Nicolas Rodier, l’auteur qui parle à la nouvelle génération de pères

Nicolas Rodier, avec son premier roman très remarqué, «Sale bourge», se fait l’écho d’une génération qui veut réinventer la paternité.

Les courts chapitres de ce livre ciselé racontent l’engrenage de la violence au sein d’un milieu huilé, côté pile, comme du papier à musique, effrayant, côté face, par l’emprise que les parents exercent sur Pierre, l’enfant, qui reproduira adulte la colère emmagasinée. Son auteur, Nicolas Rodier, rencontre un puissant écho parmi la génération des trentenaires, parents ou futurs parents, qui refusent l’assignation à un rôle, à un format de virilité comme de féminité. Explications.

Madame Figaro. – Pourquoi ce thème de la violence familiale pour un premier roman ?
Nicolas Rodier. – On a tous une généalogie, et mon héritage est plutôt celui de la violence et de la domination. Mais comme le dit justement Adèle Haenel, «les monstres, ça n’existe pas. C’est nous, nos amis, nos pères. Il faut regarder ça». Je voulais parler de la violence subie, mais aussi de celle que l’on exerce, car, le plus souvent, chacun de nous agite la violence des autres. Ce qui ne permet pas d’en sortir.

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La violence progresse dans cette famille par contagion, elle se diffuse d’une génération à l’autre…
L’expérience physique et psychique de la violence est, dans les familles dysfonctionnelles, très subite. Et sa soudaineté va de pair avec sa banalisation, elle fige, puis se reproduit dans le déni. La famille, aujourd’hui, est traitée comme un espace symbolique, sacré, or j’avais précisément envie de la désacraliser. Qu’attend-on de sa mère, de son père ? Qu’est-ce qui renvoie à des places assignées, crée des impératifs qui finissent par nier les individualités ?

Une envie aussi de rompre avec une idée de la virilité ?
La virilité, avec tout ce que l’on met derrière ce mot, est une histoire très sérieuse. C’est, de mon point de vue, une construction sociale, et l’un des programmes d’oppression politique le plus puissant qui soit. Pour moi, être un homme au XXIe siècle, c’est accepter sans nuance cette vérité et la charge qu’elle sous-tend. C’est reconnaître cet héritage et rompre avec lui tout de suite. Comment réduire la violence est la question centrale, et je crois qu’elle questionne tous nos corps, dans nos façons d’aimer, de bouger, de manger, d’agir…

Que voulez-vous de différent dans l’éducation de vos enfants ?
Dans quelques semaines, je vais être parent pour la première fois. Je suis né en 1982. Si l’idée de devenir père m’enthousiasme, je crois que celle de devenir parent me réjouit et me bouleverse encore plus. Je veux sortir de cette notion de patrimoine. Ce n’est peut-être que de la sémantique, mais j’ai la sensation que cette destination, la parentalité, moins connotée culturellement, est un pied d’appel plus stimulant encore pour être créatif et singulier avec mon enfant.

Documentaires des deux côtés de la Manche

Masculin sensible. Si les idées reçues, les clichés, les imaginaires font traditionnellement des hommes des taiseux, deux réalisations audiovisuelles orchestrent une prise de parole masculine passionnante et débridée. Le documentaire français de Laurent Metterie, réalisé avec la collaboration de la philosophe Camille Froidevaux-Metterie, Les Mâles du siècle (2), interroge ce que des décennies de féminisme ont pu bousculer chez eux. En anglais sur le site britannique du Guardian, une série intitulée Modern Masculinity ausculte à sa manière les hommes : leurs désirs, leurs fêlures, leurs bouleversements de rôles et d’objectifs à l’ère du Covid. C’est la journaliste Iman Amrani qui les interroge.

En France comme en Grande-Bretagne, interviennent des hommes de tous âges, de tous milieux, habitués à se raconter ou pas. Chez Laurent Metterie, le cadre est strict, voire austère. Les plus à l’aise peuvent – par surprise – lâcher une phrase d’un machisme inouï, et les plus «tradis» se révéler étonnés de leur questionnement intime. Chez Iman Amrani, la franchise des témoignages et leur charge émotionnelle sont bluffantes. Qu’est-ce qu’un père confiné ? Un travailleur sans travail ? Un homme qui ne veut pas d’enfant ? Un homme qui pleure ? Un vieil homme qui se souvient ? Deux enquêtes aux réponses étonnantes sur les hommes 2021.

(1) Sale bourge, de Nicolas Rodier, aux Éditions Flammarion, 224 pages, 17 €.

(2) Les Mâles du siècle, de Laurent Metterie et Camille Froidevaux-Metterie, disponible en ligne depuis le 8 mars, location 5 € sur lesmalesdusiecle.com

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