TEMOIGNAGE. Claude Rémy : "J’ai emmené mon père de 94 ans escalader le Miroir des Alpes"

Claude et son frère Yves, alpinistes suisses chevronnés, ont accompagné leur père Marcel, 94 ans, dans une ascension incroyable. Un récit à retrouver sur Ushuaïa TV, diffusé le Jeudi 16 janvier à 20h40, dans Marcel, au sommet de son art.

Avec votre frère Yves, vous formez la plus célèbre cordée d’alpinistes suisses. C’est votre père, Marcel, qui vous a donné l’amour de la montagne ?

Claude Rémy : Sans aucun doute. Pourtant, un drame survenu dans son enfance aurait pu l’en détourner : sa maison a été emportée par une avalanche. Sa maman et sa sœur ont trouvé la mort, son père et son frère ont été sauvés de justesse. Mais il ne nous en a jamais parlé comme de quelque chose d’insurmontable. Au lieu de ça, il nous a très tôt initiés : les rochers pour l’escalade, le ski, par tous les temps.

À quel âge avez-vous commencé à grimper avec lui ?

La première course encordé avec lui date de 1965. J’avais 12 ans et Yves, 9. Il a toujours voulu que nous dépassions nos limites, même si c’était rude pour des gamins. On avait peu de connaissances techniques, peu de matériel et très désuet, pas toujours assez à manger pour les efforts à fournir… On n’avait pas les moyens d’acheter une corde synthétique. Nous avions une corde, mais on ne savait pas ce qu’elle valait…

Vous avez énormément grimpé ensemble, en Suisse mais aussi dans le monde entier…

Papa était adepte d’un alpinisme «classique» et très vite, mon frère et moi avons opté pour des voies plus acrobatiques. Mais on a continué à monter ensemble, régulièrement.

Le Miroir d’Argentine, dans les Alpes vaudoises, c’est une escalade de 470 mètres que votre père a pratiquée plus de deux cents fois dans sa vie…

C’est vrai. Sauf que quand il nous a dit à Noël 2016 : «Je vais encore faire le Miroir l’été prochain», on s’est regardés, incrédules. Je pensais que c’était au-delà de ce qu’il pouvait faire (Il a deux prothèses de hanche, ndlr. ). Pour moi, il avait 10 % de chance de réussir. Mais avec Yves, on a décidé de le soumettre à un entraînement et à des épreuves. S’il échouait il ne ferait pas le Miroir.

Pendant des mois, il s’est entraîné, dans les Alpes mais aussi en salle. Et le 22 août 2017, au petit matin…

On s’est encordés tous les trois vers 8 h, papa entre nous deux. Et on a grimpé, à son rythme. On est arrivés en haut à 15 h. L’escalade, c’est se hisser avec ses propres muscles. C’est inimaginable à son âge.Il a encore marché 1 h 30 le long de l’arrête, ensuite et je l’ai fait redescendre en parapente biplace avec un ami instructeur.

Comment était-il à l’arrivée ?

Heureux. Satisfait et fier d’avoir atteint son objectif.

N’avez-vous pas eu peur ?

Bien sûr. Il aurait pu se taper le coude ou le front, déraper, saigner et c’était fini. Mais il a une telle volonté. Il n’a arrêté la planche à roulettes qu’en 2013, par exemple. Il fallait simplement y aller à son rythme.

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