Le prix Bookstagram couronne « Aussi riche que le roi »

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  • Aujourd’hui, « Aussi riche que le roi » de Abigail Assor (Gallimard), prix Bookstagram 2021 du premier roman francophone.

Marceline Bodier, contributrice du groupe de lecture
20 Minutes Livres, vous recommande, Aussi riche que le roi de
Abigail Assor (Gallimard), qui a reçu, le 6 juin, le
prix Bookstagram du premier roman francophone.

Sa citation préférée :

« Au pire, on se noie. Au mieux, on arrive en Amérique. »
 

Pourquoi ce livre ?

  • Parce que c’est « un roman époustouflant et superbement écrit » : ces mots que je fais miens sans hésiter sont ceux de Claja Lisa B., fondatrice du prix Bookstagram du premier roman francophone, décerné dimanche 6 juin 2021 à Aussi riche que le roi, paru en janvier chez Gallimard. J’ajouterai que ce livre emporte le lecteur dans un tourbillon d’émotions écrites au plus près de nos sentiments contradictoires : pas étonnant que tout le jury, constitué de lecteurs (qui votent pour sélectionner des livres) et de blogueurs (qui mènent le débat sur instagram avant de désigner le vainqueur par vote) ait été conquis !
  • Parce que c’est une histoire qui réinvente l’amour impossible entre un Montaigu et une Capulet 2.0 sous un angle très social, très ancré dans la brutale réalité marocaine des années 1990, à base de rivalités symboliques entre quartiers de Casablanca : vivre dans le quartier pauvre de Hay Mohammadi scelle aussi sûrement un destin que vivre dans le quartier riche d’Anfa. Sarah le sait. Pourtant, est-ce si simple ? « Driss, avec ses yeux qui glissaient, et même s’il vivait dans la plus belle maison d’Anfa, on aurait dit qu’il n’était propriétaire de rien ».
  • Parce que l’éternelle histoire du prince et de la bergère en prend un coup. Le prince est laid, la bergère n’aurait pas les moyens d’avoir le moindre mouton puisqu’elle vit dans un bidonville. Le prince est sous la coupe de son père, la bergère a tous les hommes qu’elle veut – et qui lui offrent à manger. Le prince, obsédé par les motos, est à la limite d’un comportement autistique, la bergère se jette sur les milk-shakes qu’on lui offre même s’il y a des fourmis qui courent sur le verre. Bref : le prince est un prince par procuration, la bergère n’a guère d’autre choix que la prostitution…
  • Parce que si je ne présentais les choses qu’ainsi, ce serait passer à côté du livre : Sarah est fascinée par les yeux de Driss, des « yeux de thym », et apprend par cœur la rassurante cartographie de son visage grêlé. Driss, lui, accepte tout de Sarah, alors qu’il est un Fassi, de la caste dominante de Casablanca, qui jamais ne « diluerait son sang dans une union avec un roturier ». Entre Sarah et Driss, l’histoire est tout autant celle d’un homme laid et riche, et d’une fille belle et pauvre, que celle d’une femme et d’un homme qui se rencontrent et se découvrent.
  • Parce que les yeux « de thym » de Driss sont le fil conducteur du livre et lui, l’homme laid, est le véritable vecteur de la beauté qui touche le lecteur au cœur dans un monde étouffant et étouffé par les conventions, hypocrite et effrayant. Ils sont « de thym » tout comme est « de thym » l’odeur de ses mains douces et parfumées, « de thym » le goût salé de ses yeux mouillés, « de thym » le goût des tajines de bœuf auxquelles Sarah rêve pour sa vie de femme mariée à un homme riche, « de thym » le vert des feuilles du Haut Atlas. « De thym » : sans doute l’épice des rêves…
     

L’essentiel en 2 minutes

L’intrigue. A Casablanca, Sarah, 16 ans, qui n’a rien, tombe amoureuse de Driss par le simple pouvoir fascinant de ces mots : « il est aussi riche que le roi ». Elle réussit à approcher son groupe d’amis désœuvrés pour se couler parmi eux, le séduire et l’épouser. Mais être parmi eux, est-ce être l’un d’eux ?

Les personnages. Aimer : offrir ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. Driss n’a pas la beauté, mais il offre celle de son cœur à Sarah, qui cherche la sécurité de l’argent. Sarah n’a pas la naissance, mais elle offre sa beauté à Driss, qui n’en a besoin que si elle le rassure. S’aiment-ils, eux non plus ?

Les lieux. Entre bidonville et quartiers hollywoodiens, les lieux comptent terriblement. Mais quand vous saurez ce qui se passe sur le billard de la villa de Driss, vous ne verrez plus jamais une villa hollywoodienne avec le même œil…

L’époque. Le livre s’ouvre en juin 1994 : « Driss ne la regardait pas. Il faisait comme il y a six mois, le salaud, comme à l’époque où rien de toute cette sale histoire n’avait encore commencé ». Le livre remonte le cours de ces six mois et fait monter un dénouement mille fois plus poignant que l’incipit.

L’auteur. 
Abigail Assor est née à Casablanca en 1990 : elle n’a pas pu vivre la vie de Sarah, Driss, Badr, Alain, Chirine, Yaya et Abdellah. Mais elle leur a donné tant de nuances et de couleurs qu’on jugerait, nous, lecteurs, les connaître. Son premier roman m’a à la fois transportée et bouleversée.

Ce livre a été lu avec une grande reconnaissance envers les prix de lecteurs, qui permettent qu’un roman aussi extraordinaire qu’Aussi riche que le roi continue d’attirer l’attention six mois après sa parution. Je frissonne encore en pensant que j’aurais pu manquer la scène poignante de l’Aïd-el-Kébir de 1994…

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