Test de Life is Strange True Colors : Plongée au cœur des émotions humaines

À quelques jours de sa sortie, nous avons eu la chance de pouvoir jouer à Life is Strange: True Colors, le nouvel épisode de la série créée par Dontnod Entertainent et désormais entre les mains de Deck Nine Games. Retour sur notre séjour à Haven Springs aux côtés d’une nouvelle héroïne : Alex Chen.

Deux ans seulement après l’arrivée du dernier chapitre de Life is Strange 2, il est déjà temps pour la licence créée par Dontnod Entertainment de se rappeler au bon souvenir des joueurs. Mais cette fois-ci, il y a du changement dans l’air. En effet, Life is Strange: True Colors n’a pas été développé par le studio français mais par Deck Nine Games, à qui l’on doit notamment l’excellent Life is Strange: Before the Storm, préquel du premier opus sorti en 2017. Sachant le jeu entre de si bonnes mains, c’est donc avec sérénité que nous avons abordé cette nouvelle aventure promettant une expérience haute en couleur.

Un havre de paix pas si paisible…

Tout a commencé avec Max Caulfield et Chloe Price à Arcadia Bay. Il y a ensuite eu le road trip des frères Diaz, Sean et Daniel, en route pour le Mexique. Telle une tradition désormais ancrée, le moment est donc venu de découvrir l’histoire d’un nouveau personnage pour cette quatrième aventure. Dans Life is Strange: True Colors, nous incarnons Alex Chen, une jeune femme dotée du pouvoir d’empathie. Après avoir vécu une enfance mouvementée, celle-ci décide de poser bagage dans la petite bourgade d’Haven Springs, où elle retrouve son frère Gabe qu’elle avait perdu de vue depuis plusieurs années. Mais à peine se sont-ils retrouvés qu’un tragique accident se produit, conduisant à la mort de ce dernier. Alex, qui est convaincue qu’il ne s’agit pas d’un simple accident, va alors n’avoir qu’un objectif : mettre au jour les terribles secrets qui se cachent derrière toute cette histoire, quitte à devoir se servir de son pouvoir qu’elle considère pourtant comme une malédiction.

Voilà qui marque le coup d’envoi de cette nouvelle aventure narrative d’une douzaine d’heures qui, par ses allures prononcées de thriller, représente si bien l’esprit de Life is Strange. Dès les premiers instants, on plonge ainsi au cœur d’un récit poignant et plein d’humour qui, plus que jamais, place les émotions au cœur de son concept grâce aux capacités de son héroïne. Un moyen judicieusement exploité par Deck Nine pour mettre en scène une flopée de personnages tous plus charismatiques et attachants les uns que les autres, et ce dès la première rencontre. Tout au long des cinq chapitres qui composent le jeu – qui abandonne son format épisodique au profit d’une aventure complète dès le jour de sa sortie –, on se plait sans conteste à déambuler dans les rues de la ville afin d’aller à leur rencontre, d’apprendre à les connaître, de découvrir leurs histoires et surtout, de leur venir en aide dès que l’occasion se présente.



Bien sûr, à l’instar des précédents opus, Life is Strange: True Colors s’accompagne d’un rythme pouvant s’avérer particulièrement lent pour peu que l’on souhaite expérimenter tout ce que son univers peut avoir à nous offrir. Toutefois, le jeu en vaut généralement la chandelle, d’autant plus qu’on ne perd jamais véritablement le fil conducteur de l’histoire. On ne pourra cependant pas s’empêcher d’éprouver une légère déception face au chapitre final du jeu qui, après une brève montée en puissance lors du chapitre précédent, manque cruellement d’intensité en plus de se conclure sur une résolution quelque peu rapide et facile. Heureusement, pas de quoi gâcher le ressenti global de l’expérience qui reste dans l’ensemble très positif. Une fois les crédits de fin terminés, c’est même avec une grande curiosité que l’on a envie de se replonger dans l’aventure afin de découvrir les différents embranchements possibles.

« Et même si je peux… devrais-je le faire ? »

Car comme tout Life is Strange, la nouvelle production de Deck Nine repose elle aussi sur le principe de choix et de conséquences. Régulièrement, il est ainsi demandé au joueur de faire des choix qui influenceront directement le cours de l’histoire. Et contrairement aux apparences, ceux-ci s’avèrent plus nombreux et plus subtiles qu’il n’y paraît, même si l’intensité n’égale probablement pas la proposition du premier Life is Strange sur ce point. Évidemment, n’espérez pas non plus retrouver quelque chose d’aussi poussé qu’un jeu Quantic Dream en la matière. Ici, le studio a une histoire bien précise à nous raconter, et seul le déroulement des scènes est impacté par nos décisions. Cela peut néanmoins nous conduire à six dénouements différents, qui dépendent notamment des actions que l’on a pu faire ou ne pas faire au cours de la partie et, par extension, de la relation que l’on a pu tisser avec les différents personnages.

Le pouvoir des émotions

Dans la forme, Life is Strange: True Colors n’apporte rien de bien neuf à la formule initiée par la licence en 2015. Une fois aux commandes d’Alex, il est possible de partir à la découverte de son environnement, qui prend souvent la forme d’un petit hub ouvert avec la grand-rue d’Haven Springs, et d’interagir avec une multitude d’objets et d’individus. Cela permet alors d’apprendre des éléments intéressants quant à la progression de l’histoire ou à la construction de l’univers, qui fourmille d’ailleurs toujours autant de petits détails donnant réellement vie à ce monde pourtant fictif. Il est par exemple possible de profiter des nombreuses interactions qu’ont les habitants sur les réseaux sociaux, ce qui leur donne plus de profondeur, d’en apprendre plus sur la relation qu’entretient l’héroïne avec les autres grâce à sa messagerie ou encore de découvrir la manière dont elle perçoit l’utilisation de son pouvoir via les textes et les chansons qu’elle écrit dans son journal.

À ce propos, il faut savoir que le pouvoir d’empathie d’Alex s’impose malgré tout comme un moyen inédit d’aller à la pêche aux informations ou de déclencher de nouvelles possibilités d’actions, principales comme secondaires. Lorsque cela est possible, une icone spécifique apparaît et incite le joueur à s’y intéresser de plus près. À noter que cela peut aussi bien concerner les habitants de la ville que des objets, ces derniers faisant alors office de collectibles en donnant accès à des souvenirs du personnage auquel ils appartiennent. Cela étant dit, la pression d’une simple touche permet alors de déterminer quelle émotion est concernée en fonction de l’aura dégagée, en sachant qu’elles sont au nombre de quatre tout au long de l’aventure : la tristesse, la peur, la colère et la joie. Il convient ensuite, par la pression d’une autre touche, de l’analyser pour déterminer ce que celle-ci peut avoir à nous apprendre.



Dans certains cas imposés par le déroulement de l’histoire, cela pourra amener à vivre ce que les développeurs ont appelé les « moments nova ». Durant ces phases, si Alex se voit confrontée à une émotion extrêmement forte, elle est capable d’utiliser son pouvoir d’empathie pour percevoir le monde à travers les yeux de l’autre personne afin de trouver un moyen de lui venir en aide. Une idée originale qui reste malheureusement trop sous-exploitée tout au long du jeu. Car si l’environnement qui nous entoure se voit effectivement transformé en fonction de l’émotion concernée, l’approche pour y remédier reste beaucoup trop classique, au même titre que la petite enquête qui en découle. On aurait donc aimé que Deck Nine pousse davantage le concept en termes de gameplay et de mise en scène, ce qui vaut également pour la mécanique d’absorption des émotions qui, pour le coup, s’avère même assez décevante.

Un univers artistiquement séduisant

Pourtant, et comme on pouvait s’y attendre, Life is Strange: True Colors n’est pas en reste pour ce qui concerne sa mise en scène. Avec des plans toujours soigneusement étudiés, le titre conserve son approche ouvertement cinématographique tout en s’accompagnant d’une nouvelle direction artistique tout à fait charmante. De toute beauté, la nouvelle patte graphique du jeu surprend notamment sur le rendu des personnages et de leurs expressions faciales, qui s’avèrent étonnamment convaincantes malgré quelques imperfections ici et là. Il en va de même pour les différents environnements du jeu ou encore les effets visuels rattachés au pouvoir d’Alex. Et bien entendu, on peut toujours compter sur le soin extrêmement minutieux apporté à la bande-son du jeu, qui mêle des productions originales composées par Angus et Julia Stone à des morceaux réputés, pour parfaire un tableau déjà extrêmement séduisant.



À noter que pour la première fois dans l’histoire de Life is Strange, le jeu s’accompagne d’une VF qui se veut d’excellente qualité, ce qui permettra aux non fans de VOST de profiter de l’expérience dans des conditions optimales. Autre précision intéressante, si vous optez comme nous pour la version PS5 du jeu, sachez qu’elle tire profit de la manette DualSense en utilisant les gâchettes adaptatives ainsi que les retours haptiques durant les moments où les pouvoirs d’Alex sont sollicités. Ne vous attendez pas à quelque chose d’extrêmement transcendant, mais cela fait tout de même plaisir de voir la technologie de Sony être exploitée sur une telle production. En revanche, l’arrivée de la nouvelle génération n’empêche pas au jeu de multiplier les petits temps de chargement entre les changements de zone ou de scène, ce qui est tout de même un peu dommage.

Verdict

C’est donc avec sérénité que nous avons abordé cette quatrième aventure développée par Deck Nine Games, et c’est avec un sentiment très positif que nous en ressortons à l’arrivée. À l’instar de ses prédécesseurs, Life is Strange: True Colors nous plonge au cœur d’une aventure aussi palpitante que poignante portée par des personnages d’une grande finesse et un univers d’une étonnante richesse. S’il n’échappe malheureusement pas au principal problème des expériences narratives de ce genre, à savoir la sous-exploitation de ses mécaniques de gameplay les plus prometteuses, il parvient toutefois à nous proposer des séquences de jeu uniques en leur genre comme les Life is Strange savent si bien le faire. De quoi nous donner envie d’y replonger à peine l’aventure terminée, afin de découvrir toutes les choses que ce séjour à Haven Springs peut encore avoir à nous offrir.

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