L'apéritif tous les soirs, un rituel apaisant mais risqué

Enfermement, stress, tensions, manque du lien social… En cette période si particulière, certains diront : «Heureusement qu’il reste l’apéro !» Seulement, attention à ne pas (trop) lever le coude sans complexe. Explications.

En reconfinement, il y a l’apéritif qui met un terme à une journée de télétravail sous tension, celui qui permet de souffler après avoir fait le G.O du Club Med tout l’après-midi le mercredi ou le week-end pour tromper l’ennui des enfants, ou encore celui qui rappelle un peu la vie d’avant, via Facetime ou House Party. Peu importe le rôle de la boisson, reste que durant cette période particulière, la question de l’apéritif semble se poser un peu plus qu’en temps normal pour certains. «Les gens ont tendance à boire plus régulièrement, confirme Mickaël Naassila, professeur de physiologie (1) et président de la Société française d’alcoologie, ça fait penser aux périodes de vacances.» En cause selon le spécialiste ? L’enfermement bien sûr, mais aussi la gestion des enfants qui génère du stress et le manque de lien social. Alors cet apéritif quotidien ou cette augmentation de sa consommation d’alcool posent-ils problème ?

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Les risques d’une consommation modérée

Attention à ne pas avaler de travers cette gorgée de bière : reconfinement ou pas, l’apéritif quotidien est déconseillé. «Un apéritif ponctuel n’est pas gênant, mais ce produit n’est pas anodin, insiste Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie et d’addictologie à l’Université Denis Diderot (1). Dès que la consommation se répète et que l’on institue une habitude, on doit rentrer dans une zone de vigilance, ne serait-ce que pour des raisons biologiques. En buvant chaque jour, on va avoir une habituation physiologique et comportementale, un remaniement des circuits de la récompense.»

Et pour cause. Qu’il soit quotidien ou qu’il se présente sur la table plusieurs fois dans la semaine, ce petit verre fait moins peur que le binge drinking mais présente pourtant des risques. «Énormément d’études montrent la toxicité d’une consommation modérée mais régulière, indique Mickael Naassila, professeur de physiologie et président de la Société française d’alcoologie. On sait qu’elle augmente le risque de développer certaines maladies, comme les cancers (du sein chez la femme), et le foie peut aussi être plus vulnérable. Les femmes sont d’ailleurs largement plus exposées que les hommes en termes de risque.»

Moins de vigilance chez soi

Cinq questions à se poser…

… pour savoir si l’apéritif relève de la maladie, selon le Pr Lejoyeux.

– Est-ce-que je recherche l’ivresse ?
– Est-ce-que je bois pour les effets psychotropes de la boisson ? (Me calmer le soir, me donner un coup de fouet…)
– Est-ce-que mon comportement est modifié lorsque je bois ?
– Est-ce-que la rencontre avec l’alcool est obligatoire ? Est-ce-que sans, je ressens un manque psychologique ?
– Est-ce-que le meilleur moment de ma journée est cet apéritif que je vais boire ?

Le problème posé par l’alcool version reconfinement est aussi la difficulté de contrôler sa consommation. Exit la dépense d’argent induite par un troisième ou un quatrième verre qui peut calmer les ardeurs de certains. Chez soi, vissé sur son canapé en plein “skype apéro”, on a généralement un «stock» d’alcool. «Nous n’avons pas conscience des unités et on fait moins attention. On va avoir tendance à ouvrir une bouteille, seul ou à deux, or cela fait trois unités et demi chacun et on est déjà au-dessus des repères. Sans compter que généralement, lorsque l’on ouvre une bouteille, on la finit», mentionne Mickael Naassila.

En maintenant ce rituel du soir, on s’expose aussi davantage à la dépendance : «Après le confinement, on peut avoir du mal à rompre avec l’habitude, commente Mickael Naassila, ou bien boire encore plus.» «Toutes les études montrent que des situations de stress comme celle que nous vivons, augmentent la prévalence des conduites addictives à la fin», complète le Pr Michel Lejoyeux.

Deux jours par semaine sans alcool

En reconfinement, la consigne reste donc la même : «Pas plus de deux verres par jour, 10 étalés sur toute la semaine, et se garder deux jours sans alcool dans la semaine», recommande Mickael Naassila. Le spécialiste conseille également de tenir un agenda de consommation, pour prendre conscience de sa consommation et pouvoir ainsi la contrôler.

De son côté, le Pr Michel Lejoyeux le souligne : «On peut tout à fait prendre l’apéritif tous les jours, mais on peut en revanche faire en sorte qu’il ne soit pas chaque jour à base de boissons alcoolisées.» Entre la quête de recette pour faire son pain maison ou cuisiner sans œufs, il est temps de faire jouer son imagination et de dénicher des recettes de cocktails… sans alcool.

(1) Michel Lejoyeux est aussi président d’honneur de la Société française d’alcoologie.

*Initialement publié le 10 avril 2020, cet article a fait l’objet d’une mise à jour.

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