Témoignage : "Ma cohabitation (heureuse) avec des fantômes"

Veronique Geffroy, propriétaire du château le plus hanté de France, nous raconte sa cohabitation avec ceux qu’elle appelle les Invisibles. Elle en a fait un livre étonnant “Les Invisibles de Fougeret”, aux éditions Michel Lafon.

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Après avoir été abandonné pendant plus de 50 ans, le château de Fougeret, situé dans le département de la Vienne, a été racheté par Veronique Geffroy, historienne, passionnée de vieilles bâtisses, et son mari, François. Ils s’y installent en 2009 et commencent, avec l’aide de leurs trois enfants, les travaux et réaménagements du château. Très vite, la famille réalise qu’elle dérange, car elle n’est pas la seule à habiter les lieux.

” Je cherchais avec ardeur une nouvelle ruine historique à sauver”

“Depuis toute petite, je rêve d’avoir un château. Je suis passionnée par l’histoire et la mémoire des lieux, d’où mon métier d’historienne et notre achat du Bazaneix, un donjon du XIIe siècle. Fougeret représentait la réalisation d’un rêve, la concrétisation d’un projet. Quand je l’ai visité pour la première fois, j’ai été complètement séduite par l’apparence de ce lieu du XIVe siècles, et surtout aveuglée par son coût et tous les travaux qui nous attendaient. J’ai signé sans peur, alors que j’en prenais pour 25 ans d’emprunt. Je le voulais à tout prix. Mais lorsque nous avons eu les clés, tout a changé radicalement chez moi. J’ai vu Fougeret tel qu’il était vraiment. L’ambiance ne me plaisait pas. J’ai reçu beaucoup d’appels et de lettres dérangeantes sur les phénomènes étranges de ce château. Un jour de grand ménage, alors que j’étais seule dans la cuisine, j’ai entendu une voix de femme me dire : “Qu’est-ce que vous faites là ? ” J’ai tout de suite regretté cet achat compulsif. J’ai culpabilisé, car je me suis sentie responsable d’avoir embarqué toute ma famille dans cet emprunt terrible. Etrangement, François, agriculteur, un homme terre à terre, était hypnotisé par ce lieu qu’il ne quittait plus. Il passait des journées entières à s’occuper du parc que je trouvais sinistre.

“J’ai voulu me débarrasser de cet endroit que je croyais maudit “

En 2012, après un tragique accident dans le parc, et la répétition de phénomènes troublants comme des voix, des bruits de pas et de déplacements de meubles sur le plancher, des silhouettes, des portes qui claquent ou encore des rêves inquiétants, j’ai décidé de revendre Fougeret. Pour moi, ce château était maudit et hanté par de mauvais esprits, que j’appelais déjà les Invisibles. Un soir, lors d’un dîner en famille, chacun s’est confié sur ce qu’il avait ressenti, ou vu. François, le premier, nous raconte la présence d’un homme autoritaire avec lui dans le parc, qui approuve ou non ses travaux, et qui lui a tapé sur l’épaule de façon si net que mon mari s’est retourné en pensant qu’un vivant était derrière lui. Mathilde, elle, dit avoir vu une femme dans le salon près de la cheminée, en rouge, avec une coupe au carré et un fume cigarette. Malgré tous les efforts de mon mari pour me convaincre de garder Fougeret, je l’ai confié à une agence internationale spécialisée dans la vente de châteaux. Malheureusement, sa réputation l’a précédé, les visites ne se faisaient pas, personne n’en voulait. Après sept ou huit mois, j’ai décidé de l’enlever des ventes.

“J’ai appris à communiquer avec les Invisibles”

Grâce aux archives, aux médiums, et aux objets de communication que nous utilisons souvent comme la ouï-ja, la table tournante, la kinect (écran qui détecte des énergies) et la TCI* (communication trans-instrumentale), nous avons mené l’enquête sur ces mystérieux habitants. Cela m’a permis de me familiariser avec eux et à leur histoire. J’ai vite compris que nous les avions dérangé. Fougeret a été totalement inhabité (par des vivants) pendant une cinquantaine d’années, et nous sommes arrivés avec nos gros sabots, trois adolescents, un labrador, et de quoi faire des travaux. Au début, j’ai souhaité qu’ils s’en aillent. Beaucoup m’ont conseillé d’effectuer un “nettoyage”. J’ai donc demandé à quelqu’un de venir “nettoyer” les lieux. Je me les suis mis à dos, car ils ne voulaient pas partir. Ils m’ont fait comprendre que ça n’était pas des façons. Et ils avaient raison, après tout, ils étaient là avant nous, et depuis bien longtemps. Il a fallut que je me rattrape, que je m’excuse en leur disant que je ne voulais plus les déloger. J’ai même conclu un pacte avec eux, qu’ils n’hésitent pas à me rappeler. C’est à partir de là que j’ai commencé à avoir des interactions intéressantes avec ces entités. Aussi incroyable que cela peut paraître, la communication devenait possible et j’ai pris connaissance de leur vie à Fougeret.

*Cela consiste à enregistrer une conversation puis à la faire analyser pour découvrir les réponses des morts dont le champ hertzien dépasse les 5000 hertz.

“Vie et mort de mes fantômes”

A Fougeret, chaque pièce, chaque quartier du bâtiment abrite des Invisibles d’époques différentes, dont les styles de vie et les décès n’ont aucun rapport.

La première entité dont nous avons appris “l’existence” est Alice. Cette jeune femme a vécu, avec sa famille, la folie des années vingt. En novembre 1924, quatre mois après son mariage, elle meurt d’une maladie des reins. J’ai eu vent de sa présence par deux médiums, puis j’ai rencontré des collatéraux de cette Alice qui vivent encore à Queaux, le village le plus proche. Son corps a été veillé dans sa chambre, aujourd’hui nommée “chambre d’Alice”, dans laquelle on peut parfois sentir une odeur d’encens. A sa mort, ses parents ont déménagé, d’où les bruits de déplacements de meubles qui se font parfois entendre. Quelques jeunes femmes, venues dans cette pièce, ont ressenti des douleurs aux reins, comme ma fille Violette, qui, bien avant que l’on soit au courant de l’histoire d’Alice, a passé trois semaines à l’hôpital pour des calculs rénaux. La mère d’Alice, Marie, correspond à la femme vu et décrite par Mathilde, à la robe rouge et droite, à la coupe au carré et au fume cigarette.

Ensuite, nous avons fait la connaissance de Felix, un homme de goût, cultivé et élégant. Ancien propriétaire du château, il était d’avantage un intellectuel qu’un homme d’affaires. Il devait de l’argent à ses deux soeurs, Marie-Jeanne et Marie-Marguerite, ainsi qu’à leur mari. Sa mère le croyait fou, car il s’est épris d’un jeune homme qui venait souvent lui rendre visite. Felix a mis fin à ses jours une nuit de décembre 1898, d’un coup de feu dans la tempe, que l’on peut entendre, toujours à la même époque de l’année, dans le château.

“Meurtre, accident, noyade… “

Puis, il y a la “chambre de l’huissier”, dans laquelle un crime de sang a été commis. Louis Travaux, qui habitait Fougeret au XVIIIe siècle, était un homme cupide qui ne cessait de compter son argent. Il était très endetté, ce qui lui a valu de nombreux procès. Un jour, l’huissier de trop est passé par le château, et Louis l’a abattu sauvagement d’un coup de hache. Depuis, les deux âmes sont restées à cet endroit précis de la bâtisse, dans lequel des scènes de violences se répètent à l’infini.

“La chambre du chevalier”, elle, abrite l’âme de Jean, chevalier lors de la guerre de 100 ans dont le devoir était de protéger la forteresse. C’est de cette chambre que viennent les bruits de boulets de canon qu’il faisait rouler au sol. Jean est un taiseux, on ne sait pas quelle est la cause de sa mort. Floridas, son fils, est décédé après avoir été poussé dans les escaliers de la crypte. Depuis, l’âme de cet homme erre dans cette cave et bouscule les gens qui y descendent. Dans la “chambre de la grand-mère”, il arrive qu’une vieille dame dépose un baiser sur le front des gens qui y dorment. Enfin, la “chambre de la petite fille” est occupée par l’âme d’une enfant morte noyée. Lors d’une visite, une dame s’est mise à faire des pas humides dans cette pièce, comme ceux que l’on fait lorsqu’on sort d’un bain.

Tous ces fantômes sont les principaux du châteaux, et ceux que je connais le mieux. Sinon, les médiums ont dénombré, en tout, seize entités régulièrement à Fougeret. Au-delà de ces seize, comme nous faisons du spiritisme et que nous recevons beaucoup, il arrive souvent que les défunts des familles de nos invités les accompagnent. Le problème, c’est qu’ils dérangent les habitants du château, et qu’ils sont parfois difficiles à faire partir.

“Tous nos sens sont sollicités lors des manifestations”

Quand un phénomène a lieu, l’ouïe, l’odorat, le toucher, et parfois la vue sont sollicités. Les Invisibles peuvent nous toucher, s’immiscer dans nos rêves et nous faire voir des images. L’ouïe est un sens régulièrement sollicité à Fougeret. Les odeurs sont aussi signes de présence. Nous avons eu un drôle de phénomène olfactif un jour où nous recevions des journalistes pour une télé. Nous étions dans la cuisine avec ma fille Mathilde, quand une odeur de chocolat chaud s’est répandue. L’odeur était si forte qu’un journaliste a débarqué dans la cuisine pour nous demander si nous en avions préparé. Un peu honteuses, nous avions répondu que non. Pour ce qui est des silhouettes qu’il est possible d’apercevoir, cela arrive rarement. Elles ne se présentent jamais face à vous, et vous observe que lorsque vous êtes absorbés par autre chose. Tous ceux qui viennent ici n’ont pas toujours vu de phénomènes. Il y a des gens plus réceptifs, qui doivent certainement être prédisposés à cela. Et il y a ceux qui ne pensaient jamais rien vivre, et qui sont très surpris quand il se passe quelque chose.

“Certains se baladent partout dans le château, d’autres sont bloqués à un endroit précis”

Je ne saurais vraiment vous dire pourquoi, mais certains Invisibles ont la capacité de se déplacer partout dans le château, alors que d’autres sont bloqués à un endroit et ne peuvent pas en sortir. Aussi, certains peuvent se voir et communiquer entre eux, alors que d’autres non. Par exemple, Felix voit tout le monde, j’ai tendance à dire que c’est une âme évoluée. Il peut se déplacer où il veut, et c’est avec lui que nous entrons le plus en communication. Alice peut apercevoir tout le monde sauf son père, Paul. Elle discute souvent avec Felix. Paul voit Floridas alors que lui non. Ce dernier est coincé dans la crypte et ne peut pas aller plus loin que le rez-de-chaussée. Il est comme limité par un mur transparent, lorsqu’il monte les escaliers, il disparaît. L’huissier et Louis Travaux, eux, sont voués à rester là où le meurtre à eu lieu, c’est à dire un secteur précis du château. Jean, le chevalier, est lui aussi enfermé dans sa pièce. Certains invisibles arrivent à voir les âmes de différentes époques, comme Felix, Paul et Alice. D’autres sont bloqués dans la leur. Je constate quand même que tous sont assez seuls, et ont l’air de revivre sans arrêts des événements de leur vie à Fougeret. Certains ne savent même pas qu’ils sont morts. La grand-mère nous a répété plusieurs fois qu’elle attendait son mari. Bien-sûr, nous l’avons informé qu’il ne viendrait pas. Ils sont comme enfermés dans une bulle temporelle, pas encore prêts à partir « pour de vrai ». Ils sont parfois morts trop jeunes, se sont suicidés, ont commis un crime ou en ont été la victime. Ils ont du mal à se séparer de la vie qu’ils ont eu.

“J’ai fini par m’attacher à eux”

Je n’ai pas la même relation avec tous les Invisibles. C’est comme avec les vivants, ça fonctionne par affinité. Felix est mon préféré. Il est comme un très bon ami à qui je demande conseil. Il est intelligent, gentil, et je le trouve très bel homme. Je sens surtout une bienveillance de sa part envers moi. Avec Alice, j’ai aussi une relation de confiance, mais je continue à m’en méfier depuis ces histoires de symptômes aux reins. Floridas, je m’en méfie aussi, car il bouscule les gens dans les escaliers. Une médium le trouvait bizarre, puis j’ai découvert dans le Dictionnaire de la Noblesse qu’il était faible d’esprit. Cela expliquerait pourquoi son âme n’arrive pas à s’élever. Le chevalier, je l’aime beaucoup, mais il me rend triste. Son histoire procure beaucoup d’empathie. Cet homme loyal, aux valeurs chevaleresques, a souffert de la trahison d’un anglais durant la guerre. Avec la petite fille, je reste sur mes gardes, car je la trouve espiègle. Je l’entends souvent courir à l’étage, et c’est assez impressionnant car je reconnais très bien ce bruit singulier d’un enfant qui court pieds nus sur le plancher.

J’ai fini par m’attacher à ces Invisibles. A force de communiquer avec eux, et d’apprendre leur histoire, on devient très empathique. On s’identifie à eux, on découvre leurs goûts et on se trouve des points communs. Felix m’a confié qu’il aimait Maupassant, comme moi. Il m’a aussi donné le nom d’un compositeur que je me suis empressée d’écouter. Pour ce qui est du danger, j’ai éliminé le problème depuis longtemps. Je pense sincèrement qu’ils ne sont pas dangereux, ni mal intentionnés. Il faut simplement faire attention avec qui on communique. Evidemment, certains sont plus sympathiques que d’autres. Louis Travaux reste un assassin, sa présence n’est pas agréable. La grand-mère est plutôt douce, son contact est apaisant.

“Miracle, je vis ! “

Personnellement, je pense que l’âme a un trajet à faire. Je suis persuadée que nous avons plusieurs vies, qu’il n’y a pas rien avant la naissance, et rien après la mort. Pour moi, les Invisibles de Fougeret sont en transition. Leurs âmes restent dans un espace temporel different du notre. C’est une ouverture à la sérénité, et la communication avec les vivants peut aider ces entités à s’élever. Un jour, lors d’une séance de spiritisme, nous sommes entrés en contact avec l’ancêtre d’un des invités qui nous a transmis le message suivant : “Miracle, je vis !” L’entité qui a parlé était enfin arrivée à entrer en communication avec le monde vivant et s’en réjouissait. Moi, je crois en la réincarnation et au fait que l’âme doit évoluer. Bien-sûr, certains me critiquent et pensent que je suis folle. Je les laisse penser ce qu’ils veulent. Nous, nous cherchons de vraies réponses à tous ces phénomènes encore inexpliqués.”

Par Pauline de Nicolay

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