La vie au vert : quatre femmes nous racontent pourquoi elles ont quitté Paris pour la campagne

« Toi qui étais si parisienne, comment peux-tu te plaire à la campagne ? » Cette question, Beena Paradin Migotto l’entend souvent. « Beau coup d’ami·es pensaient que je ne franchirais jamais le pas, se souvient-elle. Quand nous avons acheté notre maison dans la Drôme, l’année dernière, elles et ils ont cru bon de nous avertir : ‘L’hiver là-bas, c’est d’un ennui mortel.’ Mais j’ai adoré respirer en pleine nature au moment du confinement. »

Comme elle et son mari, les Français·es sont de plus en plus nombreux·ses à choisir de quitter les grandes villes pour ralentir et se ressourcer au grand air. Selon un sondage Ifop(1), 92 % des personnes interrogées considèrent que les campagnes sont des territoires agréables à vivre, alors qu’elles n’étaient que 72 % en 2018.

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Meilleure qualité de vie et idéal de sobriété

La crise sanitaire a accentué ce regain d’intérêt, mais le phénomène est plus ancien. « Entre 1968 et 2014, la population des campagnes a augmenté de cinq millions de personnes », rappelle le journaliste économique Vincent Grimault dans La renaissance des campagnes. Enquête dans une France qui se réinvente.

Entre 1968 et 2014, la population des campagnes a augmenté de cinq millions de personnes.

Il distingue trois types de flux : les « décroissants », en quête d’un mode de vie alternatif, symbolisés par les pionniers partis élever des chèvres dans le Larzac ; les « périurbains », venus s’installer dans des campagnes proches des villes à partir des années 70 ; enfin, plus récemment, une nouvelle génération de « néoruraux », pour beaucoup cadres du tertiaire adeptes du télétravail, qui font le choix de s’établir dans des zones isolées sans renoncer à leur métier de citadin.

À l’instar des femmes que nous avons rencontrées, ces populations ont une motivation commune : la recherche d’une meilleure qualité de vie, souvent doublée d’un idéal de sobriété tourné vers des façons de travailler et consommer plus raisonnées.

Claire Desmares-Poirrier, entrepreneuse et écologiste engagée, croit si fort à ce courant qu’elle lui a consacré un essai, L’exode urbain. Manifeste pour une ruralité positive. « Il est temps d’engager un mouvement des villes vers les campagnes, de se réapproprier ces territoires, de leur donner de l’énergie, un avenir désirable, s’enthousiasme-t-elle. Le futur de nombre d’entre nous est là-bas ! »

Une logique de « bons plans »

Cécile Figuette en est également convaincue, raison pour laquelle elle et sa famille ont quitté Paris pour la forêt de Fontainebleau en 2016. En revanche, ses aspirations écologiques se sont vite heurtées au principe de réalité : « On pourrait penser que vivre à la campagne rapproche de la nature, mais on est tout le temps dans sa voiture », constate-t-elle avec amertume.

Adepte, à Paris, des transports publics, cette maman de deux fillettes s’est rapidement rendu compte que bus locaux et covoiturage avaient leurs limites.

Ce n’est pas Marie Varenne, fleuriste arlésienne produisant elle-même ses bouquets, qui la contredira. « La voiture, c’est le problème, admet celle-ci. Je ne peux rien faire sans. On adorerait investir dans un véhicule électrique, mais ça nous est inaccessible. »

Alice Roca, styliste et cuisinière en Normandie après avoir vécu dix-huit ans à Paris, rêve d’une voiture hybride mais roule dans un véhicule à essence, faute de moyens. « Ici, la voiture est statutaire, relève-t-elle. Il n’est pas rare de voir ceux qui ont le plus d’argent faire de fréquents allers-retours à Paris seuls dans leur SUV. »

1. Étude conduite en janvier 2021 pour l’association Familles rurales.

Alice Roca, 41 ans, styliste et cuisinière à Tillières-sur-Avre (Eure)

Beena Paradin Migotto, 47 ans, entrepreneure et auteure culinaire à Vaunaveys-la-Rochette (Drôme)

Cécile Figuette, 48 ans, éditrice des Papiers peints bien fait à Thomery (Seine-et-Marne)

Marie Varenne, 44 ans, fleuriste à Arles (Bouches-du-Rhône)

Les témoignages sont à retrouver dans le Marie Claire n°831, en kiosques le 9 novembre.

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