L’ARN messager, une piste prometteuse pour guérir le cancer

  • Qu’est-ce que l’ARNm ?
  • Un espoir pour vaincre le cancer
  • Plusieurs essais cliniques déjà en cours
  • Des microARN contre les tumeurs cérébrales
  • Vers une médecine totalement personnalisée

L’idée d’injecter des ARN messagers (ARNm) pour contraindre nos cellules à fabriquer des protéines cibles, reconnues par notre système immunitaire, n’a pas attendu la Covid-19 et n’est donc pas totalement nouvelle.

Elle est étudiée depuis plusieurs décennies par de nombreux laboratoires en vue de développer des vaccins contre la rage, la dengue, le virus zika ou le chikungunya, ainsi que de nouveaux traitements contre la sclérose en plaques ou la maladie de Parkinson.

Mais son plus grand espoir reste la mise au point de nouvelles armes thérapeutiques contre le cancer. Plusieurs essais cliniques très prometteurs sont en cours dans le monde. Ils pourraient révolutionner d’ici quelques années notre arsenal de lutte contre des tumeurs qui s’avèrent encore incurables à ce jour.

Qu’est-ce que l’ARNm ?

Encore inconnues du grand public avant l’arrivée des premiers vaccins contre l’épidémie de Covid-19, ces molécules d’Acides RiboNucléiques (ARN) constituent l’un des rouages essentiels du fonctionnement de nos cellules.

Sans elles, aucune protéine ne pourrait être produite. Les plans secrets de fabrication des protéines sont en effet contenus dans nos gènes, sous forme de séquences d’ADN. Or, celles-ci sont principalement nichées dans le noyau des cellules, alors que la machinerie chargée de la synthèse des protéines est située à l’extérieur (dans le cytoplasme cellulaire, pour ceux qui se rappellent de leurs cours de SVT). Pour faire le lien entre les deux, des copies de ces plans sont réalisées et exportées hors du noyau sous forme d’ARN messagers.

Lorsqu’on nous injecte un vaccin à base d’ARNm, les cellules de notre corps les traitent comme s’ils provenaient de leur propre noyau. Elles élaborent sans sourciller des protéines correspondant aux instructions. Dans le cas de la vaccination contre la Covid-19, des protéines S du SARS-CoV-2 sont alors produites. Mais comme ces dernières sont considérées comme des intrus par le système immunitaire, une armée d’anticorps est vite mise sur pied. C’est elle qui nous défendra contre le coronavirus si nous sommes amenés à le rencontrer ultérieurement.

Un espoir pour vaincre le cancer

“Maintenant que nous avons vu le mécanisme fonctionner pour la Covid-19, il serait regrettable de ne pas aller plus loin”, a indiqué en janvier 2021 dans la revue Nature Philip Dormitzer, responsable de la recherche sur les vaccins chez Pfizer.

Pour le cancer, l’approche n’est plus préventive mais curative, d’où l’expression de vaccin thérapeutique. En effet, il ne s’agit plus d’entraîner le système immunitaire à neutraliser un microbe, mais de lui apprendre à se débarrasser des cellules cancéreuses. Toute la difficulté est donc de trouver des cibles spécifiques à ces cellules malignes. Certaines sont déjà identifiées.

En décryptant le patrimoine génétique des tumeurs, les chercheurs ont mis le doigt sur des séquences absentes dans les cellules saines. Ensuite, le principe – en théorie – est simple : on construit un ARNm correspondant à ces cibles et on l’injecte chez le malade de manière à ce que son système de défense naturelle attaque les cellules cancéreuses et elles seules. Même si la réalité est plus complexe – car les cancers dressent des obstacles pour se défendre -, les perspectives sont immenses.

Plusieurs essais cliniques déjà en cours

“Nous avons différents candidats vaccins contre le cancer basés sur l’ARN messager”, a affirmé la chercheuse allemande Ozlem Tureci, cofondatrice de BioNTech, à l’agence américaine Associated Press en mars 2021.

Parmi leurs grands projets : un traitement contre certains cancers du sein, des ovaires, de la prostate et les mélanomes avancés. Cent vingt patients atteints de ce cancer cutané de stade 3 ou 4, réfractaires aux autres traitements, viennent d’ailleurs d’être recrutés en Allemagne pour participer à un essai clinique de phase 2. L’ARNm qui leur sera injecté ciblera quatre antigènes spécifiques du mélanome. Si tout se passe comme prévu, leur système immunitaire pourra être éduqué à les reconnaître afin qu’il parvienne à éradiquer lui-même les cellules malignes, au lieu d’injecter des anticorps contre elles comme c’est le cas avec les immunothérapies actuelles.

Une cible intéressante a également été découverte pour l’hépatocarcinome, le cancer primaire du foie le plus fréquent chez l’adulte. 70% des patients atteints fabriquent en effet cette protéine. Développer un ARNm correspondant permettra peut-être d’en venir à bout. 

Des microARN contre les tumeurs cérébrales

Une équipe américaine, de l’université John Hopkins du Maryland, explore une autre piste pour juguler les glioblastomes, des cancers du cerveau contre lesquels on ne dispose que de peu d’armes hormis la chirurgie. Une fois le diagnostic posé, le pronostic de survie se limite aujourd’hui à deux ans en moyenne car l’ensemble de la tumeur est rarement accessible au chirurgien.

Une étude chez la souris teste l’emploi de nanoparticules qui libèrent dans le cerveau des microARN. Ces derniers ciblent les cellules souches cancéreuses, sans endommager les autres cellules cérébrales. Résultat : elles perdent leur capacité à se propager et deviennent plus sensibles à la radiothérapie et aux médicaments de chimiothérapie. En laboratoire, ce procédé a donné des résultats spectaculaires. Mais du chemin reste encore à faire pour transposer cette technique à l’Homme.

Vers une médecine totalement personnalisée

À terme, il sera certainement possible de cibler encore plus finement les cellules cancéreuses d’un patient pour booster l’efficacité de son traitement.

Quelques cellules malignes seront prélevées chez le malade afin de séquencer leur ADN et de le comparer à celui des cellules saines. Une fois les séquences tumorales spécifiques repérées, un vaccin à ARNm personnalisé sera produit uniquement pour ce patient. Cette approche “sur mesure” semble futuriste mais elle commence à faire des émules.

À la clinique du Mont Sinaï de New York, plusieurs chercheurs explorent déjà cette voie sur treize patients souffrant d’un carcinome ou d’un myélome multiple avec un risque important de rechute. En plus de la chirurgie, les malades ont reçu dix doses de vaccin personnalisé durant 6 mois. Les résultats, annoncés en avril 2021 lors de la conférence annuelle de l’Association américaine de recherche en oncologie, sont prometteurs. D’autres essais sont prévus contre le cancer de la vessie et du poumon.

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