« Requiem pour les temps futurs », une messe punk et collapso (oui, oui)

  • Requiem pour les temps futurs a été composé par Pierre-Eric Sutter avec l’aide de Julien Chirol.
  • Cette œuvre convoque l’intelligence artificielle pour parler de la finitude de l’existence et de collapsologie.
  • Frapper les consciences tout en proposant une réponse aux questions liées à la mort, c’est tout l’enjeu de ce requiem aux accents punk.

« Une espérance face au “collapse” est-elle possible ? ». Dès la première page de son petit fascicule, l’album Requiem pour les temps futurs, qui sort ce vendredi, pose le décor. « No Future » est dessiné en lettres taguées sur le livret d’une vingtaine de pages dans lequel
Pablo Servigne, à l’origine du concept de collapsologie, a signé un texte sur le « happy collapse ». Retrouver un slogan punk sur le disque d’une messe religieuse, l’idée paraît un peu loufoque. Et pourtant, c’est bien voulu.

Composée par Pierre-Eric Sutter, musicien et psychothérapeute spécialiste de la collapsologie (l’étude systémique de l’effondrement de la société thermo-industrielle) et le musicien et producteur Julien Chirol, cette partition musicale se veut résolument subversive.

Projeter la tradition du requiem sur le futur

« Le projet est né dans une tension musicale entre le punk et la musique sacrée avec, en toile de fond, un cheminement personnel dans laquelle j’ai reconnu dans le requiem une réponse intéressante à l’angoisse de finitude », explique Pierre-Eric Sutter qui a été petit chanteur dans une chorale avant de faire du punk à l’adolescence.

Après quinze années de travail, Pierre-Eric Sutter invite Julien Chirol, compositeur de renom, à terminer avec lui cette œuvre hybride qui répond aux angoisses de fin du monde. « C’est incroyable comme le requiem et la collapsologie sont liés sur cette notion d’angoisse eschatologique », souligne le psychothérapeute. « L’idée a été de puiser dans la tradition du requiem et de projeter cette tradition sur un futur imaginé », complète Julien Chirol qui s’est occupé de la réalisation artistique et des orchestrations.

« Si l’humanité disparaît, qui chantera les merveilles de l’être humain ? »

Avec l’aide de Manuel Poletti, réalisateur en informatique musicale à l’IRCAM, voix humaines et voix d’intelligences artificielles chantent en chœur, et en latin. « J’ai proposé d’intégrer des technologies récentes qui permettent de synthétiser de la voix ex nihilo, et notamment de la voix lyrique de synthèse [chantée par une intelligence artificielle] », explique Julien Chirol. Tous les types de voix se mélangent dans une harmonie surprenante : des voix humaines non traitées, des voix humaines hybridées avec des machines grâce aux techniques de vocodage et des voix de synthèse pure, c’est-à-dire qu’« aucune voix humaine n’a été utilisée pour générer cette source sonore », souligne-t-il.

Faire chanter des intelligences artificielles en latin, pour ce duo de compositeurs, est une autre façon de parler de la vie après l’humain. « Au départ, je voulais que le requiem ait une intention futuriste : si l’humanité disparaît, qui chantera les merveilles de l’être humain ? », sourit Pierre-Eric Sutter. Que ce soit dans la collapsologie ou dans le requiem, la question de l’apocalypse n’est jamais loin. Derrière la parousie du christ (la seconde venue), il est question d’apocalypse tandis que dans la théorie de l’effondrement, on parle de la fin de notre civilisation fondée sur la croyance que les ressources naturelles sont inépuisables.

Créer des chocs et conjurer nos peurs

Si saupoudrer un album aux accents collapso d’intelligence artificielle peut paraître contradictoire, voire absurde [rappelons que la collapsologie est une ode à la frugalité], Pierre-Eric Sutter y voit au contraire une petite provocation. « On veut hacker toutes les limites, rétorque-t-il. On veut casser les codes, casser les cadres pour en recréer, montrer qu’il possible de rassembler des choses qui ne paraissent pas évidentes ».

L’enjeu du Requiem pour les temps futurs est de créer des chocs et de provoquer une métanoïa, une conversion du regard pour « cheminer vers un éveil à l’action juste ». Choquer les collapsologues en leur servant un rituel catholique. Embêter les consuméristes en leur servant du latin à la place de l’anglais.

« Si on ne change pas de paradigme, on va dans le mur », insiste Pierre-Eric Sutter pour qui la pandémie du coronavirus est déjà une mise en garde sur nos façons de consommer et de cohabiter avec la nature. Le requiem a la vertu d’apaiser les esprits sur la question de la mort, qu’elle soit collective ou individuelle. On ne pouvait pas attendre mieux d’une œuvre musicale : parler d’effondrement tout en conjurant nos peurs.

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Requiem pour les temps futurs – Une espérance face au « collapse » est-elle possible ?

SUTTER & CHIROL

18 septembre

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