"On est enfin matures", Jean-Jacques Burnel et The Stranglers le prouvent avec leur 18e album "Dark matters"

Le groupe est né en 1974 et a été totalement adopté dès le départ par le mouvement punk. Vous avez eu des débuts très difficiles, c’est-à-dire que les gens manifestaient dehors contre vous.

Oui. Il y a eu une année où beaucoup de gens ont été choqués par les grands titres, sans les écouter ou essayer de les comprendre.

À nos débuts, c’était un peu comme dans ‘Frankenstein’, tous les villageois se mettaient à la porte pour essayer de nous attaquer.

à franceinfo

Votre histoire est incroyable. Vous allez suivre vos parents, restaurateurs normands implantés en Angleterre. Vous avez vécu le racisme anti-français, quelque chose de très difficile à vivre à l’école.

À l’époque, à l’école primaire, la question était : “Que faisait ton papa pendant la guerre ? Il a levé les bras, n’est-ce pas ?” Tout le temps ce genre de choses, c’était un peu embêtant. Après, j’ai eu la chance de passer un concours et je suis allé à l’École royale. Là-bas, s’il y avait des malentendus entre les élèves, devant toute l’école avec des gants de boxe, on réglait les comptes et j’ai réalisé que ça m’arrangeait car je pouvais les battre.

Vous allez être attiré très vite par les arts martiaux et en même temps, une autre passion va avoir le dessus, c’est la guitare. C’est votre père qui vous encourage à vous y mettre.

Oui. Mon père, dans les années 1930, était cuistot sur la ligne française, The French line, entre Le Havre et l’Amérique du Sud, je crois. Il a découvert le tango en Argentine, il voulait donc à tout prix que j’apprenne la guitare espagnole. J’ai été forcé d’apprendre la guitare classique. Je ne le regrette pas maintenant, je dis ‘merci papa’, mais cela coïncidait avec le blues boom en Angleterre. Et dans le petit village où mes parents tenaient un restaurant, il y avait un petit pub qui faisait jouer des groupes et j’y ai vu Fleetwood Mac devant cinquante personnes.

Un énorme premier déclic. Puis, il y a cette histoire extraordinaire. Alors que vous êtes dans votre camion de peinture, vous prenez en auto-stop un garçon. C’est Hugh Cornwell. Il vous emmène boire un coup pour vous remercier dans un magasin de spiritueux que tient le batteur, Jet Black, du groupe The Stranglers. Là, c’est la révélation. Quelques jours plus tard, le bassiste décide de partir et vous prenez sa place.

Plus ou moins. C’était un groupe qui venait de Suède. Venu à Londres pour chercher fortune. Des membres ont trouvé qu’en Angleterre, c’était trop dur et certains sont rentrés en Suède en laissant une guitare basse, Hugh et Jet au-dessus d’un magasin de spiritueux.

Que représente cette carrière pour vous avec ce dernier album qui symbolise beaucoup de choses ?

On a eu la chance d’être mis dans un ghetto par nos pairs. Il y a eu un développement autonome, forcé et donc on a essayé de ne pas suivre un courant, d’exploiter le peu de talents qu’on avait.

Dans le groupe, on n’a jamais eu d’embrouilles d’argent. On a toujours tout partagé ensemble, les succès comme les faillites.

à franceinfo

Que représente l’album Dark matters pour vous ?

Peut-être le dernier, je ne sais pas. Je ne sais pas du tout.

Vous pensez à vous arrêter ?

J’y pense toujours, mais je ne veux pas planifier le futur, c’est beaucoup mieux comme ça. Je vis pour le moment et en plus, je crois que c’est notre album le plus mature. On est enfin matures.

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