« Le rap c’est un marathon, pas un 100 mètres », estime Kalash Criminel

  • Deux ans après « La Fosse aux lions », Kalash Criminel sort un nouvel album vendredi.
  • Pour « 20 Minutes », le rappeur de Sevran s’est confié sur l’authenticité dans le rap, sur l’image qu’il renvoyait et sur son albinisme.

Il est l’une des grosses sorties rap attendues pour cette fin d’année. Kalash Criminel revient vendredi avec un nouvel album, Sélection naturelle, dont l’aperçu de la tracklist et de ses nombreux feats (avec
Damso, Nekfeu, Jul…), ont déjà fait saliver ses fans d’impatience. Un projet musical dans la lignée de La Fosse aux lions en 2018, avec un rap hardcore, tantôt violent, tantôt engagé, mais qui ne manque pas de sensibilités. Le rappeur de
Sevran a répondu aux questions de 20 Minutes.

Vous revenez avec des feats incroyables, avez-vous l’impression d’avoir plus de connexions qu’avant ?

Forcément parce que ça fait un moment que je suis dedans, mais aussi parce que je suis mon propre producteur et c’est moi qui parle en direct. Il y a beaucoup de gens qui aiment ce que je fais donc ça facilite en termes de contact. Mais oui ça n’a plus rien à voir, avant Crimi c’était juste un rappeur et maintenant c’est un rappeur et producteur.

Jul, Nekfeu, BigFlo et Oli, Damso… Ce sont des rappeurs aux styles très différents qui viennent des quatre coins de la France, et même de Belgique. Des artistes dont vous appréciez les univers et que vous appréciez personnellement ?

J’aime bien ce qu’ils font, ça me touche et ça me parle, et ce sont des gens incroyables, humbles, travailleurs… Musicalement j’aimais beaucoup et humainement, encore plus. Les univers collent parfaitement et c’est la musique qui parle. Que vous veniez du 16e ou du 9-3, si vous faites de la musique et que ça parle aux gens tant mieux. Pour moi c’est de l’émotion et il y en a à transmettre dans chaque feat, donc c’est lourd.

Dans une interview pour Rapelite, vous avez parlé de l’authenticité dans le rap, vous trouvez qu’il y a beaucoup de faux-semblants dans le rap en France ?

Oui mais ce n’est pas qu’en France, le rap a toujours été un milieu où il faut montrer que tu es le plus thug, le plus chaud… Ça a toujours existé. Si les gens peuvent vendre avec ça, tant mieux pour eux. Moi ça me dérange un peu mais chacun fait ce qu’il a à faire et dit ce qu’il a à dire. Mais ça ne date pas d’aujourd’hui, depuis l’existence du rap des gens s’inventent des vies et des vécus.

Dans « Incompris », un titre de l’album, vous dites : « en vrai de vrai je suis trop vrai pour faire du rap ». Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

Je ne suis pas matrixé par les chiffres [de vente], par la compétition, par les clashs… Pour nous ce n’est que du rap, et pour certains c’est pour de vrai. Par exemple, Zola sort le même jour que moi, c’est un mec que j’aime bien, on s’entend bien, j’irai acheter son album et je le posterai sur les réseaux. Qu’il vende moins ou plus que moi ce n’est pas un problème. Ce n’est pas parce qu’un album ou un son ne marche pas que c’est la fin du monde ! C’est déjà arrivé que des gens mettent tout dans un album qui n’a pas marché, et ça ne les a pas empêchés de faire carrière après. En vrai de vrai on est trop à fond dedans alors que ce n’est que de la musique.

Votre premier album s’appelait « La Fosse aux lions », c’est particulièrement vrai pour le milieu du rap ?

Oui, tout le monde te tire un peu dessus, après c’est normal c’est une compétition. Mais à la fin il ne restera que les vrais et les passionnés. Le rap c’est un marathon, pas un 100 mètres. Ça ne sert à rien de voir une carrière sur trois ans, c’est court, certains sont là depuis 20 ans. Moi je suis content que ma carrière avance, tant mieux.

Cet album est assez sombre, ça parle beaucoup de violence, mais aussi de la mort dans le feat avec BigFlo et Oli. Vous étiez dans un état d’esprit assez pessimiste quand vous l’avez préparé ?

Pas du tout, j’étais même plutôt content. Bigflo et Oli et moi n’avons pas des univers similaires et il fallait trouver un juste milieu avec un thème qui parle à tout le monde. Je pense que ce titre touchera pas mal les gens, je trouve que ce morceau est vraiment réussi. Après moi j’ai perdu pas mal de proches, c’est un thème que je connais un peu. Bigflo et Oli ce sont des artistes de fou, ils sont super simples et super talentueux, je savais qu’ils allaient embellir encore plus le morceau.

Dans cet album vous répétez souvent « je ne suis bon qu’à faire du sale », « on compte sur moi pour faire le sale boulot ». Qu’est-ce que vous entendez par là ?

C’est dans le sens où on compte sur moi pour faire le travail que les gens n’aiment ou ne peuvent pas faire. Par exemple, dénoncer ce qui se passe au Congo, tout le monde compte sur moi pour le faire. Ou faire une pochette qui dénonce les bavures policières, c’est le sale boulot que personne ne veut faire. Très peu de gens le font. Ça me motive de le faire, je me dis qu’ils ne sont pas assez forts mentalement ou même physiquement pour ça, du coup si je peux je me sens même mieux. Ça ne me dérange pas.

Vous n’avez pas l’impression parfois d’être enfermé dans une image qui ne vous correspond pas forcément ?

Je suis la première couverture d’un livre dans le sens où quand tu vois Kalash Criminel, il vient de Sevran, du 9-3, il est cagoulé… C’est la sauvagerie, et tu penses qu’il n’y a que du rap bête et méchant, violent, alors que quand tu écoutes il y a plein de messages positifs, d’espoirs… Il ne faut pas s’arrêter au personnage et à ce qu’on voit.

Dans cet album, vous vous livrez beaucoup, notamment sur votre albinisme. Vous faites part des moqueries dont vous avez été victime, et des efforts pour en être arrivé là. Est-ce que c’est toujours le cas aujourd’hui ?

Moins qu’avant mais toujours un peu oui. Après il y a le côté Kalash Criminel, le fait d’être un artiste, d’être connu, je suis un peu plus privilégié qu’avant. Mais je pense que si ce n’était pas le cas ce serait toujours pareil. Désormais je reçois beaucoup d’amour, de gens qui m’aiment vraiment…

Comment avez-vous réussi à faire de votre différence une force ?

En travaillant, en étant déterminé, en ne calculant pas trop ce qui se dit autour… Il faut connaître ses objectifs, ses priorités, rester concentrer et rien ne peut t’arrêter. J’ai vécu pas mal de galères, mais je suis toujours là. Et je suis bien entouré aussi, c’est primordial.

Dans le feat avec Damso, « But en or », vous déclarez, « la rareté est une richesse, si tu ne savais pas je t’informe ». C’est un message que vous aimeriez passer à tous ceux qui souffrent de se sentir différent ?

Bien sûr. Je suis quelqu’un de croyant et je pense que Dieu nous a tous créé différemment et avec chacun un objectif sur Terre. Tout le monde peut réussir dans la vie, et quand tu es différent ça apporte un truc en plus. Pour moi la rareté est une richesse. En ce moment je regarde dans la mode, tout le monde veut des personnes albinos pour des shootings. Depuis le clip But en or tout le monde me contacte pour trouver des personnes pour des marques.

Les choses bougent positivement alors ?

Quand j’ai commencé les gens me disait que je ne percerai pas parce que j’étais albinos, depuis que ça cartonne tout le monde me dit que j’ai percé parce que je suis albinos ! Ils se moquent de mon albinisme mais c’est ça qui fait ma force. Ça me permet de me démarquer, même si j’ai une cagoule, et le fait d’être albinos donne une identité forte à ma musique. C’est ma force et ça m’a vraiment permis de frapper encore plus fort. Maintenant dans le rap il n’y a pas que la musique, il y a aussi l’image. Moi en termes d’image je n’ai pas de problèmes.

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