#MeTooThéâtre : le hashtag pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles en coulisses

Lancé ce jeudi 7 octobre sur Twitter, le hashtag #MeTooThéâtre entend briser le silence des metteuses en scène, comédiennes et critiques harcelées et agressées sexuellement dans le milieu théâtral.

«Nous n’avons plus peur. Mort à l’omerta». C’est le cri d’alerte lancé par Marie Coquille-Chambel jeudi 7 octobre sur Twitter. La vidéaste et critique de théâtre s’est emparée du réseau social à l’oiseau bleu pour dénoncer les agressions sexuelles dans le milieu du spectacle vivant. «J’ai été violée par un comédien de la Comédie-Française pendant le premier confinement, pendant que je faisais un malaise, écrit-elle. Il est toujours membre de la Comédie-Française, même si la direction est au courant d’une plainte déposée.»

« Un trop plein » face à l’impunité

Ce récit, dans le sillon du mouvement #MeToo, a alors déclenché une vague de milliers de témoignages. «Pendant le Festival d’Avignon, un producteur de théâtre qui m’embrasse de force pendant de longues secondes alors que j’essaie de le repousser, raconte une internaute. Il s’est excusé quelques minutes plus tard : « désolé, je croyais que tu étais comédienne »».

« »Prof » a Florent. Il a agressé sexuellement sa régisseuse pendant un spectacle de ses élèves. Elle a eu le courage de parler, témoigne une autre femme. C’est jamais sorti de Florent, et le prof a pas été viré, non non non, il bosse a Avignon maintenant.»

Dans un entretien accordé au journal Libération, Marie Coquille-Chambel explique que c’est l’enquête sur le metteur en scène Michel Didym, accusé de harcèlement et de violences sexuelles, qui aurait allumé la mèche. Avec une trentaine de personnes, la jeune femme s’est rassemblée derrière un collectif – qui n’a pas encore de nom -pour parler maintenant face à «l’impunité», dit-elle, face à un «trop-plein».

Depuis Marie Coquille-Chambel et les autres victimes ont reçu le soutien de personnalités publiques comme l’élue écologiste Alice Coffin ou encore du collectif NousToutes. «Des milliers de personnes vivent ça et ça commence depuis le cours de théâtre quand on est enfant, jusqu’au Conservatoire ou alors aux scènes les plus prestigieuses en France, c’est dans toutes les strates du milieu théâtral, déplore Marylie Breuil, membre du collectif NousToutes, auprès de France Info. (..) Ce #MeTooThéâtre est le reflet du #MeToo artistique de manière générale.»

Dans les colonnes de Libération, la militante dénonce la protection des agresseurs, préservés de par leur reconnaissance dans le milieu professionnel, sous prétexte de «séparer l’homme de l’artiste».

En vidéo, de l’affaire Weinstein à #MeToo : 2017, l’année où les femmes ont dit « Stop »

Des comportements et abus déjà signalés

Depuis le déclenchement du mouvement #MeToo en 2017, plusieurs scandales ont secoué le milieu du théâtre français. Le 25 juin 2019, le critique de théâtre Jean-Pierre Thibaudat rapportait sur son blog sur Médiapart les accusations de viol, de tentative de viol ou de harcèlement sexuels des metteurs en scène Guillaume Dujardin et Jean-Pierre Baro. Sous la pression publique et d’une grève du personnel de l’établissement appelant à sa démission, ce dernier avait quitté la direction du Théâtre des Quartiers d’Ivry (Val-de-Marne).

Au printemps, des dizaines de personnes avaient aussi manifesté devant les locaux du Cours Florent à Paris pour dénoncer le «silence» de la prestigieuse école privée de théâtre face à des abus présumés de certains de ses professeurs, affirmations contestées par l’institution.

En parallèle de leur hashtag libérateur, le collectif de Marie Coquille-Chambel a de son côté lancé la page Instagram #MeTootheatre, dédiée au recueil et à la diffusion des récits anonymes des victimes de violences sexistes et sexuelles dans le milieu. «L’objectif, ce n’est pas de diffuser les noms, ni des victimes ni des personnes accusées, souligne Marie Coquille-Chambel à nos confrères de Libération. Si les noms sont transmis, ce sera au ministère de la Culture afin qu’un signalement soit fait.» Parmi les revendications des militants, une première décision déterminante est demandée : ne plus subventionner les accusés. «Les salariées du théâtre ne se sentent pas en sécurité, ce sont ces personnes-là qu’il faut protéger, et plus les agresseurs», résume sur France Info Marylie Breuil du collectif NousToutes.

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