Le plan pour l’égalité hommes-femmes au travail repoussé… de dix ans au Japon

Seuls 14,8% des postes à responsabilité sont occupés par des femmes au Japon. Le gouvernement reporte de nouveau son plan face à l’absence de progrès.

Le Japon est encore loin du compte. Vendredi, le gouvernement a annoncé reporter à nouveau son objectif d’atteindre une proportion de 30% de femmes à des postes à responsabilité d’ici 2020. Elle est estimée à 14,8%, un taux « extrêmement en retard au niveau mondial », reconnait-il. En Asie, seuls le Bangladesh, le Pakistan et la Corée du Sud ont des scores encore plus bas. En 2018, le rapport sur les inégalités hommes-femmes du Forum économique mondial plaçait le Japon à la 110e de son classement, sur 149 pays. À titre comparatif, la France était 12e. 

Pour rattraper son retard, le gouvernement du Premier ministre Yoshihide Suga a approuvé un nouveau plan quinquennal sur l’égalité hommes-femmes, qui vise désormais à atteindre cet objectif « au plus tôt » au cours des dix prochaines années.   

Une société encore très patriarcale  

Cet objectif de 30% est pourtant de longue date dans le viseur de l’archipel nippon, fixé pour la première fois en 2003 par le gouvernement d’alors dans le but de forcer cette société très patriarcale à changer.  

Le monde du travail au Japon est un des milieux qui connait le plus de sexisme et d’inégalités. Par exemple, le congé maternité – prévu dans la loi – n’est pas contraignant. Les femmes n’y ont donc pas toujours accès et celles qui sautent le pas savent qu’elles sacrifient leur carrière. « Prendre un congé maternité revient à être mis au placard. La législation existe bien, mais la culture d’entreprise et sociétale n’est pas là », explique pour France info Guibourg Delamotte, maître de conférences en science politique, chercheuse à l’Institut français de recherche sur l’Asie de l’Est (IFRAE).  

Une femme sur cinq déclare aussi être victime de « matahara »  (ou « harcèlement pour cause de maternité »), qui se traduit par des pressions de la part de l’employeur et le ressenti de ne plus être à sa place tout au long de la grossesse. Ce harcèlement aurait entraîné de nombreuses fausses couches parmi les japonaises. Enfin, deux Japonaises sur trois quittent leur travail après la naissance de leur premier enfant, car « le marché du travail a été conçu par et pour les hommes » déplore pour ELLE l’économiste Naohiro Yashiro, professeur à la Showa Women’s University de Tokyo. 

Certaines femmes essayent tant bien que mal de dénoncer ces injustices et de faire bouger les choses. Mais la culture du silence, qui a  notamment rendu difficile le développement du mouvement #MeToo , reste encore forte au Japon.  

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