j’ai failli abandonner un moment. Pas abandonner dans le sens “bon, allez, ça suffit, je jette l’éponge”, mais dans le sens, de me dire peut-être que tout ça a un sens et qu’en fait, il faut que j’aille ailleurs. Peut-être que d’être dans l’ombre, c’était bien. Et puis finalement, les choses se réalisent et c’est d’autant plus émouvant pour moi.  

Woodkid sera en concert à Annemasse, le 7 octobre 2021, à Fiesta des Sud à Marseille le 8 et au Zénith de Nantes le 22. Il passera par Rennes, Lille, Strasbourg, Dijon, Bordeaux, Toulouse mais aussi par la Scène musicale à Boulogne les 2, 3 et 4 novembre.  

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