Les infirmières face à la deuxième vague de Covid-19 : "Nous redoutons un épuisement physique et psychologique"

Le 10 octobre denier, le journal Le Parisien révélait les résultats inquiétants d’une enquête menée par l’Ordre des infirmiers auprès de 60 000 soignants. Ainsi, 57% des infirmiers interrogés se disaient en “burn-out” et 40% déclaraient envisager de raccrocher la blouse, épuisés par neuf mois de crise.

Déjà sous tension avant la crise sanitaire, le secteur hospitalier s’enfonce encore un peu plus dans la tourmente. Il y a d’un côté le manque criant de moyens, dénoncé depuis des années par les syndicats et de l’autre, la pandémie, qui ne fait qu’accentuer les besoins et les tensions.

L’arrivée cet automne de la seconde vague de l’épidémie, si redoutée, est donc perçue comme un ultime “coup de massue”. Dans les hôpitaux, les équipes se préparent au pire alors que certains services de réanimation arrivent déjà presque à saturation. Quant aux soignants à domicile, ils ont toujours l’impression d’être les grands oubliés des réformes et des aides de l’État.

Deux infirmières, l’une travaillant dans un établissement privé, l’autre en libéral, nous racontent comment elles abordent la période à venir.

Laura*, 35 ans, infirmière depuis 11 ans, exerce aux urgences dans un hôpital privé d’Île-de-France

“L’hôpital dans lequel je travaille n’a pas été préparé plus que ça pour la deuxième vague, à par quelques réunions de direction. Pour le moment, le matériel est en quantité suffisante, donné au compte gouttes par la pharmacie et nous espérons que ce sera toujours le cas au moment du pic.

Le plus difficile actuellement, est de continuer à gérer les autres urgences, en parallèle des patients venant se faire dépister. Nous recevons énormément de personnes qui ont des difficultés à trouver un laboratoire pour effectuer un test PCR.

Nous rencontrons également des difficultés au niveau des hospitalisations des malades atteints de la Covid-19, car notre hôpital ne dispose pas d’un service leur étant dédié. Au fur et à mesure que le temps avance, de plus en plus de malades Covid viennent chercher secours dans notre service, pour détresse respiratoire, nous les transférons alors dans d’autres hôpitaux, disposant d’un service spécialisé Covid, ou directement en réanimation lorsque leur état est jugé critique.

Un de mes collègues a été testé positif et doit continuer à travailler.

À cause du manque de personnel, il est de plus en plus difficile d’effecteur des formations ou de pouvoir prendre des vacances. Si pour le moment le plan blanc ne change rien pour nous, nous redoutons un épuisement physique et psychologique, faute de personnel. Par chance, je n’ai personnellement pas attrapé la Covid-19, mais un de mes collègues a été testé positif et doit continuer à travailler pour faire face à ce manque de staff.

Nous attendons beaucoup du gouvernement, celui-ci pourrait notamment nous aider en augmentant les formations et embauches de soignants, mais également en nous attribuant du matériel adéquat pour une meilleure prise en charge du patient, en arrêtant les fermetures de lits pour pouvoir hospitaliser au mieux les malades et en revalorisant nos salaires, proportionnellement aux responsabilités et au travail fourni.

Malgré toutes les difficultés rencontrées et la fatigue accumulée, je suis fière d’être infirmière et aime travailler aux urgences. À l’instar de certains collègues épuisés et excédés, je n’envisage pas une reconversion pour le moment.”

Isabelle Opinel-Algier, 56 ans, infirmière depuis 33 ans, exerce en libéral à Vélizy-Villacoublay dans les Yvelines

“J’interviens chez des patients qui ne sont pas déclarés comme positifs au coronavirus, pour des soins du quotidien. Or, si ceux-ci sont contaminés ou cas-contacts, ils ne vont pas me prévenir par peur de ne plus recevoir l’aide médicale dont ils bénéficient. Ils me mettent alors en danger. Je me suis déjà rendue chez des patients présentant tous les symptômes types du virus, mais qui mettaient ça sur le dos d’un rhume ou d’une grippe. Par chance, je n’ai pas attrapé la Covid, mais cela aurait très bien pu arriver.

Et en ce qui concerne les tests, je ne sais même pas si en tant qu’infirmière travaillant à domicile, j’ai un accès prioritaire ou non. Tout ce que je sais, je l’apprends des médias. Il y a un manque criant d’informations de la part du gouvernement envers notre profession.

Nous, infirmières libérales, sommes les grandes oubliées des réformes annoncées et des aides apportées.

Nous, infirmières libérales, sommes les grandes oubliées des réformes annoncées et des aides apportées. Pour faire face à l’épidémie et se protéger, les infirmières libérales n’ont reçus de l’État qu’un lot de masques à usage unique.

C’est grâce au maire de notre ville, que mes collègues et moi-même avons pu obtenir plus de matériel comme des gants, des sur-blouses et des charlottes. Il a fait des pieds et des mains lors de la première vague pour réussir à nous fournir tout ça. Mais cela n’a duré qu’un temps et les stocks se sont vite épuisés. Aujourd’hui, nous devons nous-même trouver ce matériel et, évidemment, nous ne sommes pas remboursées.”

* Le prénom a été modifié.

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