Éric Neuhoff fait sa "Rentrée littéraire"

Journaliste, critique de cinéma et écrivain, associé notamment au Figaro et au « Masque et la plume », une émission sur France Inter, Éric Neuhoff a publié une trentaine d’ouvrages avec souvent des titres et distinctions à la clé. En 1996, il obtient le Prix des Deux Magots pour son livre : Barbe à papa puis le Prix Interallié pour La petite Française en 1997. En 2001, il reçoit le grand Prix de l’Académie Française avec Un bien fou, et le Prix Renaudot de l’essai en 2019 pour (très) cher cinéma français. Aujourd’hui, il publie Rentrée littéraire aux éditions Albin Michel.

franceinfo : Rentrée littéraire, c’est l’histoire d’amour d’un couple d’éditeurs du 21e siècle qui dure, dans laquelle rien n’altère le lien qui les unie, pas même leur quotidien, leur routine. Cette histoire est-elle un peu la vôtre ?

Éric Neuhoff : Un peu, mais pas tant que ça parce que le couple qui dure, je n’ai jamais connu ça. C’est pour ça que j’ai voulu en faire un roman, celui d’un homme et d’une femme qui restaient ensemble toute leur vie. Et puis, je n’ai jamais été éditeur, mais c’est un milieu que je connais un peu et qui a été très peu décrit dans les romans français. Je voulais m’intéresser à ça parce que ça me semblait, plus ou moins, appartenir au passé, l’édition à l’ancienne, le papier, l’amour du livre. Je trouve que tout ça est en train de basculer dans une autre galaxie.

À quel moment l’écriture rentre dans votre vie ?

Très tôt. J’ai le souvenir d’avoir écrit sur un cahier, je devais avoir sept, huit ans, un western qui s’appelait Les aventures de Billy the Kid. Il devait y avoir une dizaine de pages, mais je ne me souviens plus de comment il finissait. Puis ensuite, il y a quand même eu un grand creux de quelques années, et c’est revenu en trouvant un recueil d’articles de Jean-Louis Bory en volume chez 10/18, quand j’étais en seconde ou en première, qui s’appelait La nuit complice, un recueil de ses papiers sur le cinéma. Je trouvais qu’il écrivait très bien. Je l’ai entendu dans l’émission « Le masque et la plume », et du coup, je me suis dit : ‘Il faut que je devienne critique de cinéma’. Et l’autre déclic pour écrire des livres, c’est quand j’ai lu en terminale Les petits mots d’amour de Patrick Besson, qui avait exactement le même âge que moi. Je me suis dit : Si lui y arrive, il est temps de s’y mettre.

D’écouter « Le masque et la plume » à la radio et d’en faire partie aujourd’hui, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

C’est à la fois merveilleux et puis, ça fait tout drôle de se retrouver à cette tribune. Ça veut aussi peut-être dire que quand on veut une chose, on y arrive. Sinon, ça veut dire qu’on n’y tenait pas tant que ça.

« Si je n’avais pas réussi à être critique de cinéma, journaliste, écrivain, je serais sans doute sous les ponts. Je n’aurais rien pu faire d’autre, je n’étais pas fait pour travailler. »

à franceinfo

Que vous ont laissé vos parents ?

Mes parents m’ont laissé l’image d’un couple uni, qui n’a jamais divorcé. Je n’y avais pas pensé, maintenant que vous m’y faites penser, c’est peut-être une espèce de ‘salut’ que je leur adresse. J’ai souvenir de trajets en voiture sur la route nationale 20 pour aller de Paris à l’Espagne, les arrêts dans les petits hôtels au bord de la route, les clignotants qui faisaient un bruit infernal. Il n’y avait pas de limitation de vitesse ni de ceinture de sécurité. On dormait l’un sur la banquette arrière, et l’autre par terre. C’était assez beau, on se mettait à genoux en regardant par la vitre arrière, on avait l’impression que c’était toute notre histoire, le passé qui s’éloignait. En tout cas, quand on partait en vacances, c’était l’année scolaire à qui on disait ‘au revoir’ pour deux mois et demi parce que les vacances.

Il y a toujours cette notion de temps qui passe dans Rentrée littéraire.

Le drame c’est qu’on a presque tout compris à 20 ans et le reste c’est du rab. Oui, il faut garder cette part d’innocence qu’on a en soi parce que la vie se débrouille pour la grignoter et de plus en plus, et le jour où il n’en restera plus, je crois, que ce sera terrible et affreusement assommant.

Que vous apporte l’écriture ?

Une respiration et puis écrire des livres, ça me permet d’aimer de nouvelles personnes, d’en inventer d’autres.

Vous avez été taxé de misogynie, de sexisme avec votre essai (très) Cher cinéma français. Que pensez-vous du mouvement #MeToo et avez-vous un côté féministe ?

Moi, j’attends et je pousse les actrices, puisque #MeToo est parti d’une histoire de cinéma, à porter plainte, mais maintenant. Oui. Elles doivent porter plainte sur les metteurs en scène avec qui elles tournent, maintenant et pas 30 ans après. Cette histoire de prescription a un effet pervers. On a l’impression que les gens qui sont accusés, dans les 30 dernières années, ils ont eu une conduite impeccable si on ne porte pas plainte contre eux. Donc, je dis aux femmes : allez-y tout de suite, quittez les plateaux si vous êtes harcelées par le metteur en scène ou même quelqu’un d’autre et portez plainte. Maintenant, vous ne risquez pas grand-chose et en plus, c’est le type qui prendra.

Êtes-vous heureux ?

Oui. Je crois. Ce serait malvenu de me plaindre. Je gagne ma vie en faisant ce qui, pour les gens normaux, constitue des loisirs. C’est vraiment un truc indécent, à la limite. Lire des livres, venir en parler. Mais c’est peut-être ce que j’aime le moins, venir parler d’un roman, c’est le truc le plus difficile au monde. Je me souviens quand j’étais passé chez Bernard Pivot, j’étais tellement mauvais que je vendais encore moins que quand je n’étais pas invité.

C’est quoi la suite ?

J’écrirai un roman qui se passe en province dans les années 70, encore de la mélancolie peut-être, qui s’appellera Cahors sous la pluie. Moi, il me faut le titre, mais surtout la première et la dernière phrase et ensuite, on remplit les blancs. C’est très facile.

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