Les femmes au Panthéon

“Aux Grand Hommes de la patrie reconnaissante”. Dès son fronton, le Panthéon, monument historique parisien où reposent d’illustres personnalités françaises, donne le ton. 

Sur les 80 personnalités qui y demeurent, on dénombre en 2021… cinq femmes. Sophie Berthelot, la physicienne Marie Curie, les résistantes Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz, et plus récemment Simone Veil, ont reçu l’insigne honneur de pouvoir rejoindre la célèbre crypte.

Ces dernières années, les demandes pour faire entrer au Panthéon des femmes méritantes, ayant oeuvré pour la France, fusent pourtant. Récemment, une pétition a même été lancée pour que Joséphine Baker, résistante, féministe, engagée dans la lutte anti-raciste, puisse elle aussi reposer au Panthéon.

Pour la petite histoire, c’est à partir de 1791, à la suite d’une décision de l’Assemblée Nationale, que la dépouille de certaines personnalités y est admise. Des hommes donc, politiques, scientifiques, écrivains, religieux, militaires etc. qui ont tous marqué l’Histoire de la société française. Aucune femme n’y entrera avant 1907.

Sophie Berthelot, première femme panthéonisée pour reposer avec son mari

1907 c’est déjà plus d’un siècle après que le premier homme illustre a été autorisé à rejoindre la crypte du Panthéon. À cette époque, la raison pour laquelle Sophie Berthelot est autorisée à y être inhumée n’a aucun rapport avec son parcours. Lorsqu’elle décède en 1907, son mari, Marcellin Berthelot, homme politique et chimiste au 1.000 brevets scientifiques, décède à son tour quelques jours plus tard.

Comme le rapporte Le Point, sa famille accepte de lui faire rejoindre le Panthéon comme dernière demeure seulement si sa femme peut être enterrée à ses côtés. Sophie Berthelot entre donc au Panthéon pour reposer au côté de son mari.

Une place d’épouse, sur laquelle le ministre Aristide Briand aura bien insisté lors de son éloge en 1907 : “Elle avait toutes les qualités rares qui permettent à une femme belle, gracieuse, douce, aimable et cultivée, d’être associée aux préoccupations, aux rêves et aux travaux d’un homme de génie”. Après tout, ne dit-on pas que derrière chaque grand homme se cache une grande femme…

Marie Curie, une entrée au Panthéon tardive

Elle est la seule femme au monde à avoir reçu deux prix Nobel. En 1895, elle épouse le physicien Pierre Curie avec qui elle remporte le Nobel de Physique en 1903. Puis en 1911, Marie Curie reçoit le Nobel de Chimie.

La scientifique meurt en 1934. Mais elle n’entrera au Panthéon que des décennies plus tard. En 1995, elle est la première femme à y entrer pour ses propres mérites. C’est sous la présidence de François Mitterrand, mais surtout sous l’impulsion de Simone Veil, qu’elle obtient sa place au coeur du monument du quartier Latin.

À l’occasion des 150 ans de la naissance de Marie Curie, une exposition au Panthéon s’est tenue entre 2017 et 2018. Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux disait : “Célébrer la mémoire de Marie Curie, entre les murs du Panthéon, était une évidence. Monument honorant la mémoire collective des Grands Hommes, il est un lieu particulièrement symbolique pour Marie Curie – première femme à y être entrée. À travers elle, ce sont toutes les femmes qui travaillent pour la recherche et pour la science qui doivent se sentir honorées”, peut-on lire sur le site du Panthéon.

À travers elle, ce sont toutes les femmes qui travaillent pour la recherche et pour la science qui doivent se sentir honorées

Elle repose aujourd’hui dans la crypte du Panthéon, plus précisément dans le caveau VIII, avec son mari Pierre Curie.

Germaine Tillion et Geneviève De Gaulle-Anthonioz, des résistantes au Panthéon

Après Mitterrand, c’est le président François Hollande qui fera entrer deux nouvelles femmes au Panthéon. Des résistantes de la Seconde Guerre Mondiale : Germaine Tillion et Geneviève De Gaulle-Anthonioz. Les deux combattantes se sont rencontrées après avoir été déportées dans le camp de concentration de Ravensbrück.

Leur place d’honneur au Panthéon leur est accordée seulement le siècle d’après. En 2015, le président François Hollande y fait entrer quatre figures de la Résistance française, dont les deux femmes.

Geneviève De Gaulle-Anthonioz, nièce du général De Gaulle, est la première femme décorée de la Grand-croix de la Légion d’honneur. Quant à Germaine Tillion elle est la deuxième femme à devenir Grand-croix de la Légion d’Honneur. 

Sur place, leurs cercueils sont pourtant vides ! Leurs dépouilles n’y reposent effectivement pas. Les familles ont souhaité les garder dans les cimetières où elles ont été inhumées, précise L’Obs

Simone Veil, ancienne ministre et militante invétérée des droits des femmes

C’est la première femme à voir son parcours et son engagement salués par la nation toute entière et à ainsi entrer au Panthéon sans devoir attendre des décennies. Simone Veil, ancienne déportée juive, connue notamment pour avoir porté la loi légalisant l’IVG en 1974 alors qu’elle était ministre, décède en 2017. Le président Emmanuel Macron, à la demande majoritaire des Français.es, la fait inhumer au sein du monument le 1er juillet 2018.

Une grandiose cérémonie lui est alors dédiée. Son convoi, parti du mémorial de la Shoah, s’est arrêté trois fois pour signifier les grands combats de sa vie : les droits des femmes, la construction européenne (elle est le première femme présidente du Parlement en 1979, ndlr) et enfin la mémoire de la déportation, rappelle Le Monde.

Dès le début de son allocution, Emmanuel Macron clame : “La décision de faire entrer Simone Veil au Panthéon ne fut pas seulement la mienne ni celle de sa famille, mais celle de tous les Français”.

Son époux, décédé en 2013, est le premier à entrer au Panthéon en tant qu’époux pour reposer avec sa femme.

Au Panthéon, un manque de femmes vivement critiqué

Si le nombre de femmes présentes au Panthéon est longtemps resté nul, ces dernières années, bon nombre de pétitions, et campagnes menées sur les réseaux sociaux ont émergé pour faire entrer davantage de femmes au Panthéon. Parmi les plus citées : l’avocate Gisèle Halimi, les écrivaines et féministes Olympe de Gouges et Simone de Beauvoir…

Plus récemment, une nouvelle pétition a fait parler d’elle : “Osez Joséphine”, disponible sur Change.org. Les initiatrices et signataires demandent la panthéonisation de Joséphine Baker.

En plus d’être la première femme noire à devenir une star internationale, elle a aussi jouée un rôle majeur pendant la Résistance. Pour la France, elle devient espionne et fait passer des messages pendant ses tournées, cachés dans ses partitions à l’encre invisible. Elle cachera aussi des armes, des résistants et des réfugiés juifs jusqu’à la libération de la France. 

Comme le précise Laurent Kupferman, auteur du livre Les aventuriers de la République, : “Joséphine Baker ne doit pas entrer au Panthéon parce qu’elle était une femme ou parce qu’elle était noire. Elle doit y entrer pour les actes de courage qu’elle a rendus à la Nation”, cite France24

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